de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Une femme de charge dans un intérieur bien tenu

Une femme de charge dans un intérieur bien tenu

Pas courant d’avoir son nom en haut et en bas de la couverture d’un livre. Un si rare honneur se mérite. Maurice Nadeau ne pouvait y échapper avec Soixante ans de journalisme littéraire (1480 pages, 39 euros, Editions Maurice Nadeau). Notez bien le choix du titre : « journalisme » et « non « critique » ; il est vrai que de temps en temps, à ses débuts, il se détendait à faire le reporter notamment lors des remises de prix, au chahut lettriste d’une lecture de Tzara au Vieux-Colombier, à l’occasion d’une interview de la nouvelle lauréate du Nobel Gabriela Mistral retour de Suède,  de la réception d’Emile Henriot à l’Académie, ou d’une rencontre avec Richard Wright de passage à Paris.Toute sa production critique présentée de manière chronologique, ce premier tome couvrant les années Combat de 1945 à 1951 jusqu’au départ de Claude Bourdet, animateur de rédactions qu’il suivra à France-Observateur. Par moments, on croirait lire son journal intime, impression que l’on aurait en pareil cas avec François Nourissier.

 Maurice Nadeau n’avait pas seulement le goût de la chose littéraire : c’était un passionné ; il y avait en lui quelque chose du bâtisseur de ponts entre l’auteur et le lecteur. les écrivains et les personnages qu’ils ont créés constituaient sa famille de papier, parentèle dans laquelle il avait le don de faire immédiatement entrer ses lecteurs ; mais il ne craignait pas de croiser le fer dès lors qu’il s’agissait de défendre son absolu de la littérature. Et il fallait oser affronter un Sartre dès décembre 1945 quand le philosophe qui tenait déjà le haut du pavé et reprochait aux critiques de « faire notre histoire à l’aveuglette », lui opposer la conscience morale du critique.

De quoi est-elle faite ? D’esprit critique, d’indépendance du jugement,  de recherche d’un certain pathétique, de la présence d’une voix et d’un son particuliers chez un écrivain, de curiosité et d’intuition mêlées d’instinct, de mise en perspective, de conception de la littérature, de mémoire des œuvres autant que des auteurs (en connaît-on de jeunes critiques qui s’imaginent que la littérature commence avec Edouard Louis) et surtout, c’était pour Nadeau le mot et la notion-clés : de responsabilité. Pas d’expression d’une conviction sans responsabilité, c’est à dire : être en situation de répondre de ses jugements et le cas échéant d’en supporter les conséquences.497972695

Sainte-Beuve tenait que le critique devait se faire « le secrétaire avoué » du public. Maurice Nadeau, qui le cite souvent, reproche à cette conception, comme à d’autres, de sacrifier par avance toute « responsabilité personnelle », il n’en démord pas. Fut-il vedettarisé, soutenu, protégé par son journal, sa revue, sa radio, c’est lui qui s’engage et signe. Nul autre ne doit donc répondre de ses jugements. Cet Intuitu personæ ne saurait se déléguer. Cela paraît aller de soi, et pourtant, rien de moins évident. Question d’éthique, le mot n’est pas trop fort, surtout en l’absence de véritable déontologie dans un métier (le journalisme) où la faute professionnelle n’existe pas, sauf à être brandie comme prétexte devant les prudhommes pour se débarrasser d’un emmerdeur.

On le sait, le critique a ceci de commun avec les artistes : il ne s’autorise que de lui-même. Pas d’école, pas de diplôme. Sa seule légitimité ne lui vient au fond que du journal qui le consacre dans son statut. Qui d’autre l’a fait roi ? qui l’a fait juge ? Rien n’est plus labile, arbitraire, subjectif que cette faveur médiatique. La plupart des critiques perdent de leur importance une fois retiré ; ils n’existent plus dès lors que leur influence disparaît ; le plus souvent, il n’en demeure pas la moindre trace malgré la parution en librairie de leurs articles dans l’indifférence générale (qui a vraiment envie de payer pour lire ce qu’il a déjà lu ?).

Nadeau fait exception, avec quelques rares autres. Il avait la sagesse de connaître ses limites. Cela requiert une certaine humilité par rapport aux véritables créateurs : un critique commente une création, cela ne fait pas de lui un artiste fut-il des plus talentueux, des plus aigus, des plus libres tels Angelo Rinaldi ou Philippe Lançon pour ne citer que les plus récents. Ne jamais oublier ce que Thiphaine Samoyault rappelle à juste titre  dans sa préface, à savoir que la critique « un art modeste, entièrement dépendant des autres, de ceux qui écrivent ». Dans cet esprit, Nadeau assimilait sa fonction à celle de      « la femme de charge dans un intérieur bien tenu ». Il savait ce qu’il convenait de dire et de taire, non par autocensure ou crainte de déplaire mais par souci de ne pas perdre son temps, son énergie, son espace avec des-livres-que-c’est-pas-la-peine.

François Nourissier donnait l’impression de ne dire que du bien des livres qu’il critiquait car il s’en tenait justement à ce principe, attitude parfois regrettable car on aimerait qu’un grand lecteur qui a gagné notre confiance au fil des ans, un avis que l’on suit, nous évite aussi de maudire ensuite l’auteur d’un mauvais livre qui nous a volé six ou sept heures de notre vie. Cela dit, le cas échéant, Nadeau exécutait tel roman   « où l’action bégaie ». Ou un nouvel essai de Julien Benda pour sa hargne et sa mauvaise foi, l’auteur, fameux avant-guerre, étant un personnage plus grave que sérieux et, pour tout dire du genre « scoliaste attardé ».

Bien sûr, il lui est arrivé de se tromper encore que dans ce domaine, tout est discutable et par rapport aux critiques littéraires, les jurys littéraires ne sont pas en reste dans l’erreur de jugement. A-t-il vu juste en appelant de ses voeux un grand roman d’Alexandre Astruc, ce qui supposait que celui-ci en eut les moyens ? Après lecture du Diapason de l’orage, il disait tout attendre de son auteur mais on ne sache pas que grand chose soit venu de René Roger. A-t-il eu raison à la parution de Drôle de jeu « qui dépasse les limites du roman traditionnel » de placer Roger Vailland dans la lignée de moralistes et d’esprits libres tels que Laclos, Diderot, Stendhal, et ses héros parmi ceux de Malraux, Caldwell, Hemingway ? Une fois séparé un livre du bruit qu’il fait, n’était-ce pas un peu beaucoup ? Facile à dire avec le recul des décennies.

Ce qu’il y avait de bien avec Nadeau, c’est qu’il invitait aussi à dénoncer les travers de sa corporation : ainsi de la « pétrification critique » par laquelle des idées et des œuvres se retrouvent figées et emprisonnées pour longtemps derrière des grilles. On a tôt deviné que l’éditeur perçait sous le critique. A croire que le journalisme littéraire, auquel il n’a jamais cessé de payer sa dette dût-il y laisser des plumes, lui avait appris à dire « non » autant qu’à se vouer à la défense et illustration comme il le fera par la suite et jusqu’à son centenaire, aux éditions des Lettres nouvelles puis Maurice Nadeau..

Un bon critique n’est pas seulement celui qui fait découvrir la nouveauté, mais celui qui nous fait relire avec d’autres yeux des livres que nous croyions avoir aimé, savouré, admis, compris une fois pour toutes. Le critique dilettante éclairé aspire juste à comprendre, quand Nadeau prônait un engagement qui nécessairement exclut. Qui choisit retranche autant qu’il ajoute. Il juge en fonction de critères qui peuvent paraitre souvent opaques, d’autant qu’il n’est pas tenu de les justifier en permanence. Au bilan de sa vie professionnelle, on pourra toujours reprocher à un critique l’absence de certains livres et de certains auteurs, qu’ils fussent écartés ou oubliés. Je ne vais pas vous faire la liste de tous les Prévert, Faulkner, Péret, Malraux, Eluard, Breton, Aragon traités en détail dans ce recueil, ils sont légions et reflètent bien le fond de l’air de ce temps-là, sans oublier les Kafka, Rimbaud et autres fidèlement revisités comme on se rend le dimanche dans la famille, chez la vieille tante, la seule à avoir la mémoire des siens, en n’oubliant pas d’amener les enfants, c’est à dire nous, lecteurs confiants, dociles et enchantés sinon pourquoi le lirait-on depuis tant d’années. Et pourtant, c’est si bon de le détester…

Haro sur le critique ! C’était déjà le titre d’un de ses articles de 1947. Il entendait y résister aux pressions des éditeurs qui lui reprochaient de dédaigner le traitement de romans dits commerciaux. Lui ne voulait pas déroger à son principe : tenir les lecteurs au courant des idées de son époque. Une nouvelle vision du monde (Sartre), un nouveau langage (Queneau), une nouvelle morale (Camus) plutôt que « même un bon roman qui constitue pour son auteur la vingt-troisième mouture d’une œuvre du début ». Cet article, on pourrait le publier aujourd’hui avec la même actualité dans un dossier sur la comédie littéraire, de même que La Littérature à l’estomac de Julien Gracq. Rien de daté.

Maurice Nadeau se gardait d’éditorialiser autour du thème du livre critiqué, travers hélas si répandu dans le journalisme français. Quant à son goût du titre, ce n’est pas celui de la formule ou du calembour à la Blondin  car il n’en avait pas l’esprit farceur, d’autant qu’il prenait la littérature pour une affaire trop sérieuse pour être tournée en dérision comme la politique et le reste, sport national français à la fin du XXème siècle. Ses titres sont informatifs. A peine s’il se permet un « Stendhal for ever », « Saint-Just le laconique », « Un Faust du XXème siècle », « Gide victime de lui-même » etc. Plutôt plat. Le plus souvent, il se résignait à utiliser le titre même du livre qu’il évoque. Or, quand un critique abrite un styliste en lui, cela se voit déjà à l’originalité de ses titres – sauf à ce que l’intitulation soit le monopole du secrétaire de rédaction.

Un article sur dix est consacré à un poète. « Dans un roman où il ne se passe rien, est-ce un roman ? Ce n’est que dans la poème que tout arrive » écrit-il à ses débuts mais il n’aurait pas soutenu un tel jugement vingt ans après, son intérêt pour la poésie ayant bien faibli avec le temps, distance due probablement à la qualité de la production. « Question poésie, je suis plutôt Michaux que Houellebecq, si vous voyez» m’avait-il dit pour justifier son refus de publier les poèmes de ce dernier quitte à le voir partir ailleurs. Il avait pointé le paradoxe du critique : tenter de pénétrer une œuvre « jusqu’en son cœur ténébreux » tout en sachant qu’elle révélait sa puissance et son génie en y résistant, la réussite du critique étant par conséquent traduite par son échec.

A la fin de ses jours, il ne pouvait toujours pas s’empêcher de lire trois livres à la fois ; mais, réflexe de critique avide de tout qui reçoit tous les livres depuis toujours, parallèlement, plutôt que les nouveautés, il préférait relire Georges Bataille. On allait l’oublier : de toutes ses activités, il en est une qui les réunissait toutes et à laquelle il se sera adonné toute une vie durant : lire/relire. A suivre prochainement avec la parution du tome II qui couvrira les années de la la revue Les Lettres nouvelles(1953-1966) puis du tome III qui sera celui de la Quinzaine littéraire(1966-2013)

On chercherait en vain le beau mot d’ « empathie » dans le livre de Maurice Nadeau. Il irradie les pages d’un autre recueil de critiques qui paraît ces jours-ci : Les Jardins suspendus (410 pages, 27 euros, Pierre-Guillaume de Roux) de Jean-Louis Kuffer (Lausanne, 1947). Mais comme chez son glorieux aîné, le terme de « critique » n’apparaît pas en couverture, à croire qu’il est nécessairement négatif alors que la fonction a sa noblesse. Ici plutôt « lectures et rencontres » échelonnées entre 1968 et 2018 , qui se sont traduites par d’innombrables critiques et articles pour la presse de la Suisse romande. Des poètes et romanciers de toutes langues y sont évoqués à travers leurs œuvres.

Dédié notamment à trois éditeurs qualifiés de « grands passeurs » : Christian Bourgois, Dominique de Roux (10/18), Vladimir Dimitrijevic (L’Âge d’homme), il s’ouvre sur un chapitre intitulé « L‘Arche du critique » dans l’esprit de Noé. Kuffer y tient qu’une « empathie à peu près sans limites » est la qualité indispensable pour faire un bon critique. On peut y voir une dénonciation de l’injonction binaire qui ronge l’esprit français : chacun est toujours sommé de choisir entre Voltaire et Rousseau, Balzac et Stendhal, les Beatles et les Rolling Stones etc Quelle défaite de la pensée que cette exclusivité ! Difficile de faire entendre la douce musique du « en même temps », surtout depuis qu’elle a été irrémédiablement arrimée à la rhétorique macronienne. Un tel tropisme ne va pas de soi même si il en est (j’en suis) pour qui c’est un réflexe si naturel qu’il n’exige aucun effort. L’auteur en pointe bien le danger :

 « Pas facile de distribuer ses curiosités entre toutes les espèces sans tomber dans l’omnitolérance ou le piapia au goût du jour ». 

Il y a là un savant exercice d’équilibrage des tensions qui fait du critique un funambule – et pourquoi pas ? Kuffer y réussit avec une touche romande bien naturelle, des portraits de Ramuz, Cingria, Chappaz, Cendrars d’autant bienvenus qu’ils sont absents dans ce type d’anthologies quand c’est un Français qui s’y met, et une évocation poignante de la mort de Jacques Chessex. Enfin, c’est vieux tout ça. Nous vous parlons d’une époque bien révolue, un temps où existait encore dans ce pays du journalisme et de la critique littéraires. Parce qu’il y avait des journaux pour leur accorder de l’importance, pour les considérer, pour les publier – et des lecteurs pour les lire. Pas tout à fait morts, mais qui en tient encore compte, vraiment ?

(« Les jambes de Martine » photo Henri Cartier-Bresson ; « Maurice Nadeau » photo Guy Darol ; « Jean-Louis Kiffer » photo D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

877 Réponses pour Une femme de charge dans un intérieur bien tenu

Janssen J-J dit: 21 novembre 2018 à 17 h 42 min

J’apprécie l’indulgence de vos rebonds, leur richesse, leur connexion compréhensive, vous allez toujours plus loin qu’une suggestion implicite sans couper le fil. Vous faites preuve de juvénilité attentionnée.
oui, je m’adresse à tous les internautes qui apprécient « et alii » et « à lii seul ». Bonne soirée.

D. dit: 21 novembre 2018 à 16 h 51 min

Son propriétaire résiliera son bail suite aux plaintes déposées pour cause de bruit et de dérangement

Ça me semble la moindre des choses.
On doit occuper les locaux paisiblement, (autrefois « en bon père de famille »).
La juridiction l’exige et le bon sens aussi

rose dit: 21 novembre 2018 à 16 h 41 min

avril 1876

4000 personnes visiteront l’atelier* de Manet où il expose ses toiles, en quinze jours.

*atelier rue de Saint Pétersbourg.

Son propriétaire résiliera son bail suite aux plaintes déposées pour cause de bruit et de dérangement.

Caillebotte, Legros, Desboutin, nouvelles recrues se joignent aux peintres indépendants associés et Morizot organisent chez Durand-Ruel une deuxième exposition de leurs oeuvres, avril 1876.

christiane dit: 21 novembre 2018 à 16 h 20 min

Et Alii – 13h23
Belle note sur Queneau. J’aime la dernière phrase :
« Oui, convient-il d’une voix sourde, quand on s’écoute, ce n’est pas de la littérature qu’on entend. » C’est Samuel Beckett qui, ici, en convient .
(Dans C. Juliet, Rencontres avec Samuel Beckett, Ed. Fata Morgana)
.

christiane dit: 21 novembre 2018 à 16 h 14 min

@et alii dit: 21 novembre 2018 à 13 h 17 min
Merci de votre réponse élégante. Je comprends.
Non, je n’ai pas lu ce livre.

renato dit: 21 novembre 2018 à 13 h 58 min

« Je serais vous j’arrêterais avec toutes ces photos. »

Le jour où vos opinions auront pour moi une quelque valeur je vous ferai signe.

rose dit: 21 novembre 2018 à 13 h 51 min

non. je ne me moque pas.
sans doute en lien avec quoique pck ai décidé hier d’ user- comme les finlandais- d’ humour noir.

Ed dit: 21 novembre 2018 à 13 h 38 min

Je viens seulement de regarder LGL de la semaine dernière. Sans doute la meilleure émission depuis la rentrée. Un délice, à l’exception de Sophie Chiche (oui ben ca ne pouvait pas être parfait) puisque la psychanalyse ONSEF

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 13 h 19 min

« Ça soulagerait le fil des commentaires ! »

Pour te soulager, Christiane, il y a les toilettes publiques et privées à ta disposition, la première porte à gauche !

et alii dit: 21 novembre 2018 à 13 h 17 min

christiane,bonjour!
non je ne vais pas donner dans le cinéma,mais bergmanest pour moi le moment d’une conquête:de ma liberté , d’aller au cinéma sans compagnieavant le dîner,puis en journée;de refuser d’en parler ensuite;j’aime le cinéma et les femmes de bergman!on m’en parla ensuite au séminaire de legendre, à l’école où Quenault cotoyait lacan
avez vous lu le journal de Quenault, ardent défenseur du féminin?

christiane dit: 21 novembre 2018 à 13 h 00 min

Et Alii, 8h21et 23
Vous n’allez pas, vous aussi, abandonner la littérature pour suivre ceux qui installent ici une rdc. Passou devrait leur ouvrir le blog déserté par Annelise. Ça soulagerait le fil des commentaires !

D. dit: 21 novembre 2018 à 12 h 57 min

Moi j’appelle pas ça de l’art, renato.
Des photos comme ça je peux en sortir dix à la douzaine. Un type quelconque, un piaf, un smartphone 20 megapixels et hop le tour est joué. Je serais vous j’arrêterais avec toutes ces photos.

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 11 h 42 min

Demain, deux grands Bergman au programme : « La source » et « Jeux d’été ». Aujourd’hui, donc, parmi les nouveautés ce sera « Amanda », tourné exclusivement dans mon arrondissement.

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 11 h 07 min

Et Pinocchio, c’est l’histoire d’un homme qui s’est fait un enfant tout seul ! Faudrait penser à remanier le texte originel de Collodi, un ivrogne notoire, JJJ ? En plus, dès qu’il ment, il bande !

Janssen J-J dit: 21 novembre 2018 à 10 h 53 min

Ils ne sont pas encore morts, PH et JMGLC, ils ont encore quelque bien des choses à nous faire partager. Il ne fallait pas déjà les engloutir ainsi, PE, dans votre génération d’écrivains déjà disparue avec vous, comme s’ils s’en étaient allés sans se retourner dans le vieux parc solitaire et glacé de votre propre mélancolie. Non, non, ce n’est pas bien.

J’aimerais bien savoir d’où a pu être tirée cette information selon laquelle HC Andersen mourut puceau. Dit ainsi par EC, c’est infâmant. Snobinard, une fois de plus, même si le motif de ce diariste insupportable aurait été de rendre hommage au besoin de croire en la possiblité d’une île, la survenue d’une princesse charmante, telle fée aux seins nus et pouces aventureux (Michel Serre).

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 10 h 46 min

Non, rose, je n’ai pas vu ce film, la critique n’était pas très bonne et j’ai tant de films à voir. J’en ai vu d’autres dont je n’ai pas parlé. « Notre cher enfant », film tunisien, contant les déboires d’un couple de Tunis dont le fils, à quelques jours du bac disparait. Parti faire le djihad en Syrie d’où il ne reviendra pas vivant. Et aussi « Carmen et Lola », sur les amours de deux jeunes filles de la communauté gitane en périphérie de Madrid. Un amour interdit qui les contraindra à fuir. Je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qu’il en aurait été pour deux garçons. Ils se seraient fait lyncher !

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 10 h 38 min

Pas mal le Chevillard du jour, Delaporte !

« Je tombe dans une librairie sur une version ‘’remaniée’’ (sic) de Poucette que publient fièrement les éditions Albin Michel. Mais au nom de quoi s’autorise-t-on à dégrader ainsi – tout en persistant à le lui attribuer – le texte original d’Andersen, auteur véritable et non compilateur de contes populaires comme les frères Grimm et, de ce fait, seul maître à bord de son œuvre ?

Dans le vrai conte, donc, celui que l’écrivain a gravé dans le marbre, Poucette, après s’être défait de deux fiancés hideux, rencontre un joli petit prince qui vit dans une fleur blanche et qui la demande en mariage. ‘’Voilà un mari autrement désirable que le fils de la crapaude ou la taupe avec sa pelisse noire. Aussi dit-elle ‘oui’ au prince charmant.’’

‘’Elle décida de remettre sa réponse à plus tard’’, préfère-t-on écrire chez Albin Michel au prétexte que les jeunes filles ne peuvent plus être ces niaises qui vivent dans l’espoir éperdu du prince charmant. Faut-il s’attendre, obéissant à cette même censure vertueuse quoique parfaitement ridicule et abusive, à une réécriture féministe de tous les classiques ? Ainsi Madame Bovary devrait s’en sortir mieux dans les prochaines éditions… je la verrais bien créer une holding de gestion commerciale et financière. Rappelons pourtant qu’Andersen, affligé d’un physique ingrat, peu aimé des femmes et mort puceau, avait sans doute confié à P(o)ucette son propre rêve : rencontrer enfin une princesse charmante. On le balance comme un porc ! »

Jacques R. dit: 21 novembre 2018 à 10 h 33 min

Facile à dire avec le recul des décennies.

Sans doute, mais c’est aussi le recul des décennies qui permet de porter un jugement plus solide sur les oeuvres.

Jacques R. dit: 21 novembre 2018 à 9 h 56 min

Bel hommage mélancolique à une génération d’écrivains qui s’en va, celle des JMG Le Clézio et Peter Handke

La relève se fait attendre. Quel écrivain européen — français en particulier — arrive, aux alentours de la quarantaine, à la cheville de ces gens-là ? Nous vivons peut-être le temps de la fin de la littérature comme art majeur.

Jacques R. dit: 21 novembre 2018 à 8 h 52 min

J’ai vu que le squelette d’un dinosaure exhumé des sables de je ne sais quel désert des States dépassait largement le million d’euros en salle des ventes. Je doute que la cote d’un manuscrit de Queneau ou de Claudel atteigne seulement celle d’une vertèbre de la bestiole.

Jacques R. dit: 21 novembre 2018 à 8 h 32 min

Le fameux « Mémoires d’un fou » de Flaubert mais aussi un carnet de Hugo, le manuscrit de « Zazie dans le métro » et d’…

Si j’avais été un PDG de multinationale expert dans l’art de camoufler ses revenus, j’aurais sûrement raflé à la BNF le manuscrit de « Zazie » (les autres aussi) !

La fin du XXe siècle aura sans doute vu la fin de l’ère des manuscrits d’écrivains. Quel écriveron d’aujourd’hui se soucie de coucher ses pensées au bic sur papier hygiénique non dentelé ? Et même de noter sur son ordi les variantes successives du work in progress. On n’aura plus droit qu’à la version définitive. Quelle tristesse. A moins que des écrivants new look, dédaigneux de percevoir des droits d’auteurs qui, de toute façon resteront dérisoires, comparés aux revenus de Carlos, ne mettent en ligne gratuitement ledit work in progress, en permettant même aux intervenautes de proposer leurs propres variantes ! On verrait là naître un genre littéraire nouveau.

jazzi dit: 21 novembre 2018 à 8 h 03 min

Hier, j’ai pu me glisser dans la peau de celui qui, parvenu à l’automne, va revoir un film qu’il avait découvert au printemps de sa vie : « Cris et chuchotements » (1972).
Appréhendant l’étrange sensation qui consiste à faire coïncider le jeune-homme rebelle, qui s’était introduit frauduleusement par la porte arrière dans l’ancien palais des festivals de Cannes, d’avec le fringant sénior d’aujourd’hui, passablement revenu de tout.
Finalement, je n’ai été submergé d’aucune nostalgie. Je ne me souvenais plus de grand chose de cette première projection. Uniquement du plan où les trois soeurs et leur bonne avance en droite ligne vers nous au milieu d’un parc luxuriant (l’affiche du film). Et d’un sentiment tenace que l’auteur s’était livré à une dénonciation de la lutte des classes à travers ces trois belles bourgeoises et leur domestique corvéable à merci (en ce temps-là j’étais marxiste !).
C’est donc d’un oeil neuf que je l’ai revu, sous un tout autre angle.
Ici, Bergman, renoue avec le théâtre, convoquant sa troupe d’acteurs et, surtout, d’actrices, pour nous donner sa version personnelle des Trois soeurs de Tchekov. L’innovation se situant pour lui, cinéaste du noir et blanc, à son travail sur la couleur. C’est en peintre impressionniste, qu’il va magistralement s’attacher à nous saturer la rétine d’une variation de couleurs tournant principalement autour du rouge dominant des intérieurs, du blanc des costumes de soie et dentelles des héroïnes, du brun-noir ébène du lourd mobilier intérieur et des dorures ornementales de la grande horloge et des cadres de la maison de maître où se déploie cette histoire, ponctuée de délicats fondus-enchaînés au… rouge !
Deux soeurs, Karin (Ingrid Thulin) et Maria (Liv Ullmann), respectable ment mariée et mère de famille, sont de retour dans la maison de leur enfance pour assister leur soeur ainée Agnès (Harriet Andersson) sur le point de mourir. Vieille fille souffreteuse, celle-ci est resté à demeure, assistée de la bonne Anna, un coeur simple et dévoué, au corps généreux dont elle couvre de bienfaits sa maitresse, dans tous les sens du terme. Un film choral, où chacune des protagonistes aura sa propre scène particulière à jouer en solo et en toute intimité : Agnès son agonie, Maria son adultère avec le docteur David (Erland Josephson), Karin sa mutilation vaginale pour échapper aux assauts de son insupportable diplomate de mari. Et Anna également, qui après avoir perdu sa petite fille se verra froidement remerciée à la mort de sa patronne pour ses bons et loyaux services. Autant de situations extrêmes d’un gynécée que le cinéaste a l’air d’observer avec fascination, alors qu’il les a lui même imaginées. De la perversion comme l’un des beaux arts ? Grand film !
https://www.youtube.com/watch?v=0JVCvTG30iI

rose dit: 21 novembre 2018 à 7 h 54 min

NQQ à 0h06

merci, encore un éclairage sous un autre angle ; le tout s’éclaire encore.

Ed, merci pour le chap.2

jazzi

le prêtre ds cet hôtel sulfureux, l’avez-vous vu ?

N'IMPORTEQUOI dit: 21 novembre 2018 à 6 h 17 min

Delaporte, 2h27. Vous êtes bien injuste, l’auteure restitue des circonstances
Bien sûr il aurait été possible d’ écrire, dès la troisième semaine , c’est donc un choix certes un peu illogique car dès le quatrième l’échographie si l’enfant n’est pas dans une position entravant la vision de son sexe, l’échographie révèle aux parents désireux de le connaître le genre de l’enfant. Je n’ai pas lu la prose prometteuse d’ED . J’en suis à Balzac ,loin de la littérature contemporaine. A ce propos, Chevillard peste et s’insurge contre des modifications apportées à un conte d’Andersen en concluant par ce qui , selon lui, pourrait sous tendre sa trame, c’est drôle et bien vu.

Giovanni Sant'Angelo dit: 21 novembre 2018 à 5 h 17 min


…présomptions d’innocences, sado-maso,!….
…volez encore plus les français, par P.D.G., interposés,!…Ah,!Ah,!,…ztc,…

Delaporte dit: 21 novembre 2018 à 2 h 43 min

Ma chère Ed, je n’ai pas été plus loin que la première phrase de votre roman. Ce n’est pas pour vous décourager, mais c’est raté. Vraiment, vous pouvez aller vous rhabiller immédiatement. La première phrase avec, comme je l’ai dit, une faute d’orthographe horrible, fait qu’on a tout de suite envie de dire STOP !

Delaporte dit: 21 novembre 2018 à 2 h 36 min

@ Jacuzzi : je suis allé voir ce soir le film sur le procès de Mandela et de ses acolytes. A partir des bandes et de quelques interviews des survivants, ce documentaire retrace les péripéties qui conduisirent à l’emprisonnement pour plus de vingt années de ces défenseurs de l’antiracisme. On voit que ce furent (passé simple, et non fussent, imparfait du subjonctif, Ed !) des apprentis révolutionnaires, qui avaient commencé à s’armer, mais dans le but de faire des destructions matériels et non des morts. On écoute avec émotion les voix de ce procès, notamment le discours de Mandela, mais pas seulement. Aujourd’hui, ils sont tous devenus des dieux dans leur pays ; c’est eux qui vaincu l’apartheid, et ce faisant fait avancer l’humanité d’un pas de géant. Un film magnifique pour cette raison, qu’il faut absolument voir. D’ailleurs, le sujet est en lui-même passionnant. Ulrike Meinhof avait des frères et soeurs dans l’Afrique du Sud de cette sombre époque…

Delaporte dit: 21 novembre 2018 à 2 h 27 min

« Dès son troisième mois de grossesse, ma femme fût persuadée que notre deuxième enfant serait une fille. »

Ma poulette, attention à la conjugaison ; dans cette première, une faute de grammaire conséquente, il faut utiliser le passer simple « fut » et non le subjonctif imparfait « fût ».
Sinon, cette première phrase est également d’une absurdité très grande, parfaitement illogique pour un Français rationnel comme moi : en effet, pourquoi faut-il attendre le troisième mois pour être convaincue que ce sera une fille ? Pourquoi pas immédiatement ?
En plus, c’est un deuxième enfant. Donc, une habitude pourrait avoir été prise, comme quoi on ne peut savoir le sexe d’un enfant par des méthodes de superstitions ou d’inspiration subite. Là encore, c’est idiot.
Bref, une première phrase calamiteuse, débile, qui augure mal de la suite.

christiane dit: 21 novembre 2018 à 1 h 01 min

@et alii dit: 20 novembre 2018 à 23 h 03 min

Vous pensiez que je n’avais pas gardé des souvenirs lumineux de toutes mes relations, mais que pour certaines une amertume les entachait et c’était cela qui avait fait lien avec cet article.
Ah, je comprends… Vous faites écho à ma citation de Calaferte le 19 à 17h28. Il dit si exactement ce que j’ai pu ressentir.
« En amitié, les déceptions nous sont plus tristes qu’amères. Il s’était établi un courant de confiance qu’on croyait inébranlable, puis intervient la fissure nous laissant comme démuni. Ce qu’on comprend difficilement, c’est qu’on puisse en ces régions de la sensibilité agir avec une complète désinvolture insouciante, comme on le voit fréquemment de la part de certains qui, pour nous séduire, ont usé de l’attrait de leurs qualités, tout à coup lâchant bride à l’indifférence froide qui, au fond, les mène ».
Cela n’empêche pas, en amont de la blessure de retrouver ce sentiment de beauté, de plénitude ressentis alors. Tout est en mouvement dans ce monde, les êtres aussi, leurs sentiments aussi. Il faut garder les bons souvenirs mais fermer des portes pour cicatriser… Les souvenirs, alors, sont de ces certitudes qui justifient le fait d’avoir aimé.
« … On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
Alfred de Musset – On ne badine pas avec l’amour
Alors, bonne nuit.

Jean Langoncet dit: 21 novembre 2018 à 0 h 33 min

@Oh16 oui? Quels seraient les ponts, les intersections, les points de ralliement?

L’insoumis by Michaux ? Plume by le même ?

N'IMPORTEQUOI dit: 21 novembre 2018 à 0 h 17 min

Jean Langoncet, j’ai entendu Robert Ménard par hasard il y a peu sur un plateau tv et je n’ai pas aimé du tout son intervention, c’était à propos de la France insoumise . Les partis opposants de toutes obédiences copinaient au moment de l’affaire Benalla, quelques mois plus tard, c’est à couteaux tirés.

Jean Langoncet dit: 21 novembre 2018 à 0 h 02 min

@la mère de ma mère

Breizh Info : Robert Ménard, vous avez appelé à soutenir les gilets jaunes ?

Robert Ménard : J’ai dit ma solidarité et j’y étais ce matin.

Breizh Info : Vous bloquiez autour de Béziers ?

Robert Ménard : Non, j’ai sorti une trentaine de véhicules de la ville de Béziers près du théâtre et nous étions une cinquantaine. Béziers a 500 véhicules, tout est au diesel, la hausse du carburant, c’est 175.000 € de taxes pour nous.

Breizh Info : Il y a eu des blocages à Béziers ?

Robert Ménard : Partout. Mais je ne veux pas récupérer le mouvement.

Breizh Info : En Bretagne comme ailleurs, on sent un énorme ras-le-bol, bien au-delà de la seule question du carburant…

Robert Ménard : Il est clair que les gens ne s’y reconnaissent plus,ni dans les partis politiques, ni les syndicats, les maires sont les seuls en qui ils ont confiance.

renato dit: 20 novembre 2018 à 23 h 55 min

« … Melville s’en inspirera pour écrire son fameux roman Moby Dick. »

L’histoire est connue depuis longtemps déjà.

On apprécie maintenant qu’un écrivain imagine l’autre point de vue..

Luis Sepúlveda : https://pin.it/ynxrsxzsgtbe4

L’auteur vit en France. Je je sais pas si ce livre est traduit en fr.

Soleil vert dit: 20 novembre 2018 à 23 h 31 min

« Jacques R. dit: 20 novembre 2018 à 21 h 36 min
« Question poésie, je suis plutôt Michaux que Houellebecq, si vous voyez» m’avait-il dit pour justifier son refus de publier les poèmes de ce dernier quitte à le voir partir ailleurs.
Ce fut là, certainement, une limite de Nadeau critique et éditeur. »

Plutôt Michaux que Houellebecq.

et alii dit: 20 novembre 2018 à 23 h 30 min

20 novembre 1820. Le jour où le baleinier l’« Essex » » est coulé par un cachalot
Par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos
PODCAST. Entassé dans trois canots, l’équipage sera amené à s’entre-dévorer. Herman Melville s’en inspirera pour écrire son fameux roman « Moby Dick ».

N'IMPORTEQUOI dit: 20 novembre 2018 à 23 h 24 min

D, pour le TGV et si le centre pour vous si situé au niveau du massif central, voyez vous un tracé circulant entre les Puy, ils l’ont échappé belle. De plus je crois qu’on peut parler de désertification rurale avec une densité de population faible qui de plus est assez loin si ce n’est des mégapoles de pouvoir se reproduire, pensez donc, à plus de 70 ans , l’affaire s’est tassée.

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