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La République Des Livres par Pierre Assouline

Mais où donc est passée la littérature ?

Par Sophie Benech

ben-Isaac Babel est un grand écrivain, il existait par et pour la littérature, écrire était sa passion et sa raison de vivre. Or la biographie que lui a consacrée Adrien Le Bihan Isaac Babel. L’écrivain condamné par Staline (343 pages, 22 euros, Perrin) traite presque exclusivement de sa personnalité, de sa vie privée et de ses positions politiques – du moins telles que les comprend l’auteur. Si, après bien des hésitations, je prends la plume pour parler de cet ouvrage, c’est parce que Babel lui-même n’est plus là pour se défendre contre le réquisitoire dont il fait ici l’objet, tant d’un point de vue politique que d’un point de vue personnel.

Il se trouve que j’ai traduit les Oeuvres complètes d’Isaac Babel aux éditions Le Bruit du temps, ce qui m’a amenée à lire beaucoup de souvenirs le concernant, lui et son époque, mais surtout, à vivre plus de trois ans en compagnie de cet écrivain, ou plutôt en compagnie de ses textes. Et je me sens le devoir autant que le droit de défendre sa mémoire.

Pour commencer, je crois que je n’en finirai jamais de m’étonner de l’incapacité de certains Occidentaux, et particulièrement de certains Français, à se représenter ce qu’est la vie dans un pays soumis à une dictature communiste. Tout ce que j’ai traduit sur les années trente en Russie, tous les  témoignages que j’ai lus ou entendus de la bouche de témoins directs, m’ont définitivement convaincue que personne ne peut s’autoriser à porter du fond de son fauteuil des jugements catégoriques et encore moins ironiques sur des hommes qui se sont débattus comme ils ont pu dans un pays où régnait, outre une idéologie qui prônait l’extermination de tous ceux qui ne pensaient pas et ne s’exprimaient pas selon la norme, un tyran capable d’anéantir des millions de vies d’un simple trait de plume. Il est difficile pour nous de se représenter la Terreur stalinienne, ou même le communisme de guerre qui a suivi le coup d’État d’octobre, mais il existe aujourd’hui tant de témoignages et de littérature sur le sujet qu’un peu de connaissances, d’imagination et de sensibilité permettent quand même de se mettre à la place des gens qui les ont vécus.

Tous ceux qui ont résisté comme ils pouvaient, qui ont essayé de survivre et de créer envers et contre tout dans ce qu’il faut bien appeler un enfer, méritent notre compréhension. Ou tout au moins un peu de respect. Il est vrai que Babel n’a jamais critiqué ouvertement le coup d’État bolchevique (bien que de nombreuses descriptions du Journal pétersbourgeois soient néanmoins fort éloquentes), ni Staline, ni le régime soviétique. Mais jamais non plus il ne les a cautionnés. Plus tard, quelques uns de ses textes (mais non ses récits) célèbrent les « réalisations » du stalinisme. Lorsqu’il était contraint d’écrire des articles de journaux ou des scénarios pour gagner sa vie, ou encore d’intervenir en public, ce qu’il essayait d’éviter le plus possible, il jouait avec la langue de bois de l’époque.

Il n’est pas le seul à avoir dû pour survivre soutenir publiquement la ligne générale. Son biographe semble oublier que sous Staline, on risquait sa liberté et sa vie, sans parler de celles de ses proches, pour avoir gardé le silence ou utilisé le mauvais adjectif. Pasternak a dû souvent louvoyer, même une Akhmatova a écrit, pour tenter de sauver son fils, des poèmes qu’elle a interdit de faire figurer dans son oeuvre, souhait qui n’a d’ailleurs pas été respecté. Très rares sont ceux qui n’ont accepté aucun compromis. Jamais Babel n’a trahi ni dénoncé qui que ce soit – sauf sous la torture, et il s’est ensuite rétracté.

Il est vrai qu’il a travaillé quelques mois (comme traducteur) pour la Tchéka, mais c’était juste après sa création, alors que personne ne savait encore jusqu’où irait cette institution. Il est vrai qu’il a plus tard fréquenté des bourreaux, des membres  du NKVD. De l’avis de plusieurs proches, par curiosité et goût du risque, de l’avis de son biographe, pour des raisons bien plus troubles. Chacun peut émettre l’hypothèse qui lui paraît la plus plausible. Mais il a aussi aidé des amis en butte aux persécutions, bien que A. Le Bihan émette des doutes sur les témoignages dont on dispose.

Il est vrai qu’il a profité des avantages que lui donnait sa position d’écrivain « officiel » (mais il faut être bien sûr de soi pour lui jeter la première pierre), position qui est du reste allée en se dégradant au fil des ans parce qu’il ne publiait presque plus. Pour ma part, je pense que c’est parce qu’il savait pertinemment que ce qu’il écrivait ne franchirait pas la barrière de la censure. Et que le  silence qu’il a gardé pendant des années était sa façon de résister aux pressions dont il faisait l’objet.

Mais Babel n’est plus là pour répondre aux affirmations péremptoires et aux interprétations de ceux qui l’accusent d’avoir joué un jeu déshonorant, en se fondant pour cela sur « des hypothèses plus que vraisemblables », et en introduisant les témoignages le montrant sous un jour qui n’entérine pas leurs certitudes par des formules comme « Il est peu probable que… » ou « Doutons de… ».

Je maintiens que ce n’était pas par des déclarations que Babel exprimait le regard qu’il portait sur ce qui se passait dans son pays, mais par sa façon d’écrire. Or en lisant ce livre, je me suis vraiment demandé pour quelle raison A. Le Bihan s’était intéressé à un auteur qui non seulement lui est de toute évidence antipathique, mais dont le talent littéraire ne le touche manifestement pas – il n’en dit pas un mot, et ne le cite que pour tourner en ridicule sa façon d’écrire ou ses images, en isolant des passages de leur contexte ou en paraphrasant ses récits, ce qui leur enlève tout leur sel et toute leur beauté. Adrien Le Bihan semble tellement insensible à l’écriture de l’auteur dont il parle que, par exemple, il ne décèle dans ses terribles et magnifiques récits sur la collectivisation que l’illustration d’un article de Staline, ou expédie d’un coup de plume ironique un chef-d’oeuvre comme « Histoire de mon pigeonnier ».

À maintes reprises, le biographe parle comme s’il se trouvait dans la tête de Babel, il nous explique que ce qui le tourmente alors que tous ses amis sont arrêtés, c’est « la peur de perdre ce à quoi il tient le plus : virilité, cheval, modèle littéraire… ». Ou il imagine les raisons pour lesquelles Babel a agi en telles ou telles circonstances – toujours au détriment de son personnage. C’est son droit, après tout. D’autant qu’il reconnaît souvent lui-même que ses certitudes se fondent surtout sur des suppositions.babel

Mais c’est aussi mon droit, en tant que l’un des traducteurs de Babel, de protester contre ses hypothèses présentées comme des affirmations et contre les commentaires sarcastiques qu’il sème ici et là entre des parenthèses –  un procédé qu’il affectionne –,  et de m’insurger contre des formules et des termes qui sont en eux-mêmes des jugements :« Il [Babel] fanfaronne… Il pérore… Comme la légende babélienne le rabâche… », « on se laisse embobiner par le narrateur » ou « il mourrait de rire en travaillant » pendant la Grande Terreur.

Même la dernière phrase de cette biographie, « Laissons-le filer avec ses énigmes », me laisse perplexe. Adrien Le Bihan a-t-il conscience qu’il est en train de parler d’un grand écrivain? Et d’un écrivain qui a vécu à une époque troublée et sanglante, qui a tenté de survivre sous la Terreur stalinienne, qui a vu presque tous ses amis et confrères disparaître dans « le hachoir à viande » des années trente (comme disent les Russes), et qui a été tué d’une balle dans la nuque après avoir été torturé –  alors qu’au fond, sa seule véritable faute était d’écrire, de raconter le monde tel qu’il le voyait ?

À force d’avoir fréquenté de très près cet esprit et ses pirouettes, je ne pense pas pour ma part que Babel était un lâche ni un hypocrite, comme le donne à penser cette biographie, ni non plus un admirateur inconditionnel de Staline et de la Terreur. C’était un très grand écrivain et un être complexe, attachant et talentueux, curieux de tout ce qui est humain, qui se débattait comme il pouvait dans le chaos de son époque. J’explique certaines de ses attitudes déroutantes par le fait (avéré) qu’il était prisonnier de circonstances qui ne laissaient guère de choix, et je m’en tiens, moi, aux hypothèses que j’ai avancées dans ma préface : « Peut-être espérait-il que sa célébrité le protégerait. Peut-être ne se faisait-il aucune illusion. Peut-être était-il dans sa nature de « danser sur une corde raide » et de jouer avec le feu. »

L’un des auteurs sur lesquels j’ai travaillé a déclaré dans un interview que personne ne la connaissait aussi intimement que ses traducteurs. De fait, si malgré toutes ses recherches, un traducteur peut ignorer des détails ou même des faits importants de la biographie de l’écrivain qu’il traduit, il vit pendant des mois, parfois des années, à l’intérieur de ce qui est l’être le plus profond d’un artiste, c’est-à-dire son œuvre. À l’intérieur de sa langue, de ses phrases.

Et quoi que puisse raconter quelqu’un (cela vaut bien sûr surtout pour un écrivain), la façon dont il le dit est incroyablement révélatrice de ce qu’il est : son style donne des indications très fiables sur sa nature profonde, sur son être véritable. Si un écrivain est faux, s’il se ment à  lui-même, s’il se berce de grands mots, s’il est superficiel, prétentieux ou animé par la rancœur, son style le trahit, et personne ne le décèle mieux qu’un traducteur. De la même façon, l’authenticité, la loyauté, la droiture, la compassion, la profondeur – tout cela se sent dans une écriture.

Je me fie toujours pour ma part à ce que me disent le style et la langue d’un écrivain, ils ne trompent pas.

SOPHIE BENECH

(« Sophie Benech » et « Isaac Babel, 1939 » photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire, Littérature étrangères, traducteur.

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commentaires

13 Réponses pour Mais où donc est passée la littérature ?

jean louis dit: 2 février 2016 à 3 h 38 min

il se trouve que je viens de lire la superbe traduction de « La Plongée » (2015, Le Bruit du Temps, 216 p.) avec un avant propos de Sophie Benech. le tot a été publié sur le site d’un de mes libraires (Quai de Brumes à Strasbourg). je lui ai adjoint un second commentaire plus axé sur Isaac Babel. les deux posts sont joints.
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Lydia Tchoukovskaïa est la fille de l’écrivain Korneï Tchoukovski (1882-1969). Son second mari, Matvei Bronstein physicien de renom (cube des théories physiques – mécanique classique, quantique, relativité, gravitation) est arrêté en 1937 et fusillé (« dix ans sans droit de correspondance » en langage officiel, une balle dans la nuque en vérité). Un premier livre de Lydia Tchoukovskaïa « Sophia Petrovna » (2007, Interférences, 133 p.) décrit le mensonge officiel. Le second « La plongée » (2015, Le Bruit du Temps, 216 p.) revient sur le mensonge et laisse apparaitre la vérité.
C’est l’histoire d’une traductrice, Nina Sergeievna, privilégiée (à quel titre ? celui du remord ?) à qui l’Union des écrivains a accordé un mois de repos dans une maison pour écrivains dans la partie russe de la Finlande. « Nous sommes en février 1949, et la Jdanovchina – la purge des intellectuels décidée par Andréi Jdanov, le voyou en charge de la culture sous Staline – commence. ». Elle arrive avec Bilibine, écrivain lui aussi, qui a vécu des années de camp et qui écrit. En réalité, elle découvre que ce sera un livre de propagande réaliste-socialiste célébrant l’enthousiasme des travailleurs dans ce camp. Bilibine s’est mis au service du mensonge. « Les équipes des mineurs rivalisaient entre elles. La victoire sur les fascistes avait provoqué un extraordinaire bond en avant de la productivité du travail ». « [Fédossia] s’était battue pour les techniques modernes de production ». Un peu plus loin dans le texte « Papa, disait à son père le petit garçon souffreteux qui avait alors cinq ans, ne touche pas à maman, sinon j’écrirai au camarade Staline ». Le style de Bilibine, on dirait de nos jours langue de bois, saute aux yeux, et pas seulement à ceux de Nina. Pour elle, et à travers elle pour Lydia Tchoukovskaïa « C’est que tout ce qu’on écrit sur ces gens est un mensonge permanent » [ ] « Ce ne sont pas des mots, mais des coquilles vides. Des tétines. Vous savez, quand on donne aux bébés des tétines-sucettes ? Sans lait… » [ ] « Ce ne sont pas des phrases, mais des combinaisons de signes ».
Dans cette maison, au calme, elle est censée se reposer ou travailler à ses traductions. «Pour la première fois depuis la guerre, j’allais enfin vivre seule dans une chambre. Je pourrais m’asseoir à un bureau sur lequel on ne serait pas obligé de mettre le couvert trois fois par jour.» Très vite elle est confrontée à la rencontre «entre la mémoire et le silence», et donc à « la plongée » dans une «imperméable masse d’eau» qui la protège du monde. Il y aura donc l’alternance entre ces séances intérieures, où elle essaye de retrouver Aliocha, son mari disparu et de protéger sa fille Katia. Le reste du temps sera occupé par les semi-révélations des autres pensionnaires. Chacun a son lot de misères. La vie dans les camps à abattre des arbres et souffrir de la faim, les manifestations antisémites allemandes pendant la guerre dans les ghettos ou la perte d’un fils sur le front. Tous ces éclopés de l’âme ne facilitent pas le travail de deuil de Nina Sergeievna. Restent les promenades dans la campagne et la forêt, couvertes de neige, mais d’une neige qui change avec le temps, poudreuse ou gelée. « Ici, l’argent du givre revêt chaque ligne ».
Superbe livre, plein de pudeur. Confrontation entre le mensonge enfin découvert et dénoncé du réalisme stalinien et la beauté, cruelle cependant, de la nature. On pense à d’autres livres sur les camps. A Varlam Chalamov dans « Récits de la Kolyma » (2003, Verdier, 1760 p.) énorme livre en papier bible, à lire par morceau tellement c’est dense, là où même les arbres n’arrivent pas à vivre. « La quatrième Vologda : Souvenirs » du même auteur (2008, Verdier, 187 p.). A lire aussi l’étonnant « Voyage au pays des Ze-Ka » de Julius Margolin (2010, Le Bruit du Temps, 781 p.) suivi de « Le Livre du Retour » du même auteur (2012, Le Bruit du Temps, 304 p.) longue errance à travers l’Europe centrale. A coté « Le Retour de l’URSS » d’André Gide (Folio Gallimard) parait bien mièvre (même si c’était avant les grandes purges de 1937, et même si le livre a été retouché).

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Isaac Babel (1894-1940) né dans le ghetto d’Odessa et fusillé à Moscou. Ecrivain, poussé par Gorki à « courir le monde », il soutient la Révolution russe et s’engage dans l’Armée rouge en 1920. Hélas, il dénigre Staline en privé, et est dénoncé par Iéjov, avec la femme duquel il avait une liaison. Il est arrêté, torturé avant qu’il n’avoue ses « crimes : trotskisme, espionnage au profit de la France (via André Malraux) et de l’Autriche. Il faut lire « Œuvres complètes » (2011, Le Bruit du Temps, 1312 p.), superbement traduites par Sophie Benech. Et de cet amas de pages extraire « Histoire de mon pigeonnier » ou « Récits d’Odessa », courtes anecdotes et scènes de vie du ghetto de la ville
Les scènes de « La Cavalerie Rouge » est d’un tout autre registre. Il s’ait des évènements vus lorsque Babel suit la cavalerie de Simeon Boudienny et se bat contre les Russes Blancs et les Polonais. Scènes terribles de cadavres pendus aux arbres, de femmes éventrées (que l’on retrouve par ailleurs en 1941 lors de l’avancée allemande en Ukraine) – cf le magnifique « Kaputt» de Curzio Malaparte ressorti récemment (2006, Denoel, 576 p.).
Le « Journal pétersbourgeois » fait référence à sa période que l’on pourrait qualifier de mondaine (encore que…). C’est la fin de Pétersbourg (avant de devenir Pétrograd), la fin du régime tsariste, un palais à l’abandon dans lequel Babel trouve refuge pour une nuit, des asiles pour enfants abandonnés, des abattoirs où il n’y a plus d’animaux, et d’un zoo où les animaux meurent de faim et de froid. C’est la période pendant laquelle Staline n’est encore que commissaire politique à Tsaritsyne (qui deviendra Stalingrad). Là il réunit ses affidés dont les chefs de la fameuse Cavalerie Rouge Kliment Vorochilov et Semion Boudienny, tous unis contre Trotski. C’est également pendant cette période que Staline se lie avec Félix Dzerjinski avec qui il fonde la terrible Tcheka, clé par la suite des purges qui démarrent en 1934.
Babel voit tout cela et le décrit, mais jamais il ne cautionne. Idem pour d’autres écrivains, et là on rejoint Lydia Tchoukovskaia et sa magnifique « La Plongée », tels Boris Pasternak ou Anna Akhmatova (relire le superbe « Sur Anna Akhmatova » de Nadeja Mandelstam (2013, Le Bruit du Temps, 224 p.).
Surtout, il faut lire le long manifeste de Sophie Benech, traductrice de ces auteurs sur le site de la République des livres « Mais où donc est passée la littérature ? » Trois pages qui prennent la défense des écrivains, et dénoncent « l’incapacité de certains Occidentaux, et particulièrement de certains Français, à se représenter ce qu’est la vie dans un pays soumis à une dictature communiste ». Paroles terribles qui font écho à ce que j’écrivais à propos de Gide, et que Sophie Benech conclue par « Tous ceux qui ont résisté comme ils pouvaient, qui ont essayé de survivre et de créer envers et contre tout dans ce qu’il faut bien appeler un enfer, méritent notre compréhension. Ou tout au moins un peu de respect. »

je recopie

giraudon liliane dit: 14 janvier 2016 à 10 h 54 min

merci mille fois pour cette mise au point ! Babel est un immense écrivain et je ne lirai pas cette biographie mais vais relire Babel !

laurent dit: 30 décembre 2015 à 21 h 09 min

Mise au point révélatrice, que tous les traducteurs, dont je suis, apprécieront. Le compositeur Dmitri Chostakovitch (1906-1975) a suscité le même type de biographies à la fois partiales et approximatives, lui reprochant d’être un « digne fils du régime » alors qu’il a été contraint, à l’image de Babel ou d’autres, de « composer » avec lui en acceptant des commandes officielles dont il compensait le caractère infamant en truffant ses oeuvres les plus profondes et intimes de messages musicaux cryptés qui m’ont trompé que les oreilles des autorités, pas celles des Russes, qui lui en sont infiniment reconnaissants.
Je vais m’empresser de lire Babel dans les traductions de Mme Benech.

masud al-bukhari dit: 7 novembre 2015 à 16 h 16 min

Pas lu la bio de le Bihan.

Mais très étonné par son manque de sensibilité, lors de l’émission de Finjielkraut.

A-t-il trop longtemps couché avec son auteur pour faire montre de tant de froideur, comme chez un vieux couple?

A écouter son ton guilleret, on croirait qu’il a écrit la biographie de Billy the Kid.

Tourjansky Tatiana dit: 7 novembre 2015 à 14 h 32 min

Chère Sophie,

nous avons eu le grand plaisir et la chance de vous recevoir en 2013 à la librairie la Maison vieille, votre traduction des œuvres d’Isaac Babel venait de paraître au Bruit du temps. Cet ouvrage permet de comprendre à quel point la période, durant laquelle cet immense écrivain va créer, fût complexe. La lecture de ce recueil révèle la personnalité de son auteur car comme vous le dites très justement le recoupement de tous ses écrits ne peut mentir, le regard porté par Babel sur l’Histoire qui se joue sous ses yeux et à laquelle il prend part comme écrivain, est celui d’un homme sensible et brillant emprunt d’une grande humanité. Avant votre passage, je ne connaissais que les Contes d’Odessa, et grâce à vous, j’ai pu découvrir des textes lumineux, parfois drôles et bien sûr graves comme Le journal petersbourgeois ou encore Histoire de mon pigeonnier. Ces ouvrages édités, soit par vous aux éditions Interférences soit au Bruit du temps, font partie de notre fonds librairie car il est indispensable de permettre au public de découvrir l’œuvre de ces très grands écrivains russes du début du XXème siècle dont le travail fût broyé par la dictature. Rappelons que vous faites un travail magnifique en tant que traductrice mais également comme éditrice et qu’il faut absolument saisir la chance que vous nous donnez de découvrir des textes, leur contexte littéraire et historique, tels que Le conte de la lune non éteinte, La madone sixtine, Les frères Sérapion, Nos bibliothèques… Merci pour tout ça. J’ai été horrifiée par les propos tenus ce matin par A. Le Bihan sur France culture, effectivement il n’a rien compris à Isaac Babel.

Claudio dit: 2 novembre 2015 à 11 h 26 min

J’admire l’écrivain Isaac Babel depuis des décennies. J’ai lu la biographie d’Adrien Le Bihan. Lamentable…S’accord avec Sophie benech qui a fait un magnifique travail de traduction.

Il faut lire cet écrivain humain…trop humain.
Merci Au Bruit du temps.

Les éditions Perrin publient en général de très mauvais livres.

Czarny dit: 31 octobre 2015 à 16 h 06 min

Celles et ceux qui jugent un tel homme en 2015 gagneraient à le lire. Et pour mieux comprendre l’URSS et la Russie, à lire la nouvelle et impressionnante Prix Nobel, Svetlana Alexeïevitch. Ils se sentiraient bien petits.

Zoon dit: 31 octobre 2015 à 11 h 50 min

La biographie d’Isaac Babel par Adrien Le Bihan exécutée par Sophie Benech, la traductrice d’Isaac Babel.

Je ne sais pas ce que vaut cette nouvelle biographie, mais les restrictions que Sophie Benech elle-même apporte ne donnent pas très envie de lire Isaac Babel : il a toujours soutenu Staline et la ligne officielle du parti, il a travaillé pour la Tchéka, il a confortablement profité des avantages de son statut d’écrivain officiel, etc.

Zoon dit: 31 octobre 2015 à 11 h 45 min

Votre série de « il est vrai que » est tout de même plutôt inquiétante. Elle ne donne pas très envie de lire le dénommé Babel, dont je n’ai rien lu et que je ne lirai pas.

Bloom dit: 28 octobre 2015 à 18 h 52 min

Sophie Benech,
Je ne lirai pas la bio de M. le Bihan (ni le temps ni l’envie), mais j’ai lu Babel dans votre traduction et ai particulièrement apprécié la rugosité du style, les comparaisons déroutantes, notamment dans « La cavalerie rouge ». J’avais lu les « Contes d’Odessa » en Folio et en avait gardé un bon souvenir. Benia Krik me rappelle un peu mon grand-père, dont le père, bien que Juif de Sebastopol, était dans la cavalerie impériale… Je relirai bientôt ces récits dans votre traduction & verrai si mon impression se confirme.
Vous avez raison de prendre la défense du grand Babel: quand la bio d’un écrivain est découplée de son oeuvre & qu’elle est politiquement motivée, l’exercice s’approche dangereusement du caniveau.
Au final, la meilleure défense est l’offrande faite par la traductrice au public non russophone. Ce pour quoi on ne vous remerciera jamais assez…

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