de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature étrangères

Quelques éclats de l’âme de Kleist

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Deux coups de feu ont été entendus un jeudi 21 novembre en milieu d’après-midi sur les berges du petit lac de Wannsee, près de Berlin. Il fut constaté que, au moyen de deux pistolets emportés dans le panier à pique-nique, l’homme avait abattu d’une balle dans la poitrine celle qu’il aimait, une femme du nom de Henriette Vogel, avant de se tirer une balle dans la bouche. Ils avaient une trentaine d’années. Un fait divers à ceci près que le tireur s’appelait Heinrich von Kleist, qu’il était poète, dramaturge, nouvelliste, romancier et que son double geste éclairerait à jamais d’un […]

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Du trait d’union entre Moby et Dick

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Réussir son Moby Dick, un rêve d’écrivain… Du moins chez les Américains. L’expression est de longue date consacrée. En France, on en trouve l’équivalent chez les photographes plutôt : « Réussir un Fragonard », c’est avoir pris la photo dont on pressent qu’elle deviendra iconique, en tout cas pour son auteur. En écrivant Les Sept piliers de la sagesse, T.E. Lawrence disait vouloir écrire son Moby Dick. Entendez : une œuvre qui s’impose dans la durée. Daniel Mendelsohn, lui, avait même intitulé provisoirement son manuscrit en cours des Disparus du nom de code de Moby Dick… C’est dire le statut unique du grand roman […]

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John le Carré : retour à la guerre froide

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Lorsque le mur de Berlin, « mur de la honte » vu de l’Ouest et « mur de protection antifasciste » vu de l’Est, s’écroula en 1989, nombre de lecteurs à travers le monde eurent une pensée émue pour John le Carré soudain réduit au chômage technique. Qu’allait devenir leur écrivain de chevet si le symbole même de la guerre froide disparaissait ? C’est dire s’il passait pour son chroniqueur le plus attentif. A défaut de se recycler, il s’adapta. Fidèle à ses fantômes sans cesser de se colleter au contemporain, il creusa son vieux sillon de l’antiaméricanisme et de l’insupportable inféodation politique du Foreign […]

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Philip Roth s’en va, exit le fantôme

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Philip Roth s’est éteint à 85 ans hier soir dans un hôpital de New York des suites d’une insuffisance cardiaque congestive. Foin des classements et des podiums : il était certainement l’un des plus grands romanciers américains, sinon celui dont l’œuvre, par sa capacité à troubler, déranger, subvertir, inquiéter, domina la littérature dans son pays et au-delà au cours des quarante dernières années, ce qui apparut évident d’année en année un peu partout dans le monde sauf à Stockholm mais on ne tire pas sur une ambulance. Dans l’Amérique des années 50 et 60, Bernard Malamud fut l’âme d’un trio d’écrivains […]

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Pardonner n’est pas oublier

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Pas facile de s’emparer d’un livre lorsqu’il nous arrive précédé par sa légende. Courant lorsque l’on découvre tardivement un classique, le phénomène est plus rare s’agissant d’un roman récemment paru, le plus souvent à l’étranger, avant de nous parvenir. Son succès critique et public fait rouler les tambours. Pour le meilleur mais aussi pour le pire car ce type d’effet d’annonce peut aussi prévenir contre un livre les lecteurs qui détestent qu’on les enjoigne de grossir une unanimité déjà acquise et préfèreront toujours se décaler. De quoi donner un faux pli au jugement. Avec Patria (Patria, traduit de l’espagnol par […]

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La poussière de la vie

La poussière de la vie

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Pas de précipitation, gardons-nous de crier au chef d’œuvre après tant d’autres. N’empêche que Le Sympathisant (The Sympathizer, traduit de l’anglais-Etats-Unis par Clément Baude, 487 pages, 23,50 euros, Belfond) de Viet Thanh Nguyen est un grand livre, une première œuvre de tout premier ordre, maitrisée et accomplie, surtout lorsqu’on la lit dissociée du bruit qu’elle a fait puisqu’elle nous est arrivée en septembre déjà précédée par sa légende. Des livres sur la guerre du Vietnam, les librairies en américaines en regorgent, plutôt des mémoires ou des témoignages d’Américains. Ceux des Vietnamiens sont peu traduits. L’entreprise de ce jeune romancier, qui consiste à écrire […]

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La légende intime d’Appelfeld

La légende intime d’Appelfeld

Albert Bensoussan

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  L’écrivain israélien Aharon Appelfeld, qui vient de mourir ce 4 janvier 2018, était né en 1932 à Czernowitz en Bucovine, territoire partagé entre l’Ukraine et la Roumanie tragiquement ballotté par l’Histoire. Son œuvre est forte d’une quarantaine d’ouvrages, pour près de la moitié traduits en français. Ce rescapé de la Shoah a vu disparaître ses parents et grands-parents, s’est évadé d’un camp de concentration – où a péri son père, sa mère ayant été exécutée précédemment −, a erré quatre ans dans les forêts d’Ukraine, avant de trouver refuge en Palestine. Témoin privilégié de la destruction du shtetl et […]

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Traduire le silence d’Aharon Appelfeld

Traduire le silence d’Aharon Appelfeld

Valérie Zenatti

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En hommage à l’écrivain israélien Aharon Appelfeld qui vient de disparaitre à 85 ans, des extraits d’un entretien accordé en juin 2013 à la revue L’Autre par la romancière et scénariste Valérie Zenatti, sa fidèle traductrice depuis Histoire d’une vie (2004) «  (…) Je préparais le concours de l’agrégation d’hébreu en 2002 et Le temps des prodiges était au programme. J’avais lu un livre d’Aharon Appelfeld au lycée mais je ne me souvenais pas du tout de quoi que ce soit, car c’était l’époque où je ne maîtrisais pas très bien l’hébreu, voire pas du tout, donc c’était très flou. […]

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Partir dans les branches

Partir dans les branches

Daniel Lefort

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Un des gestes les plus familiers du lecteur lorsqu’il saisit un livre pour la première fois est de faire glisser les pages sous son pouce pour en estimer l’épaisseur, happer au passage les titres de chapitre et mesurer la densité du volume, bref, entrer en matière. Dans le livre de Hernán Ronsino, Lueurs de la pampa (traduit de l’espagnol – Argentine – par Gersende Camenen, Gallimard, 324 p., 22,50€), ce geste attire aussitôt l’attention sur les photographies en noir et blanc de frondaisons arborées – une douzaine – qui, insérées directement et au hasard dans le texte, lui donnent un […]

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Quoi de neuf ? Max Aub

Quoi de neuf ? Max Aub

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Le cas Max Aub illustre bien l’idée selon laquelle la vraie patrie d’un écrivain, c’est sa langue. Né Paris d’un père allemand exilé et d’une mère française, mort à Mexico, il avait possédé des passeports français, allemand, espagnol, mexicain au gré de ses naturalisations successives et de ses tribulations dans un siècle agité qui le contraignit non à l’exil mais aux exils sans fin. Alors, sa vraie patrie dans ce kaleidoscope d’identités ? Rien d’autre que sa langue, celle dans laquelle il écrivait lui qui en parlait tant. Rien ne pouvait mieux définir ce romancier cosmopolite, nouvelliste, essayiste, auteur dramatique et […]

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