de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

Le castellologue est l’amer de toutes les batailles

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Vous auriez tort de prendre le sable à la légère car c’est de la guerre qu’il s’agit. Du moins est-ce le sentiment qui enveloppe l’estivant qui sommeille en tout lecteur, fût-il éventuellement un estivant honoraire ou émérite, nostalgique de vacances datant d’une lointaine enfance, mais toujours sensible à l’émoi balnéaire. Sauf que lorsqu’il progresse dans Les Barrages de sable (298 pages, 16 euros, Grasset) sous-titré « Traité de castellologie littorale », il prend progressivement la mesure du projet de Jean-Yves Jouannais, lequel dépasse la polémologie de plage pour se donner une triple dimension littéraire, historique, esthétique. Tous ceux qui, comme lui, ont […]

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Patrick Modiano et Annie Ernaux sur le fil incertain de leur mémoire

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Un malaise s’installe, un certain trouble nous enveloppe, puis nous envahit avant de nous hanter durablement. C’est la magie Modiano, dès l’entame. Rien à expliquer sinon cela n’en serait pas. Un homme trouve un carnet d’adresses perdu et insiste pour le ramener à son propriétaire. Mais en le feuilletant, il tombe sur un nom pour lequel il manifeste une intense curiosité. Son insistance n’est donc pas gratuite. Dès la première page de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (160 pages, 16,90 euros, Gallimard), roman sans dédicataire, fait inhabituel chez cet écrivain, tout est installé à commencer […]

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Discours de Guadalajara

Discours de Guadalajara

Yves Bonnefoy

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Je remercierai d’abord le jury de la Foire Internationale du Livre de Guadalajara qui m’a décerné son prix cette année. Je sais la qualité des attributions qui ont été faites dans le passé de cette distinction, et je ne puis donc que ressentir le choix qui a été fait de mon œuvre comme un très grand honneur, dont j’espère que je suis digne. Mais je veux aussi remercier tous ceux qui par leurs initiatives, leur soutien actif, leur travail, assurent l’existence du prix, lui permettant d’occuper la grande place qui est la sienne sur la scène internationale. C’est du fond […]

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Trois femmes remarquables

Trois femmes remarquables

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Au fond, elles sont bien plus que trois, ces femmes remarquables. Disons six puisqu’il s’agit autant des trois auteurs des trois livres sur lesquels j’aimerais jeter un peu de lumière de ces dernières lueurs d’été qui s’attardent, que de leurs trois héroïnes. Des personnes ordinaires qui vivent des situations ordinaires mais que la littérature métamorphose et transcende en personnages extraordinaires. Celle d’Isabelle Desesquelles dans Les hommes meurent les femmes vieillissent (224 pages, 18 euros, Belfond – le titre est inspiré d’On ne badine pas avec l’amour, la réplique de Perdican, II, 5) s’appelle Alice. Qu’importe son identité dans la vraie […]

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La note juste de Pauline Dreyfus et Marie-Hélène Lafon

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Il n’y a pas plus dissemblables que ces deux livres : Ce sont des choses qui arrivent (226 pages, 18 euros, Grasset) de Pauline Dreyfus et  Joseph (144 pages, 13 euros, Buchet-Chastel) de Marie-Hélène Lafon (144 pages, 13 euros, Buchet-Chastel). Deux parmi les plus beaux romans de la rentrée. Tout les oppose : le cadre, l’époque, le milieu, l’histoire, les personnages… Pourquoi les traiter alors d’un même élan ? C’est que l’une et l’autre et l’autre doivent leur réussite à un détail invisible, rétif à la description et plus encore à l’explication : elles ont su, chacune dans leur registre d’écriture, trouver la note […]

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De quoi se réjouir de la confusion des genres

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Le roman sans fiction est devenu un tel phénomène que L’Orient littéraire juge même qu’il « phagocyte la rentrée ». On en a parlé ici-même il y a peu, mais les occasions d’y revenir ne manquent pas, surtout ci c’est pour parler de livres qui valent le détour. N’allez pas y voir une résurgence du bon vieux réalisme ou une manière de néo-naturalisme. Pas vraiment une école, pas encore une discipline. Plutôt une famille d’esprit. Il est vrai que leurs livres ont un air de famille : des récits très écrits qui intègrent l’Histoire avec une grande hache, comme eut dit Georges Perec, à leur propre histoire. […]

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Eric Reinhardt met à nu une femme qui ne s’autorise pas

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Il y a des noms de personnages qui ne passent pas ; du début à la fin du roman, ils vous restent en travers la gorge, tant et si bien que vous ne croyez pas à ses émotions, ses sentiments, sa logique ou sa folie mêmes tant son identité vous paraît invraisemblable. D’autres au contraire semblent si singuliers qu’ils confèrent d’emblée une personnalité au personnage, s’imposent et vous emportent. C’est ainsi que je suis tombé amoureux de Béatrice Ombredanne, l’héroïne de L’Amour et les forêts (365 pages, 21,90 euros, Gallimard), l’un des romans les plus en vue de cette rentrée. Disons […]

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Triomphe du roman sans fiction

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Ce qui compte, c’est de placer la barre à une certaine hauteur et de sauter juste un peu au-dessus. A la placer trop haut, on ne risque pas seulement de s’étaler ; on passe pour celui qui n’a pas les moyens de ses ambitions. Le cas d’Emmanuel Carrère pour son dernier livre. Voilà pourquoi (j’entends déjà les cris d’orfraie) on peut détester le Royaume et louer les livres de Christophe Donner et Frédéric Beigbeder. Leur ambition est certes plus limitée qu’un réexamen des Evangiles à la lumière de leur moi profond ; mais l’un et l’autre ont parfaitement réalisé leur projet car […]

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L’ego-péplum d’Emmanuel Carrère

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Il y a des livres qu’on aimerait aimer pour de multiples raisons : on suit l’auteur de longue date, sa personne a toute notre sympathie, les bonheurs de lecture qu’il nous a déjà offerts sont encore vivaces, l’annonce même de son projet nous avait déjà enthousiasmé en son temps (et quand en plus, on a écrit Vies de Job, on se sent déjà en complicité). Seulement voilà : on aimerait mais on n’y arrive pas. Difficile de se dire déçu car un écrivain ne doit jamais rien à ses lecteurs. Il n’a de comptes à rendre à personne. Il écrit ce qu’il […]

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Pour saluer Pierre Ryckmans et Simon Leys

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On commettrait une erreur de jugement en ne voyant en Simon Leys qu’un grand sinologue. Ou uniquement l’expert qui a pourfendu les illusions meurtrières des maoïstes occidentaux. Ou le lanceur d’alertes des China watchers. Celui qui vient de disparaître à l’âge de 78 ans des suites d’un cancer était tout cela, bien sûr, mais c’est celui qu’il était en sus et au-delà de ces qualités de spécialiste qui nous manquera. Entendez : un intellectuel d’une remarquable tenue intellectuelle et d’une rare exigence morale. De ceux qui mettent leurs actes en accord avec leurs idées, espèce en voie de disparition. Quelque chose […]

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