de Pierre Assouline

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La République des livres

« Ulysses » a cent ans

Par Bernard-Robert Bloom

A la mémoire de Maurice Goldring.

Le jeudi 2 février 1922, une jeune femme fait les cent pas sur le quai de la Gare de Lyon en attendant l’express de Dijon. A 7h précises, le train arrive, s’immobilise lentement, le contrôleur en descend, cherche des yeux la jeune femme qui se précipite et lui prend des mains un paquet qu’elle sert fortement tout en courant vers le boulevard en contrebas, où elle s’engouffre dans le premier taxi, le cœur battant. Moins de dix minutes plus tard, arrivée au 9 de la rue de l’Université, elle grimpe les escaliers quatre à quatre, sonne et tend une partie du précieux contenu à l’un homme grand, filiforme et partiellement aveugle qui lui ouvre la porte. Il lui sourit, s’empare de l’objet et esquisse un geste de remerciement. Il a quarante ans ce jour et c’est son cadeau d’anniversaire. Lui, c’est James Joyce, l’auteur irlandais dont tout le monde parle.  Elle, c’est Sylvia Beach, la jeune Américaine qui dirige la librairie-bibliothèque de prêt anglaise « Shakespeare and Company ». Quant à l’objet, avec ses 732 pages et sa jaquette au bleu comme la Méditerranée, c’est un des deux premiers exemplaires de Ulysses, chef-d’œuvre du modernisme littéraire, que Joyce aura passé huit années à écrire et dont il doit précisément la publication à Sylvia Beach. Sans s’attarder, Sylvia prend congé de James, saute dans un taxi, arrive au 12, rue de l’Odéon où elle s’empresse de placer le second exemplaire dans la vitrine de sa libraire.

Heureuse conclusion (provisoire) d’une aventure éditoriale à rebondissements, unique en son genre, qui n’a probablement pas d’équivalent dans l’histoire littéraire, comme est hors norme ce livre dont l’on parle beaucoup (et pas toujours en bien), mais que l’on lit peu, tant il est considéré difficile d’accès. Publié dans la douleur, aussi. Qu’on en juge un peu : les dernières épreuves en furent envoyées à l’imprimeur dijonnais Maurice Darantière trois jours avant d’arriver à bon port à Paris ; en 1919, la revue anglaise « The Egoist », dirigée par Harriet Weaver, dut en arrêter la publication en feuilleton au bout de cinq livraisons, à la suite des protestations des imprimeurs & des abonnés ; en 1920 Margaret Anderson et Jane Heap, les responsables éditoriales de «The Little Review », revue new-yorkaise d’avant-garde, furent condamnées par un tribunal pour avoir fait paraitre des contenus « obscènes » et furent sommées de cesser la publication de Ulysses

Trieste-Zürich-Paris, 1914-1921. C’est sur ces trois lieux et ces deux dates en lien avec sa composition que se clôtUlysses, roman dont la « non-action » se déroule dans un autre lieu, Dublin, en une seule journée, le 16 juin 1904.  Modelé sur L’Odyssée d’Homère, avec un Juif irlandais, Léopold Bloom, comme avatar du grec Ulysse, Stephen Dedalus en Télémaque, et Molly Bloom en Pénélope, ce roman est l’œuvre d’un pérégrin, mais plus encore celle d’un exilé, d’un Irlandais errant qui a choisi l’exil pour échapper au conformisme et à la paralysie d’un pays sous tutelle coloniale anglaise, mais surtout « opprimé par les prêtres », englué dans la gangue d’un catholicisme rétrograde et dont, paradoxalement, il fera le seul et unique véritable objet de son écriture.

En exil, avec comme seul point d’ancrage sa femme Nora et ses deux enfants, Giorgio et Lucia, Joyce ne peut compter que sur son pouvoir de création et sur un réseau de solidarité qui l’aidera à diffuser le produit de son génie littéraire. L’éloignement, s’il est la condition sine qua non de l’émancipation créatrice, complique les relations avec les éditeurs et Joyce aura toutes les peines du monde à faire publier ses textes, qu’il s’agisse de son premier recueil de poèmes, Musique de chambre (1907) ou encore des nouvelles de Gens de Dublin (1914), qui auront attendu sept longues années avant de trouver éditeur.

Esprit libre et fiévreusement indépendant, Joyce n’en est pas moins dépendant ces autres, et singulièrement de ce réseau d’admirateurs qui savent en lui le génie littéraire. Au premier rang de ceux-ci figurent Ezra Pound, Harriet Weaver et Sylvia Beach qui, chacun à sa manière, faciliteront son accession à la notoriété et à la postérité.

C’est Pound, poète et critique américain établi à Londres à partir de 1908, qui persuade Harriet Weaver de publier en feuilleton Le Portrait de l’artiste en jeune homme dans sa revue « The Egoist » entre février 1914 et septembre 1915, malgré les difficultés de communications entre Trieste et l’Angleterre en ces temps de guerre mondiale. Pound, personnalité charismatique dotée d’un jugement littéraire infaillible, peut à juste titre être considéré comme « le découvreur » de Joyce et son agent littéraire informel. C’est Pound encore, qui convainc Margaret Anderson de reprendre la publication de Ulysses dans la « Little Review », avec les conséquences que l’on sait. Pound et Joyce correspondent pendant sept ans avant de se rencontrer en personne en juin 1920 au bord du lac de Garde. Joyce lui parle de son incapacité à faire publier Ulysses, le magnum opus lequel il travaille avec acharnement depuis six ans. L’année suivante, l’Américain, bien au fait des difficultés financières que connait Joyce, lui propose de venir à Paris pour quelques mois, avec œuvre, femme et enfants. Le coût de la vie y est peu élevé et la capitale française est à l’époque le « paradis des artistes ». La famille Joyce débarque donc à Paris un 9 juillet et s’installe à Passy dans un trois pièces mis gracieusement à leur disposition par la traductrice Ludmila Bloch-Savitsky. Joyce aura toujours le don d’attirer la générosité et la sollicitude des autres et notamment des femmes. Deux jours plus tard, le dimanche 11 juillet 1920, a lieu la rencontre qui va décider de l’avenir de Ulysses.

Depuis son retour en 1917 de Serbie où elle a travaillé pour la Croix Rouge, Sylvia Beach vit en couple avec Adrienne Monnier, dont la libraire et bibliothèque de prêt, « La Maison des amis du livre », au 7, rue de l’Odéon, sert de modèle à « Shakespeare and Company », qu’elle parvient à ouvrir en novembre 1919 avec l’argent que lui donne sa mère, au 8, rue Dupuytren. Adrienne Monnier est une des personnalités qui compte dans le Paris littéraire, et ce dimanche 11 juillet 1920, elle est invitée à une sauterie que donne le poète André Spire auquel Ludmila Bloch-Savitsky a demandé d’inviter Joyce. C’est au deuxième étage du 34, rue du Bois de Boulogne que Sylvia Beach, qui n’est pas invitée mais accompagne son amante, fait la connaissance du « grand James Joyce », réfugié dans la bibliothèque, loin de la petite foule cosmopolite des littérateurs. Tout de suite, les deux s’apprécient : lui, aime la beauté de sa voix et la façon dont elle parle de son activité de libraire, elle, tombe sous le charme de ses inflexions irlandaises, de son absence totale d’affectation et est émue par le mélange de force et de fragilité qui se dégage de ce long corps mince affalé dans les profondeurs d’un fauteuil. Le lendemain, Joyce, sa légendaire canne de frêne à la main, pousse la porte de « Shakespeare and Company », où il prend sa carte de membre, emprunte Riders to the Sea (La Chevauchée vers la mer), la pièce du grand dramaturge irlandais John Milington Synge et confie à Syliva Beach les difficultés qu’il rencontre pour faire publier Ulysses.

Il lui parle de Harriet Weaver, qui a édité son Portait en feuilleton dans « The Egoist », lui fait parvenir le montant de ses droits ainsi que d’importantes sommes d’argent. Féministe de gauche, Harriet Weaver possède une petite fortune familiale qu’elle a décidé de consacrer à la promotion de l’œuvre de Joyce, en plein accord avec ses idéaux politiques.

In fine, si Joyce a pu mener à bien son entreprise d’écriture de Ulysses, c’est grâce à un trio féminin (les Trois Grâces ?) : Nora Barnacle, sa muse et épouse, Harriet Weaver, sa bienfaitrice, et Sylvia Beach, sa future édictrice, qui ne cessèrent de l’entourer de leur admiration et de leur affection.

L’œuvre est en perpétuel chantier. Venu initialement à Paris pour la terminer, Joyce achève le chapitre 15, « Circé », à la fin décembre 1920, puis le 16, « Emmaüs », en février 1921. Il vient d’esquisser les grandes lignes de ses deux derniers chapitres quand le mois suivant, il apprend d’abord par Sylvia Beach l’issue du procès fait à la « Little Review », puis par Harriet Weaver le refus des éditeurs américain de publier son livre. Le 5 avril 1921, il se rend rue Dupuytren et partage son désespoir avec Sylvia Beach. « Mon livre ne sortira jamais maintenant », lui dit-il. Prise d’une soudaine impulsion, Sylvia lui demande s’il accepterait que « Shakespeare and Company » lui fasse l’honneur de publier Ulysses. Enchanté, Joyce accepte immédiatement et le lendemain, avec Adrienne Monnier, tous les trois élaborent le projet de publication.

Sans aucune expérience ni de l’édition, ni de la communication, Sylvia Beach prend sur elle la responsabilité de publier le texte toujours en cours d’élaboration qui, entre autres, a mené deux de ses concitoyennes devant le tribunal, et a été refusé par des maisons d’édition anglaises et américaines réputées. Son courage, sa force de conviction et sa capacité à saisir le moment, ce sens du kairos, font de cette fille de pasteur presbytérien le passeur extraordinaire d’un des livres les plus importants de tous les temps.

Organisatrice-née, elle fait appel aux talents de la communauté anglo-américaine expatriée à Paris, et met sur pied un plan de communication et un échéancier de publication efficace. Le premier tirage de 1 000 exemplaires soit confié à Maurice Darantière, fils de l’imprimeur de Huysmans, qui travaille déjà avec Adrienne Monnier et dont les ateliers sont à Dijon. Le financement se fera par souscription, auprès de la communauté anglophone expatriée, mais aussi grâce au réseau de connaissances que Joyce, Beach et les autres écrivains possèdent à l’étranger. Prix de l’ouvrage : 12 dollars pour les éditions les moins chères, 28 pour les copies signées et dédicacées.  Les souscriptions ne tardent pas à affluer, surtout de Grande-Bretagne, mais aussi d’Europe et des États-Unis. Côté britannique, la liste des souscripteurs comprend, entre autres, Winston Churchill, Virginia Woolf, Arnold Bennett, Aldous et Julian Huxley, les frères et sœurs Sitwell, H.G. Wells, T.E. Lawrence (d’Arabie) et Yeats. Côté États-Unis, Wallaces Stevens, William Carlos Williams et John Quinn, l’avocat qui a défendu la publication des extraits de Ulysses devant les tribunaux, comptent parmi les souscripteurs. Quinn réserve 14 exemplaires et le Washington Square Bookshop, 25. Les éditeurs Huebsch et Knopf qui ont refusé de le publier, en commandent quelques exemplaires, de même que plusieurs bibliothèques. En Irlande, les librairies en veulent 11. La Librairie française de Pékin (!) souhaite recevoir 10 livres. A Paris, si la seule commande institutionnelle émane de Brentano (10 exemplaires), André Gide, habitué du lieu, vient lui-même apporter son bon de commande. La nuit, Robert McAlmond, poète et nouvelliste américain installé à Paris et fidèle compagnon de beuverie de Joyce, écume les cabarets à la recherche de souscripteurs et dépose au petit matin des bulletins parfois rédigés dans l’écriture peu assurée de personnes qui pour certaines seront surprises d’apprendre qu’elles se sont engagées… !

Dans cet élan, trois personnes détonnent. George Bernard Shaw, d’abord, que Joyce tient en piètre estime, en qui il voit « un prêcheur invétéré », qui refuse de payer 150 francs « pour un livre comme ça ». Gertrude Stein et Alice Toklas, ensuite, deux Américaines à Paris connues pour leur absence d’interaction avec les locaux, annulent leur abonnement à « Shakespeare and Company » dès l’annonce de la de la publication prochaine de Ulysses.  Jalousie ?

McAlmond, lui, fait partie de cette petite armée de « Beachiens » qui travaillent sans relâche à la publication du grand œuvre joycien, en compagnie de Cyprian, la sœur de Sylvia, des sœurs Myrsyne et Hélène Moschos, jeunes françaises polyglottes d’origine grecque (signe du destin pour  Joyce, grand superstitieux devant l’Éternel) et de plusieurs étudiants cambodgiens, dont l’héritier du trône.  Tous se chargent de l’administration et de la logistique.

Car le travail ne manque pas. Le principal souci concerne l’établissement du texte définitif. Joyce écrit à la main, avec des crayons achetés chez WH Smith, et il faut dactylographier ses textes pour les envoyer à Darantière. Plusieurs dactylos refusent de taper un texte parfois ouvertement scabreux. Les scènes cocasses se succèdent. L’une d’elles sonne chez les Joyce, lance le tapuscrit et l’original dans l’entrée et disparait sans demander son reste. Pris de dégoût, le mari d’une autre, employé de l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, jette au feu une demi-douzaine de feuillets. Heureusement, la mère de Sylvia Beach parviendra finalement à en rapporter une copie de New York (en bateau) après moult tractations avec John Quinn à qui elles appartiennent.

Au-delà de l’anecdote, et parce que Joyce ne cesse d’ajouter du texte au texte, Robert McAlmond, qui s’occupe de taper le dernier chapitre, « Pénélope », le célèbre monologue de Molly Bloom, réorganise à sa façon la succession de certaines des pensées de Molly Bloom. Étonnamment, Joyce ne se plaint pas du résultat.

Entretemps, le 27 juillet 1921, « Shakespeare and Company » s’est installé au 12 de la rue de l’Odéon, quasiment en face de la librairie d’Adrienne Monnier, les deux lieux ne faisant plus qu’un, comme leur couple. Le Tout-Paris littéraire défile rue de l’Odéon. Fasciné par Joyce qui est devenu son ami, Valery Larbaud, fin angliciste et traducteur de Samuel Butler, souhaite donner une conférence sur Ulysses avant sa parution. Il faut donc en traduire certains passages. Il est assisté dans ce travail par Léon-Paul Fargue, qui ne connait pas bien l’anglais mais a une dilection toute particulière pour les jeux de mots et maitrise parfaitement « l’idiome paillard », ainsi que par un jeune étudiant en musique de 19 ans, proche d’Adrienne Monnier, Jacques Benoist-Méchin, dont la contribution aura un impact capital sur le texte et conditionnera les interprétations à venir.

Joyce choisit les extraits à traduire, tirés des chapitres « Les Sirènes » et Pénélope ». Transporté par le génie joycien, Benoist-Méchin (futur collaborationniste qui fera libérer Sylvia Beach, internée en 1943) fait remarquer à Joyce que conclure le monologue de Molly Bloom sur « …yes I will. » sonne trop abrupt et autoritaire et qu’il serait plus conforme à l’esprit du texte de finir sur un « Yes », un « Oui », qui témoigne avec force de l’affirmation d’un monde au-delà de la conscience individuelle. Comme avec McAlmond, Joyce se rallie finalement à cette suggestion qui depuis éclaire l’œuvre rétrospectivement.  Il n’est pas excessif de considérer que, pour une part, certes très minoritaire, mais non anecdotique, Ulysses est une œuvre collaborative…

La conférence de Valery Larbaud du 7 décembre 1921 est un succès. Il y présente l’œuvre de Joyce, souligne la difficulté du texte, ses correspondances avec L’Odyssée et en lit des passages en français (il en omet les passages « osés ») avant que l’acteur Jimmy Light les lise ensuite dans l’original. Les 250 personnes présentes font un triomphe à Joyce qui apparait à la fin de l’événement de derrière un rideau.  Seule ombre au tableau, Pound n’est pas présent – il ne souhaite pas voir «sa découverte redécouverte »

Enfin, le 5 janvier 1922, alors que Joyce a ajouté environ 20% de matière nouvelle au texte original, les épreuves finales sont prêtes. Quelques retouches seront encore apportées après la signature du bon à tirer, jusqu’à trois jours avant la publication, et Joyce se vantera ouvertement d’avoir incorporé tellement d’énigmes et de mystères que d’après lui, les professeurs débattront de leur signification pendant des siècles et des siècles, lui assurant ainsi une manière d’immortalité.

Le vendredi 6 janvier, pour fêter dignement l’événement, Joyce invite Sylvia Beach et Adrienne Monnier pour un repas de célébration chez Ferrari, son restaurant italien favori, avenue Rapp. Il est convenu que la date de publication sera le 2 février, jour de son quarantième anniversaire, date propice pour un Joyce dont la sensibilité, héritière du vieux fonds celtique, est souvent encline à la superstition.

Le lendemain, le samedi 7 janvier, à Dublin, le Dáil Éireann, le parlement irlandais, vote en majorité en faveur du Traité qui met fin à la guerre anglo-irlandaise et établit l’indépendance de l’État Libre d’Irlande, soit l’île d’Irlande amputée des six comtés du nord-est, en majorité protestants, qui restent dans le giron du Royaume-Uni et deviennent la province d’Irlande du Nord. On glosera longtemps sur cette double naissance. S’agit-il d’une simple contingence historique, ou bien est-ce le résultat d’une synchronicité nécessaire ? Toujours est-il qu’au moment où son pays rejoint le concert des nations libres (mais à la veille d’une terrible guerre civile), Joyce s’apprête à porter dans le vaste monde un roman qui allait non seulement              « forger la conscience de sa race » mais aussi et surtout signaler l’irruption de la grande littérature irlandaise sur la scène universelle. Et donner l’occasion à tous ses « fans » de célébrer Bloomsday chaque 16 juin depuis 1954 (et le pèlerinage délirant organisé par Flann O’Brien) en se déguisant comme les personnages du roman, en interprétant des saynètes inspirées de certains de ses épisodes tout en s’abreuvant fort généreusement de substances liquides, diverses et variées.

Avant que se produise ce séisme littéraire, reste à régler la question cruciale et épineuse de la couleur de la jaquette qui pour Joyce devait symboliser la Méditerranée et correspondre exactement au bleu du drapeau grec, le lettrage en blanc représentant les îles. Le 9 janvier, Joyce fait parvenir un drapeau grec à un de ses amis artistes, l’Américain Myron C. Nutting, lui demandant de trouver la bonne couleur pour le lendemain (!). C’est un échec, et Darantière doit aller jusqu’en Allemagne pour trouver le bon bleu, qu’il fait lithographier sur un papier cartonné blanc. L’objet Ulysses est enfin né. Contrairement à leurs collègues anglais, les typographes dijonnais, ne connaissant pas la langue de Joyce, n’opposent aucune objection au texte qu’ils composent à grand peine. Tout au plus, cette méconnaissance de l’anglais leur fait commettre entre une et six coquilles par pages, (surtout sur les « w » et les « k »), défauts corrigés dans les éditions suivantes.

Le soir du 2 février 1922, jour de son quarantième anniversaire ET de la publication de son livre le plus abouti, James Joyce retourne en famille et avec ses amis au restaurant Ferrari où un toast est porté en son honneur et en celui du livre, religieusement posé sur la table, à la manière du bol à raser de son incipit. La soirée se termine au Café Weber, rue Royale, trop sagement au goût de Joyce qui aurait aimé passer une nuit blanche comme le lettrage de son roman. Las, Nora le pousse dans un taxi, direction le 9, rue de l’Université, où ils résident maintenant.

Allait maintenant débuter un autre combat, celui qu’il allait mener pour faire publier Ulysses aux États-Unis (en 1933) et en Grande-Bretagne (en 1937). Dans l’intervalle, les diverses éditions introduites illégalement dans ces deux pays (parfois « déguisées » en œuvres complètes de Shakespeare), allaient être mises au pilon, brûlées en place publique, mais aussi, fort heureusement, lues avec avidité. Curieusement, Ulysses ne fut jamais interdite dans l’État libre d’Irlande, sous prétexte qu’il n’y fut jamais officiellement ni vendu ni introduit en contrebande…

A l’occasion du centième anniversaire de la publication de Ulysses, l’auteur de ces lignes souhaiterait présenter une humble requête visant à populariser la lecture de la « tour de Babel » et du tour de force que représente cette grande épique du quotidien. La seule fois où Ulysses figura au programme de l’option littérature de l’agrégation d’anglais, en 1991, le jury eut la bonne idée de ne proposer qu’un nombre limité de chapitres (5 sur 18) à l’étude des candidats. S’il était effectivement conseillé à ces agrégatifs de lire le roman en son intégralité, on leur demandait de se concentrer sur un nombre limité de passages, censément représentatifs de son génie. Il se trouve que, de la même façon qu’Anthony Burgess publia naguère un Shorter Finnegans Wake, sélection de passages-clés reliés par des transitions de sa main, je milite ardemment pour la publication en français de « morceaux choisis » de Ulysses, qui prendrait modèle sur le travail de Burgess et s’inspirerait de la sélection de l’agrégation 1991, éventuellement augmentée de quelques passages empruntés au début du roman dont Stephen Dedalus est le protagoniste.

Ulysses mérite d’être débarrassé de sa gangue mystique de texte clos et sacré. Le fétichisme littéraire a fait long feu. Ses victimes sont la joie de lire et ses lecteurs potentiels. Maintenant que l’on possède d’excellentes traductions françaises, il est plus que temps de donner au plus grand nombre la possibilité d’en goûter la substantifique moelle, et pourquoi pas, de publier à part le monologue de Molly Bloom, comme Joyce le fit en 1930 pour son Anna Livia Plurabelle, extrait de Finnegans Wake.

Que l’on me pardonne le raccourci quelque peu osé qui suit, mais il me semble qu’en 2022, cent ans après la publication de Ulysses à Paris, l’heure d’un #MeToo joycien a sonné.

Yes Oui

Bernard-Robert Bloom

(agrégé d’anglais, joycien militant).

(« Bernard-Robert Bloom », « James Joce et Sylvia Beach à la librairie Shakespeare & Company », « Plaques sur l’immeuble du 71 rue du Cardinal Lemoine à Paris », « James Joyce » photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Littérature étrangères, traducteur.

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commentaires

35 Réponses pour « Ulysses » a cent ans

OZYMANDIAS dit: à

Joycien un jour, joycien toujours !
Sacré Bloomie va !

Delpech pascal dit: à

Merci pour cet article, a bientôt peut-être
Pascal

Jazzi dit: à

Il y aurait bien quelques coquilles à corriger, mais c’est une très belle et roborative présentation du Ulysses de Joyce, Bloom !
Etrange cette rivalité jalouse entre les couples de lesbiennes.
Curieux ton militantisme en faveur d’une publication partielle du roman : des longueurs à élaguer ?

Bloom dit: à

Saint-Cloud-Paris-Match, Baroz. Je vais jeter les coquilles (les fêtes sont passées).

Ulysses présente effectivement des longueurs, dues principalement au surplus de matière espiègle que Joyce n’a cessé d’injecter jusqu’à 3 jours de la publication.
Sur un texte de 1000 pages en français, c’est inévitable…1000 pages de non-action, qui plus est.
La Recherche elle aussi mériterait d’être « réduite » (comme on le dit d’une sauce) à 600 pages, c’est à ce travail de jivaro érudit que nous aurions dû faire en une édition anglaise avec mon ami Andrew, mais la foutue camarde en a décidé autrement.
Les Américains ont un merveilleux format, « The Portable x,y,z Reader » qui correrspond à ce que j’appelle de mes voeux. Je vais lancer un lobbying intense et persistant.

Pour la rivalité sapphique, il n’y a pas photo: Sylvia parlait un français remarquable, ce qui n’était pas le K de Gertrude, qui snobbait les habitants du cru, trop exotiques à son goût. Eternelle touriste, personnalité de peu d’intérêt à mes yeux d’ancien directeur d’Alliance.

Bloom dit: à

Salut Pascal, je t’écris sur le FB. On va y arrriver!

Bloom dit: à

Les derniers jours d’un con-damné, suite:

Autant/Au temps/O temps pour moi, c’est Christian Wakeford, député Tory de Bury South, qui est passé au Labour.

Ort dit: à

Merci pour cet article! Ce qui m’épate est la liste de souscripteurs britanniques et américains, le gratin de l’époque – quel flair quand dans l’histoire littéraire tant de chefs-d’œuvre furent publiés dans l’indifférence ou la moquerie. Un bon point pour Gide qui bien qu’ayant raté le premier train Proust n’a pas loupé la navette Joyce.

Jazzi dit: à

« Ferrari, son restaurant italien favori, rue Rapp. »

Pas de rue Rapp à Paris, à ma connaissance, Bloom ?
Seulement une avenue…

Bloom dit: à

Merci, Baroz, je vais corriger.

Jazzi dit: à

Un homme qui a écrit un si beau livre sur l’art des jardins ne peut pas être totalement un salaud, Bloom !

« L’Homme et ses jardins
Jacques Benoist-Méchin
Dans cet ouvrage, Jacques Benoist-Méchin a voulu transmettre sa passion des jardins. II y cherche moins une retraite que l’étanchement d’une soif secrète, moins un repos qu’un éveil. À l’écart des autres passions de sa vie, il y poursuit l’image du bonheur. Car l’amour des jardins, dit-il, ne doit pas être confondu avec l’amour de la nature ou des sites. C’est un amour chargé d’une vérité humaine plus profonde, où le ravissement n’est qu’un signe. La paix de ces espaces ombragés a l’intensité d’un poème, la beauté d’une oeuvre d’art. Mais, pour l’auteur, toutes les civilisations n’ont pas atteint une égale perfection en matière de jardins. Seuls les Chinois, les Japonais, les Perses, les Arabes, les Toscans et les Français, qui se sont efforcés d’exprimer leur propre génie dans ce domaine, nous paraîtront toujours, « sinon plus civilisés que les autres, du moins plus conscients de ce que leur civilisation a eu de meilleur ».
À travers les siècles et même les millénaires, d’un continent à l’autre, ]acques Benoist-Méchin nous invite à une promenade heureuse au long de jardins ornés d’arbres, de fleurs, de jets d’eau et de statues. Mais cette promenade n’est pas sans but : à l’homme conscient d’être mortel, elle propose des visions, des métamorphoses et la lointaine sérénité du Paradis perdu. »

DHH dit: à

@Bloom
une question
la traduction récente a-t-elle apporté un + a celle de Valery Laerbaud dans laquelle j’ai lu autrefois ce texte
Pleine de curiosité j’avais acheté cette nouvelle traduction quand elle est parue en poche il y a une quinzaine d’années ,me promettant de m’y plonger dans le train du retour d’un déplacement a Londres Et j’ai perdu en gare , avant de monter dans le train la sacoche qui le contenait avec d’autres documents .Puis je n’ai plus pensé à le racheter.
Est que cela en vaudrait la peine?
je suis d’accord avec vous sur les morceaux choisis car ils amènent a décortiquer un texte, a en suivre tous les méandres et à en saisir toute la richesse
enore faut-il qu’ils soient assez bien choisis pour etre significatifs d’une écriture.
Une jeune collègue agrégée m’avait dit qu’elle avait eu au programme du concours un morceau de la recherche et qu’après avoir étudié ce texte elle continuait à ignorer totalement que l’homosexualité ‘d’une part et les juifs d’autre part avaient une place dans l’écriture proustienne

Mrci de cet historique, si bien raconté et plein de suspens, de la publication d’ Ulysses, dont j’ignorais que la version originale en anglais avait paru en France

et alii dit: à

James & Nora : portrait de Joyce en couple. Le yiddish de Joyce
Auteur(s) Edna O’Brien (Auteur)
Editeur(s) Sabine Wespieser éditeur

et alii dit: à

je me demande si mon petit fils Léo,, né à PHILADELPHIE ,d’une mère née le 16 juin(en FRANCE yddishkeit) sera appelé LEOPOLD . Pour le moment , il joue du jazz dans un café qui le fait savoir sur you tube

Bloom dit: à

DHH, les deux traductions ont leur mérite et si l’on part du principe que les grands textes doivent être périodiquement retraduits, la nouvelle est plus accessible au lectorat d’aujourd’hui. Le principe en est simple, chaque chapitre, ou « épisode » comme disait JJ,a été confié un/e traducteur/trice différent/e, partant du constat que le style ou le pastiche est radicalement différent d’une section à l’autre.
Je pense que la nouvelle traduction pourrait servir de base à ma suggestion éditoriale…
Cela dit, un copain romancier, me dit être en train de relire dans la première traduction « Circé », l’un des épisodes les plus exigeants, sorte de drame déliro-lubrico-parodique sis dans un bordel du quartier chaud de Dublin Town.

Pour l’homosexualité & la composante juive de La Recherche, je ne suis pas surpris. Chez certains, il n’y plus que cela, chez d’autres, seul le traitement du temps et la narratologie appliquée importent. Il faudra un jour pouvoir TOUT incorporer dans une perspective inclusive…

DHH dit: à

le choc qu’a ete pour moi la decouverte de Joyce je le dois a ma prof de français d’hypoKhagne, alors une toute jeune femme ,qui plus tard a officié pendant des annéees dans la la khâgne de Fenelon .
elle a dechiré le voile qui obscurcissait ce texte qui me semblait incomprehensible -ce qu’est resté pour moi d’ailleurs finnegans wakes- et j’ai pu m’y plonger avec emerveillement
emle m’a fait aussi vivre la même experience avec « le cimetière marin  » qui grâce à elle d’abscons qu’il etait est devenu lumineux revelant sa richesse poetique .
Elle est morte il y a peu sous un nom different de celui du temps où je l’avais connue ,celui de l’inspecteur general qu’elle avait epousé et qu’elle a, j’imagine, séduit par la qualité du cours auquel il avait assisté

Bloom dit: à

Baroz, je ne suis pas sûr qu’un ton badin convienne à ce qui touche aux années noires. Un peu comme si l’on devisait plaisamment sur le Bataclan ou Charlie…

Dans les années 20, rien n’indiquait que Pound allait embrasser le fascisme italien et répandre ses insanités antisémites sur les ondes de la radio mussolienne.
Rien non plus ne laissait présager de la carrière de collaborationniste de Benoit-Méchin, condamné à mort à la libération pour collaboration tactique et stratégique, grâcié par Auriol, avant que sa peine soit commuée en travaux forcés puis qu’il soit libéré en 1953.

Devant un Allen Ginsberg partagé entre admiration et appréhension, Pound reconnut que son antisémitisme économique (Juifs = « usura ») était une erreur morale et historique. Il fit acte de contrition.
Benoist-Méchin a-t-il exprimé des regrets pour son antisémitisme (+)? Je n’en sais rien. Pour moi, il est mort en 1939, comme Céline après la publication de Mort à crédit. De l’usage de l’appropriaztion personnelle de l’histoire contre-factuelle.

(+) « Benoist-Méchin demeure bien plus maximaliste que Vichy. Fin octobre 1942, il affiche son antibolchevisme et son antisémitisme dans La Gerbe. Il déclare que « l’État populaire français [sera] socialiste et impérialiste » et définit les limites « de l’État populaire ou de l’État révolutionnaire nouveau [qui] lutte à la fois contre la ploutocratie, la franc-maçonnerie, la juiverie et le bolchevisme [3] »
[3]« Déclaration de M.J. Benoist-Méchin. Volontés premières »
in La Gerbe : un organe collaborationniste,
Émile March, Revue d’Histoire de la Shoah 2001/3 (N° 173), pages 192 à 281
https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah1-2001-3-page-192.htm

Bloom dit: à

On ne dira jamais comment les prépas ont été un bonheur de découverte; pour moi, le choc fut double, l’anglais en Première sup à Chaptal, Othello et Barry Hines avec André Mansat et la géographie servie avec génie et humour par L. Hespel…

Bloom dit: à

On ne dira jamais o combien les prépas ont été un bonheur de découverte;

OZYMANDIAS dit: à

Benoist-Méchin a écrit deux biographies de référence consacrées à Mustapha Kémal et Ibn Séoud.
En général, les esprits martiaux de tempérament fascistes s’intéressent beaucoup aux dictateurs et aux tyrans, il n’empêche que les ouvrages de cet admirateur de l’Armée prussienne sont d’un grand intérêt.

OZYMANDIAS dit: à

…tempérament fasciste…

Jazzi dit: à

Le discours de Jacques Benoit-Méchin sur les jardins ne me semblent pas relever du « ton badin », Bloom, bien au contraire…

Bloom dit: à

Grand écrivain, B-M, aucune doute. Aussi brillant biographe que Zweig est bon portraitiste (je pense son ‘Cléopâtre’).
Aimait le pouvoir.

Ce qui est badin c’est ton ton (TonTon), Baroz, pas B-M.

Bloom dit: à

Baroz, j’ai fait parvenir ce petit article à un des plus éminents spécialistes irlandais de Joyce, le Sénateur David Norris, qui mena jadis un combat sans relâche pour dépénalisation de l’homosexualité dans l’île d’Emeraude.
Cet homme remarquable se bat aussi depuis des années contre la maladie; j’éprouve à l’égard de ce critique littéraire et militant politique une admiration et un respect sans borne.
On ne le connait pas chez nous, ce qui est bien dommage.

et alii dit: à

. Jalousie ?
croyez vous que LEO, le frère donc? AVEC CE prénom, n’y était pour rien dans l’humeur jalouse?

Bloom dit: à

Extrait de l’essai à venir de Declan Kiberd,qui sera publié en jui prochain:

« The Oedipal revolt of sons against fathers in healthy, free societies of the early 20thcentury resulted in social progress, as the old were forced to adapt to the ways of the young: but not in colonial Ireland, where that revolt was meaningless, since neither fathers nor sons had their hands on the levers of powers. To become meaningful, that revolt had to be expanded to become a revolution in language, form, thinking itself—and that is what Joyce achieved (…) »

Jean Langoncet dit: à

l’air du temps est-il une marque déposée dans la classe se rapportant à la propriété intellectuelle en RDL ?

Jean Langoncet dit: à

Joyce en classe 33 ?

Jean Langoncet dit: à

(ne m’en veuillez pas trop, je relis en ce moment Nietzsche et ses « considérations inactuelles »)

et alii dit: à

je ne crois pas qu’on puisse dissocier les infos culturelles, les élections et la crise sanitaire (autour de moi, plein de « covid positifs »)
courage à tous pour le week end;on tiendra! et on y tient

renato dit: à

« The fall (bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonner- ronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthur- nuk!) of a once wallstrait oldparr is retaled early in bed and later on life down through all christian minstrelsy. The great fall of the offwall entailed at such short notice the pftjschute of Finnegan, erse solid man, that the humptyhillhead of humself prumptly sends an unquiring one well to the west in quest of his tumptytumtoes: and their upturnpikepointandplace is at the knock out in the park where oranges have been laid to rust upon the green since dev- linsfirst loved livvy. »

Bloom dit: à

Èquivalence française espiègle à souhaits:

La
chute(bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntqnnerronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk!) d’un ci-devant grand pair de Wall Street est relatée ci au lit et plus avant tout au long de la chrétienne ménestrandie. La grande chute du mur d’angle entraîna à si brève échéance la pftjschute de Finnegan, erse solide homme que la que la bosse vide de sa collitête dépêche promptement en un inspecteiur plein Ouest en quête de ses cocorteils…depuis que dieublin a fait l’amour à la vie.

Pour une version musicale (et plus courte), les Dubliners avec le regretté Luke Kelly au banjo.
https://www.youtube.com/watch?v=VjbF3yu-CtY

Bloom dit: à

a publication d’ Ulysses, dont j’ignorais que la version originale en anglais avait paru en France

A l’époque la France était le pays de la liberté d’expression, de l’explosion des talents et desvaleurs solidement laiques.
Les pudibonderies d’essence puritaines ou papales n’avaient pas cours dans cette France meutrie par les ennemis de l’intelligence et de la jeunesse.
C’était le centre du monde créatif.

Jazzi dit: à

Bon anniversaire !

MC dit: à

L’édition de 1933, qui succède aux USA a une ´´´première tentative entravée par une ligue de vertu new yorkaise, est précédée par un morceau de bravoure du juge qui en a permis la publication, et se livre à un très savoureux démontage des arguments de l’adversaire reposant sur une connaissance réelle du texte. Un peu l’équivalent de Maitre Senart pour Madame Bovary. Un magistrat lettré sans pédantisme que le lecteur quitte avec regret. Une pensée pour cet homme qui a fait autant pour Joyce que certains personnages nommés ici, et qui, visiblement, savait lire , sans préjugés. MC

Bloom dit: à

Morris Ernst n’est pas cité car l’article porte sur la première publication de Ulysses, MC.
Sans Weaver & Beach, pas de texte princeps, tout simplement. Autre distinguo non négligeable, elles ont payé pour le faire publier, alors qu’Ernt a été payé pour qu’il le soit.
J’y ferai allusion dans mon Joyce à Paris.

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