de Pierre Assouline

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La République des livres
Garçon, un pastiche !

Garçon, un pastiche !

(L’Obs ayant commandé à des écrivains un « journal du confinement » qui soit un pastiche d’un auteur de leur choix, pour moi, ce fut Antoine Blondin. Voici donc la version longue de ma contribution parue cette semaine dans l’hebdomadaire...)

Vous n’imaginez pas les affres d’un parisien dans mon genre qui déteste autant sortir de la maison que rentrer à la maison. C’est inextricable. Mais ne comptez pas sur moi pour tenir un « Journal du confinement ». Quel labeur  pour l’auteur, quelle souffrance pour le lecteur ! Cela fait peine à voir. Difficile de toute façon quand on a les mains aussi occupées que les miennes, une cigarette dans l’une, un verre dans l’autre, ce serait un art d’équilibriste. Au vrai, j’aime moins écrire qu’avoir écrit. Une émission de radio peut-être : ici l’ombre, un con fini parle aux confinés, ou l’inverse qui sait…

Etre confiné dans mon quartier me gêne d’autant moins que c’est ma situation naturelle. Faire le mur ne m’effraie pas. La vie m’a appris à m’évader d’un internat, d’un camp de travail, du domicile conjugal, toutes choses égales, mais pas d’un virus. N’eut été l’absence de vicaires lubriques, le confinement me ramènerait à mes douze années d’internat dont quatre dans des institutions religieuses. Par deux fois dans le passé, mon éditeur a jugé bon me cloitrer dans une chambre d’hôtel pour me forcer à écrire un roman que je n’arrêtais pas de ne pas écrire. Une fois à Mayenne, une autre à Biarritz. Je m’en suis finalement bien sorti même si je n’en suis jamais revenu. Quand il m’arrive de me retrouver en réclusion studieuse dans ma maison de campagne, j’ai du mal : de romancier, je me métamorphose en personnage de roman.

Ces derniers temps, je me suis donc confiné dans mon confetti, mon petit chez moi à Paris. Au début, je trouvais que la ville était plus belle vue de nos fenêtres fermées. J’ai fini par les ouvrir quand j’ai réalisé qu’en bas rien n’était ouvert. De sa fenêtre, l’homme n’aperçoit que les succursales de la vie. La poésie de Verlaine y demeure par les temps qui courent le plus sûr des moyens de transport. Il n’y a qu’à regarder la rue, c’est déjà du Verlaine. On y voit passer des chiens qui en ont marre d’être promenés. Bientôt, les petits réclameront eux aussi de rentrer à la maison pour se reposer enfin. Les parisiens sont prêts à tout pour sortir une heure de chez eux. J’en connais qui loueraient un bébé pour l’occasion. A mon avis il y a de l’abus dans l’alibi. Les chiens et les enfants devraient s’unir  pour se constituer en syndicat.

Confiné à Saint-Germain-des près, privé des grâces et félicités de la vie dans cette atmosphère si irréelle, je me sens comme un songe en hiver quand Paris est habité d’une insondable torpeur. Plus de jour, plus de nuit, un silence minéral règne dans les rues, ce silence dont Joe Bousquet disait que tout poème devrait en être traduit ; il nous enveloppe et nous intime l’ordre de nous taire. Les voisins ignorent tout de ma profession. Ayant muni mon porte-plume sergent major d’un silencieux, j’écris à bas bruit.

On dirait que Paris souffre d’un arrêt du cœur. Tout fait craindre la rupture d’aphorisme. De quoi me couper la chique. Le ciel est d’un bleu électrique, invraisemblable à force d’être immaculé semaine après semaine, ce qui ajoute à l’étrangeté de la situation ; à mi-chemin du printemps et de l’été, on a pourtant l’impression d’entrer dans un long hiver tant nos journées sont interminables. Dans les immeubles, la concierge n’est pas dans l’escalier, elle ne revient pas de suite, elle se trouve dans sa loge sans la moindre intention d’en sortir

J’irais bien quelque part aérer ma difficulté d’être. N’importe où hors d’ici. Dès que le président a déclaré la guerre au virus, une partie des Français a filé se réfugier en zone libre. Il est vrai qu’aller se faire confiner à la montagne, c’est encore le meilleur moyen de tourner l’alpage, mais tout de même.. La France est à nouveau prise de vagabondage. Un nouvel exode comme celui de 40 avec les drones à haut-parleurs de la préfecture en guise de mitraillages de la Luftwaffe, et sur le toit des voitures un écran 189 cm à son ultra  en lieu et place du matelas. Dès que le gouvernement aura levé le siège des Français, on en verra revenir  dorés sur tronches de leurs villégiatures. Il y en a qui se livrent à la traite des planches du côté de Deauville. Grand bien leur fasse ! Pas de reproches tant qu’ils ne la ramènent pas. On haïrait alors les mensonges qui leur ont fait tant de hâle.

Partir ne me manque pas, mais sortir, oui. Quand on a grandi en fils unique, après on n’arrête pas de sortir pour se créer des frères et sœurs. Aux autres les grands voyages. Seul l’air du pays me manque. Si je venais à souffrir de détresse respiratoire, on me réanimerait au mieux en m’oxygénant de Tours de France. Ivresse de la caravane, volupté de la foule, bon enfant de la réclame, bonheur de l’étape. De toute façon, j’appartiens à la génération du couvre-feu. Ca m’est revenu hier lorsque je suis allé aux commissions. Des policiers m’ayant arrêté pour me demander une attestation de déplacement dérogatoire et que j’ai délicatement extrait un ausweis de mon portefeuille. Ils l’ont trouvé un peu daté ce qui témoigne de leur mauvaise volonté. Et puis quoi, chacun sait que les héros de romans ne courent pas les rues dans le quartier de saint-Germain-des-Prés passé huit heures du soir ; pourquoi m’y attarderais-je alors ?

C’est un effort de suivre les consignes du gouvernement. L’air de rien, ces jours-ci, la paresse n’est pas de tout repos. Toute ma vie je me suis efforcé d’être léger. La spécialité me colle aux basques. Hier encore, peu avant la tombée de la nuit, un journal m’a appelé pour me demander une chronique sur la légèreté. Il n’avait pas tort, le père Céline : Dieu qu’ils sont lourds… Comme si ça se décrétait. Ils n’imaginent ce que ça peut charrier de gravité, de mélancolie, de nostalgie de tristesse. Prenant acte de mon impuissance, ils se sont rabattus sur un rappeur à la mode lequel, pour être effectivement léger, ne s’exprimait pas vraiment comme le Brantôme des Dames galantes. Pour Brigitte Bardot, ca ne change rien : elle est confinée à La Madrague avec ses chauve-souris et ses pangolins depuis le tout début de la Vène république.

Pour ma part, j’ai besoin des gens. L’argent, les objets, les maisons, les choses, toutes choses qui ignorent la chaleur et la fraternité, cela ne m’est rien. Mais les gens, les êtres, les autres, quelle richesse ! Tout pour l’amitié et l’amour, rien pour le reste. Sauf qu’entre quatre murs, on fait peu de rencontres une fois les livres refermés. Reste le journal. L’Equipe fait peine à voir quand il n’y a rien à y lire. On n’en finit pas d’y refaire les matchs. Pas la moindre course à se mettre sous la dent. Il lui faut se rabattre sur de vieilles anecdotes, des bisbilles ressassées, des revoyures de buts patinés. Si le confinement devait jouer les prolongations, L’Equipe deviendra le premier quotidien sportif historique au monde. Un must !

Plus je regarde les passants prendre le soleil dans Paris confiné, et d’autres courir on ne sait où,  plus je me dis que décidément, notre planète manque de terrestres extra. Pitié que ces librairies au rideau baissé. Garçon, l’édition ! Même les boites des bouquinistes sur les quais, entre lesquelles coulent la Seine et nos amours, ont mis le cadenas, nous empêchant pour un certain temps de nous plonger dans leurs romans-fleuve. Même à la campagne la France semble à l’arrêt. A croire que les chemins de terre sont en grève. Les journées s’enchainent où il se passe tant de choses alors que rien ne s’est produit. Et alors ? Quel que soit le messager, une simple minute d’éternité est toujours bonne à prendre.

La nuit, je suis partout chez moi. Les rues sont pleines de messieurs Jadis qui ne sont plus là. Ils se reconnaissent à ce qu’on les voit arpenter l’existence à coté de leurs souliers. Ca paraît bizarre dit comme ça mais c’est aussi vrai que l’homme descend du songe. Avant le confinement, je pouvais sonner à la porte de l’Hôtel de Ville et demander au planton s’il leur reste une chambre de libre, il le prenait bien parce que c’était la nuit, justement. Elle me manque pour les rencontres qu’elle suscite, ces soudaines sociétés qui s’improvisent au zinc ; l’aube ne s’est pas encore levée sur Paris que déjà, on s’est fait de nouveaux amis d’enfance. Le geste-barrière aurait été sportif pour les leveurs de coude : pour reposer le verre sur le zinc quand en se tient à peu près droit à une distance d’un mètre cinquante, il faut avoir le bras long.

A la radio, les nouvelles sont alarmantes. Le chômage partiel va-t-il pousser Ricard à réduire sa production ? J’ai cru entendre un long débat là-dessus sur France culture. On y évoquait une certaine perturbation, voire une profonde dépression, chez les Français si la nouvelle se confirmait. Le pire est à craindre. Avec quelques camarades de résistance, nous nous sommes battus dès les premiers jours pour que les cavistes soient considérés comme des commerces de première nécessité et nous avons finalement vaincu  l’ostentatoire sobriété de l’exécutif. S’il est vrai que Mitterrand était le Kennedy du nivernais, alors Macron est l’Obama de la Picardie. Pendant ce temps M. Trump, l’homme à la cervelle de vent, menait son pays au bord du précipice.

Méfions-nous du dirigeant qui fait parade de son abstinence : rien ne vaut un homme d’Etat d’ébriété. On peut toujours crier vendange, le cœur a ses raisons que le raisin ne connaît pas. Dans ces moments-là, la philosophie m’est d’un grand secours. Elle exige une parfaite lucidité, laquelle ne saurait s’accorder avec le coma éthylique. Personnellement, j’incline en faveur de Kant. Enfin, j’ai un peu décroché au bout d’un moment. Pourtant, dans mon souvenir, il s’exprime clairement, Kant… terbraü… oh… oh ! A ruminer tout ça je me sens comme un singe enivré.. Si ça continue, comme Victor Hugo, je vais finir par écrire mon « Choses bues » et ça ne va pas être triste.

Lorsque viendra le jour du déconfinement, les bars-tabacs seront pris d’assaut, juste après les coiffeurs, car il faut de la tenue pour se présenter au comptoir. On a sa dignité. Tout le monde n’est pas Marcel Aymé qui cherchait à se faire plus petit que son œuvre. Généralement, c’est l’inverse. Pas le genre à porter sa modestie à la boutonnière, contrairement à… Suivez mon regard. En prêtant l’oreille aux causeries marseillaises du druide des calanques, l’apôtre de la chlorophylle pour tous eut paru hétérocentrique en regard. A l’écouter nous refiler sa potion magique, qui ne se sentirait dans la peau d’un médocain malgré lui ?

On ne sait plus quelle est la couleur des jours. Vivement le retour à la normale que l’on puisse dire à nouveau qu’il y a du monde au balcon sans pour autant déclencher des applaudissements, mais une lueur voluptueuse dans les regards. Gouverné par le principe de précaution, je réfléchis désormais à deux fois avant de lancer ma devise (« Remettez-nous ça !) de crainte de voir rappliquer un bon vieux virus des familles. Si certains relèvent dans ces lignes des ressemblances avec la prose d’un écrivain germanopratin bien connu, cela n’aurait rien d’extraordinaire : à force de suivre les courses de vélo, il arrive que l’on recycle. Je me suis moi-même tellement plagié que cela a fini par me donner un air emprunté. La cuite au prochain numéro.

(« Antoine Blondin » photo Louis Monier ; « Antoine Blondin transporté par Raymond Poulidor sous l’oeil de la maréchaussée » photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans vie littéraire.

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1 227 Réponses pour Garçon, un pastiche !

christiane dit: à

@Marc Court dit: « j’ai vu Anne Delbée dans une Phèdre de vingt-cinquième ordre, munie d’une table de pique-nique et au trois quarts dévétue… »
Cher Marc Court, vous me faites rire aux éclats. J’étais certaine de votre réaction. Oui, elle est un peu excessive. J’adore !
Bonne soirée, cher ami et surtout ne changez pas.

l’ombelle des talus dit: à

Blondin et son appareilleur auditif remercient vivement les piliers du blog. S’adressant à une autre formation, dite The Band, et dans des circonstances similaires, un Nobel de littérature lui a chuchoté : « play it fucking loud » après que la foule se fut écriée « Judas ! »
Comme le temps passe … .
https://www.youtube.com/watch?v=wrsToLa3XEo

christiane dit: à

D,
voilà un cricri qui me fait rêver… avant même d’avoir fermer les yeux !

renato dit: à

et alii, pour l’histoire des dents. Beethoven utilisait divers instruments afin de corriger, dans les limites du possible, sa surdité, le plus étonnant était une tige en métal, en laiton, qu’il tenait entre ses dents et qu’il mettait en contact avec la table d’harmonie du piano arrivant ainsi à percevoir les vibrations.

christiane dit: à

Merci, délicieuse ombelle des talus.
« Sur scène, ce soir-là, l’ambiance est un peu tendue. Dylan rejoue les classiques de son répertoire en compagnie des Hawks, les futurs membres de The Band. Une partie de son public se sent trahi et ne comprend pas ce revirement rock’n’roll. A un moment, une voix s’élève et adresse un «Judas» à Bob Dylan, qui est en train de s’accorder. Dylan, choqué, lui répond «ce n’est pas vrai, tu es un menteur» puis il entame une version endiablée et électrique de son nouveau tube «Like a Rolling Stone» en précisant aux musiciens «Play Fucking Loud !» («jouez à fond les gars…»).

Ort dit: à

>> christiane « Mais qui était cet Angelo ? qui était son père ? Pourquoi disait-il tout au long de ce livre, très court : « ma grand-mère ». »

Etrange question. Pourquoi? eh bien, parce que c’est sa grand-mère, parce qu’il est son petit-fils. Et quant au père, il est aussi un personnage important de Mort d’un personnage: son « entrepôt pour les aveugles », ses complots de bienfaisance, ses intrigues pour mieux se ruiner en charité, ses projets absurdes – la « symphonie en do de Sibelius » à quatre rangs de timbales. On voit la filiation; il y a là un signe indiscutable, comme un écho à la noblesse chimérique, intransigeante d’un Angelo, d’une marquise de Theus, mais quelque peu abâtardi, pot-au-feu, bien de son siècle, s’agitant sur un tout autre théâtre, plus modeste et plus à sa portée, et tout aussi inutilement, on le devine – même résultat, mêmes déconvenues.

Mort d’un personnage est mal aimable, mais avec ses instants de charme. J’aime Caille, les parties de bésigue; il y a à un moment, promenant le petit enfant, une servante poivrote, « Pauvre Fille », au monologue qui aurait pu s’échapper d’un Céline mais avec en prime du talent.

christiane dit: à

« La France est à nouveau prise de vagabondage. »

La RDL aussi, cher Passou. Ne nous en veuillez pas. Cela fait du bien, après avoir apprécié votre pastiche si réussi (première page) de nous livrer à notre activité favorite : les apartés… Histoire de « déconfiner », de se sentir vivants…

christiane dit: à

Ort dit: Etrange question. Pourquoi?

Merci, Ort, de cette traversée inspirée de Mort d’un personnage mais pourquoi cette aïeule ne connaît pas son petit-fils qui vit dans la même bâtisse qu’elle ?

Pour vos autres pistes, quel plaisir !

christiane dit: à

Ort,
Caille… oh oui !
« La jeune aveugle que mon père aimait beaucoup s’appelait Caille. Elle s’occupait chez nous de tout un travail de tendresse. Quand il est fait le monde est monde. Pour ma part, elle venait chaque soir près de mon lit aider la nuit. Elle était sacrément à son aise dans cette terre gigantesque. Le corps de Caille était un refuge magnifique. Sa chaleur faisait bourdonner le sang dans mes oreilles. Elle avait passé son bras sous ma tête. Sa main serrait mon épaule. Malgré l’épaisseur des couvertures qui nous séparait, le mouvement calme de sa respiration m’entraînait dans la paix et dans le sommeil. »

Un abri tendre et maternel…

et alii dit: à

renato,merci;il y a surement des explications à cette histoire de dents;pour cette dame,d’une part, elle ne peur l’avoir inventé et je me souviens ,mal, avoir lu
des histoires sur la transmission de sons dans les dents avec le métal des plombages;
j’ai précisé qu’elle avait un effroyable anglais parce qu’il s’agit aussi de la « musique »;elle vivait en Angleterre et son mari était anglais ,mélomane;c’était très surprenant ; je ne me souviens pas qu’elle-même ait aimé la musique;
c’est très intrigant , et pour Beethoven a fortiori ;les dentistes ont dû s’y intéresser;ils devraient;mais que Beethoven ait imaginé cela, lui-même, c’est fantastique;
je me couche;(et pas de briquet pour une dernière cigarette ; zut!) bonsoir

christiane dit: à

Ort, « il y a à un moment, promenant le petit enfant, une servante poivrote, «Pauvre Fille», au monologue qui aurait pu s’échapper d’un Céline. »

« Elle était tout simplement ivre, saoule comme une grive, pleine comme un œuf. je n’avais absolument pas peur, au contraire, c’était le plus grand de mes jeux. […] J’aimais bien mieux avoir à tirer tout seul vers notre colline ce papou rétif […]
« Ah ! misère, voilà que je me suis trompée, c’est pas du tout de ce côté-là qu’il fallait passer, disait-elle, pendant que nous reprenions tout simplement le chemin inverse à celui du matin. On va avoir des ennuis, et Dieu sait qu’il nous en faudrait pas. Il nous reste juste un peu de cœur, voilà qu’on va le perdre bêtement. C’est pas du tout de côté-là qu’il fallait passer. Eh bien ! on n’a pas fini d’être arrêtés ! Eh bien ! mais, qu’est-ce qu’on va faire ? On n’a pas fini de subir. Comment qu’on va se débrouiller ? Y a pas moyen d’en sortir ! On a pas fini d’en baver. On a mal commencé, on peut pas bien finir. On n’a pas fini de trimer ! On est pas encore arrivé ! Qu’est-ce qui va nous tomber dessus ! Comment faut-il que je fasse ? Qu’est-ce qu’y faut faire ? Y a rien à faire ! Y faut essayer. Je me suis trompée, tant pis, y a qu’à marcher. C’est comme ça ; c’est comme ça. Rien ne fait rien. On a beau dire et beau faire. Y a qu’à aller. Y a qu’à faire. Y a qu’à voir. Y a qu’à essayer. On a pas fini de suer. Qu’est-ce qu’on va ramasser ! Qu’est-ce qu’on va s’envoyer ! On a pas fini de turbiner ! Qu’est-ce qu’on va fatiguer ! On a pas fini d’y aller ! On a pas fini de crier ! Qu’est-ce qu’on va prendre dans les cuisses ! Qu’est-ce qu’on va déguster ! On est foutu, c’est pas possible ! On est rudement couillon de continuer ; on s’est trompé. »
Tout cela n’était pas grommelé ni gémi, mais parlé à voix haute, posée et bien nette, pas à pas. Quelquefois les passants se retournaient pour la regarder. […]
Nous atteignions le boulevard Notre-Dame. « Bon, disait « Pov’ fill », et après ? D’abord c’est pas nos arbres, c’est pas des vrais, c’est des en carton. Et, de là, où c’qu’on va ? […] »

Marc Court dit: à

Sur la fille de Buxtehude, quelques lignes dans le Haendel de Rolland, qui ajoute que le meilleur moyen de succéder à un organiste était alors d’en épouser la fille.
« La fille de Buxtehude » ferait un joli titre de rentrée, non?
Bien à vous.
MC

renato dit: à

et alii, Mälzel a fabriqué quelques instruments pour « corriger » la surdité de LvB, il n’est pas impossible que ce soit lui qui lui a parlé de la transmission du son par les os.

Anna Fort dit: à

Oui, ne changez pas, mon p’tit Court, on est tous morts de rire à vous lire

Marie Sasseur dit: à

« Tout pour l’amitié et l’amour, rien pour le reste. Sauf qu’entre quatre murs, on fait peu de rencontres une fois les livres refermés »

Il y a bien l’amendement dit  » des amoureux », mais on ne la fait pas aux harders de la macronie.

« J’ai dû mal à évaluer la valeur de l’attestation du sentiment amoureux. Je crois à titre personnel en l’amour mais ce sentiment-là ne se mesure pas et il aurait pu prêter à quelques détournements »,
a répondu qui ?
Le dragueur lourd des boites a confinement de nuit ?
Le graveleux des sextapes ?

https://www.francebleu.fr/infos/politique/deconfinement-christophe-castaner-s-amuse-de-l-amendement-des-amoureux-de-mireille-clapot-1589117489

Janssen J-J dit: à

(‘ructation matinale du 12/5/20, 9.02)
Infra, un papier hélas bien bébête du CSO (dieu merci…, non soumis à comité de lecture) pour commencer la matinée un brin déshonorée…
Michel F., lui-même, en serait mort de rire, lui qui n’a jamais « dénoncé » la société disciplinaire (laquelle, quand, où ? cela n’est évidemment pas dit, est-on à cela près ?) ; lui qui n’a jamais parlé « d’Etat » et de « on » pour leur faire dire : « peut-être n’ont-ils jamais cru aux masques » (qui ? les politiciens aux commandes et leurs Sibeth ? leurs « scientifiques » affidés ?…) ; lui qui n’a jamais théorisé un prétendu état de servitude « consenti » par une population décrite comme apparemment laissée libre de « choisir » la police de ses options sanitaires de manière de se protéger de soi et des autres contre un « ennemi extérieur » !… etc.

Que de stupidités aura-t-on pu faire dire à ce pauvre Foucault depuis 1984 sans l’avoir jamais lu autrement que dans des manuels scolaires de 3e ordre… !

C’est terrible… On n’est pas encore « déconfinés » de cette vulgate foucaldienne comme l’avait justement remarqué
Philippe A. et qq autres sérieux…, (y compris WGW ici-même, me semble-t-il, qui y allait un peu fort, par moments).
Indiscutablement, « Surveiller et Punir » (jamais remis en perspective’ d’avec le cours au CDF de 1970-1971), aura été l’ouvrage le plus célèbre et le plus mal interprété de l’histoire de la pensée de la 2e moitié du XXe siècle occidentale.
On n’y peut rien…, c’est ainsi. Et peut-être cela n’empêchera-t-il jamais la plupart des gens de vivre et d’avoir vécu sans être très au courant de cette affaire.
Parfois, surtout si on s’est levé du mauvais orteil, il vaudrait mieux ignorer les choses, plutôt que de vouloir les pénétrer… On en viendrait alors, à l’écoute du seul chant des oiseaux, à admettre la chasteté…. livresque, hein…, le principe libérateur de la non-pensée, plutôt que la tristesse de découvrir la prétention de penser quelque chose (et de l’écrire) parmi les autres.

https://theconversation.com/debat-quand-le-libre-choix-cache-la-societe-disciplinaire-que-denoncait-michel-foucault-138089?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2012%20mai%202020%20-%201618615532&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2012%20mai%202020%20-%201618615532+CID_75ce6ef4e02fd9866925a64cb4e62252&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Dbat%20%20Quand%20%20le%20libre%20choix%20%20cache%20la%20socit%20disciplinaire%20que%20dnonait%20Michel%20Foucault

Bàv.h,

Janssen J-J dit: à

@ MS, sur la photo de « l’amendement Clapot », on voit 5 député.es sur 9 pianoter sur leur smartphone… Voilà le triste spectacle donné par les déconfinés assidus de l’Assemblée nationale.
Merci pour le lien sur ce drôle d’amendement qui m’avait échappé…

Jazzi dit: à

Merci Christiane et Ort, même si le mystère demeure entier autour d’Angelo II !

Marie Sasseur dit: à

@Merci pour le lien sur ce drôle d’amendement qui m’avait échappé…

Pas à moi. Je vais trafiquer le passeport…

B dit: à

x, le langage corporel existe en dehors de toutes intentions de signifier, de volonté de communiquer. Il ne fait pas système bien que certaines attitudes sont , je crois communes à tous.

B dit: à

Si Christiane étendait ses jambes ce serait dans une limousine. Est ce la solitude qui vous anime, Christiane?

Gabrielle Bloch-Rosner dit: à

Brillant !

christiane dit: à

Ort : « Et quant au père, il est aussi un personnage important de Mort d’un personnage: son «entrepôt pour les aveugles», ses complots de bienfaisance, ses intrigues pour mieux se ruiner en charité, ses projets absurdes – la «symphonie en do de Sibelius» à quatre rangs de timbales. On voit la filiation; il y a là un signe indiscutable, comme un écho à la noblesse chimérique, intransigeante d’un Angelo, d’une marquise de Theus, mais quelque peu abâtardi, pot-au-feu, bien de son siècle, s’agitant sur un tout autre théâtre, plus modeste et plus à sa portée, et tout aussi inutilement, on le devine – même résultat, mêmes déconvenues.
Mort d’un personnage est mal aimable, mais avec ses instants de charme. »

Ort, vous m’avez donné envie de relire lentement, Mort d’un personnage… Oui, Angelo est mort, certainement, sauf dans le cœur de Pauline de Théus que l’on voir devenir fragile comme une porcelaine de chapitre en chapitre. Elle le cherche, l’appelle dans ses crises de somnambulisme. C’est beau, déchirant. Caille est là, prévenante. Mr. Pardi cherche des timbales pour monter sa symphonie en do majeur de Sibelius, inachevée, elle aussi.
Angelo devient homme, si proche de sa grand-mère.
On ne saura jamais ce qu’a été le retour d’Angelo (Le hussard), quelle merveille a été la naissance du fils… Quel drame a été la vie de celui-ci quand son épouse est morte, le laissant seul dans cette grande « institution » pour aveugles avec ce bambin, Angelo, qu’il confia, un peu imprudemment à « Pov’fille »…
Tout cela est beau, fragile, chimérique, empli de la légende d’Eurydice et Orphée sauf que c’est Eurydice qui cherche Orphée.
Votre participation, rare, a été la source d’un regard à poser longuement sur cette œuvre. Merci.

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