de Pierre Assouline

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La République des livres

Histoire

Henri Cartier-Bresson, antifasciste, foutugraphe, oeil du siècle

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Si on a pu appeler Henri Cartier-Bresson (1908-2004) « l’œil du siècle », c’est parce qu’il l’avait couvert dans les deux sens du terme : comme reporter en se colletant à l’Histoire immédiate, et comme contemporain d’un XXème qu’il vécut de bout en bout animé du dur désir de durer. Une grande exposition à Beaubourg jusqu’au 9 juin, première rétrospective de cette ampleur en Europe (il était temps !) et l’album qui l’accompagne (400 pages, 500 illustrations, 49,90 euros, éditions du Centre Pompidou), où le texte et l’image sont au diapason de l’exigence, rendent justice tant à l’artiste qu’à l’artisan en lui. A la […]

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La « zone grise » ou les tribulations d’un concept

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Ce roman –là, j’avoue ne l’avoir ouvert qu’en raison de son seul titre, la Zone grise (336 pages, 19,50 euros, éditions de l’Olivier) m’ayant toujours intrigué, sinon inquiété. Les auteurs, deux sœurs du nom de C. et L. Mary, ne me disaient rien, et pour cause, un premier roman. Je ne ferais pas la critique de ce « roman policier psychique » comme il se présente car, au bout d’une cinquantaine de pages, il m’est tombé des yeux avant de me tomber des mains. Pourtant, les morceaux placés en épigraphe m’inclinaient à l’aimer, l’un extrait des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, l’autre […]

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Peut-on encore découper l’Histoire en tranches ?

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Parfois, poser la question c’est déjà y répondre. Surtout dans un titre de couverture comme c’est le cas avec Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ? (Seuil). Car on n’imagine pas que l’on pourrait se passer d’un outil chronologique aussi pratique que le siècle. Jacques Le Goff y revient sur ce long Moyen Âge occidental qui lui est cher et qui court de l’Antiquité tardive (IIIème-VIIIème siècle) jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. C’était avant la mondialisation des histoires. La centralité de la Renaissance, ou plutôt de la « Renaissance », idée médiévalissime, est au cœur de ce bref essai assez pédagogique dans la présentation […]

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De la commémorationnite au commémorathon

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La commémorationnite serait-elle la maladie infantile du présentisme ? Passe encore que nous subissions par rafales livres, émissions,  numéros spéciaux sur le sujet en un temps donné. Une telle concentration est préjudiciable à tous et à chacun. D’autant que, se livrant à une absurde surenchère pour être le premier, les magazines s’acharnent à célébrer l’événement l’année précédent la date anniversaire ! Mais doit-on pour autant se résigner en être les spectateurs passifs, sinon les acteurs consentants ? Dis moi qui tu commémores et comment, je te dirais qui tu es. Nos rituels nous reflètent bien mieux que des discours. Le chapitre « Commémoration » des […]

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Quand la victoire est amère

Quand la victoire est amère

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Il s’en trouvera encore pour dire que ce n’est qu’un détail de la seconde guerre mondiale. Sauf pour les Italiens. Eux s’en souviennent. Dans certaines régions, certaines villes, certains villages de la botte, tous les témoins ne sont pas morts et tous se souviennent. Ils n’ont pas attendu que des écrivains, puis des cinéastes, enfin des historiens s’en emparent. Contrairement à nous. C’est de la face cachée, sombre, récusée du passage du corps expéditionnaire français en Italie (CEF) qu’il s’agit. Cela s’est passé entre novembre 1942 et juillet 1944. Curzio Malaparte fut le premier à provoquer un choc en publiant […]

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C’est confirmé : Napoléon perçait déjà sous Bonaparte !

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Ce Bonaparte (854 pages, 30 euros, Gallimard) est l’histoire, riche en détails et intuitions, d’un homme pressé, impatient, sûr de lui. Pas la première du genre, observera-t-on ; il est vrai que la bibliographie napoléonienne est des plus fournies. Quel écrivain n’a pas donné sa vision du personnage ! A croire que ce fut un genre en soi, une figure imposée : Chateaubriand, Stendhal, Bloy, Suarès, Cabanis, Malraux. Pour ne rien dire des historiens, dont c’est le rayon. Alors, n’en jetez plus ? Pas si sûr. Car Patrice Gueniffey, ancien assistant de François Furet devenu lui-même un spécialiste de la  Révolution, ne s’est pas […]

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De l’esperluette entre Winston & Clementine

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Mais non, ce n’est pas un monstre sacré, ce Churchill. D’abord parce l’expression est un lieu commun trop commun pour lui, ensuite parce qu’elle commence mal, avec ce quelque chose de monstrueux, et donc de bestial, alors qu’il n’y avait pas plus humain, terriblement humain que lui. La preuve : il écrivait à sa femme, tout le temps. Conversations intimes (traduit de l’anglais par Antoine Capet et Dominique Boulonnais, 848 pages, Tallandier), titre plus romantique et racoleur que l’original Speaking for Themselves, est peut-être son meilleur livre avec Mes jeunes années, celui qui le révèle le mieux, le plus personnel et le […]

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Un pas de côté avec Régis Debray et Patrick Boucheron

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Que faire de toutes ces images qui nous tombent dessus et comment survivre à cette avalanche ? On analyse tant les métamorphoses que traverse le regard du lecteur qu’on en oublierait celles que connaît l’oeil du spectateur. Opportunément, Régis Debray nous invite à une méditation sur le temps dans Le stupéfiant image (400 pages, 30 euros, Gallimard), titre qu’il a emprunté au Paysan de Paris où Aragon présentait la chose comme un opium faisant fonction de madeleine. C’est une énigme lorsque le temps s’immobilise sur un plan fixe. Par un mystère face auquel l’historien rend les armes, les chefs d’œuvre de l’art […]

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Vers un humanisme numérique

Vers un humanisme numérique

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Convenons qu’il ne va pas de soi d’accoler deux mots a priori aussi antinomiques que « humanisme » et « numérique ». On se frotte les yeux. On doit à l’historien des religions Milad Doueihi, l’un des rares à avoir entrepris une anthropologie de l’homo numericus dès sa naissance, d’avoir répandu l’expression dans le public par ses essais et ses articles. Il y est revenu à l’occasion d’une conférence prononcée il y a un peu plus d’un an et reprise dans un bref livre intitulé Qu’est-ce le numérique ? (55 pages, 7 euros, Puf). Un titre qui sonne hélas un peu comme « Le numérique pour […]

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Une pierre dans le jardin à la française de l’identité nationale

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On dira que venant après un éloge des livres d’Alain Finkielkraut et de Jean Clair, nostalgiques d’un ancien régime français de la sensibilité, du savoir-vivre, du savoir-écrire et de la conversation, une apologie de ces étrangers qui ont tant donné à la France ne peut relever que du calcul, mais qu’importe. Elle obéit au calendrier des nouveautés, une lecture succédant à une autre, et basta ! Le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France (992 pages, 30 euros, Bouquins/Laffont) vient à point, et pas seulement parce que « l’étranger » sera certainement au centre de la campagne électorale pour les municipales de […]

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