de Pierre Assouline

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La République des livres

Littérature étrangères

Retour gagnant pour John Le Carré

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Quelle souffrance de se jeter dans la lecture du nouveau roman de l’un de ses écrivains de chevet, d’être enthousiasmé, emballé, emporté du tout début à la toute fin et malgré tout d’en vouloir à l’auteur ou à sa traductrice. Pour un mot, un seul, pas plus. Un mot qui ne passe pas. Un mot qui reste en travers la gorge. La seule réserve, le seul regret, la seule question sans réponse. Mon cas avec Retour de service (Agent Running in the Field, traduit de l’anglais par Isabelle Perrin, 302, 22 euros, Seuil) de John Le Carré. D’abord rendre hommage […]

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Qui a autorité dans sa langue ?

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Même s’il est convenu de longue date qu’il faudrait en principe retraduire les grandes œuvres à chaque génération eu égard à l’évolution de la langue et aux avancées de la recherche génétique sur les manuscrits, cela reste souvent à l’état de principe en raison notamment de problèmes de droits et de bisbilles avec les ayant-droit du traducteur princeps (voir les cas de Berlin Alexanderplatz, du Guépard, de Ulysses, de la Montagne magique etc). S’agissant de l’œuvre de Franz Kafka (1883-1924), difficile de ne pas en revenir au double mouvement contradictoire inspiré par Alexandre Vialatte : d’un côté une dette pour celui qui […]

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Les défis de la « Divine comédie »

Les défis de la « Divine comédie »

Danièle Robert

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(…) Il n’y a pratiquement pas de néologismes dans Enfer, il y en a peu dans Purgatoire, mais ils explosent dans Paradis. La raison en est simple et découle de ce que j’ai dit précédemment : ils participent de cette nécessité de pallier un manque afin de rendre compte de l’expérience de la façon la plus juste possible, donc la plus inattendue. Après les nombreux emprunts aux autres langues, aux dialectes et parlers locaux destinés à enrichir la langue pour tous ses compatriotes, il s’agit pour Dante de créer un langage neuf pour une aventure inouïe dans un monde inconnu des mortels, […]

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Si l’épidémie est cruelle, sa seule menace est perverse

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Pourquoi parle-t-on tout le temps de Camus et pas de Roth depuis quelques semaines ? Trop injuste alors que lui aussi, après tant d’autres il est vrai, a raconté les ravages d’une épidémie. J’y repense alors que l’on peut voir actuellement sur OCS et sur un tout autre sujet (ce que c’est que l’esprit de l’escalier…) l’adaptation en série de son Complot contre l’Amérique (The Plot against America). C’est aussi désespérant que rassurant : on n’invente jamais rien. Ou si peu. En prendre conscience permet de garder la tête froide et de relativiser notre génie. Le cas échéant, Internet se charge […]

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Traduire Peter Handke

Traduire Peter Handke

Georges-Arthur Goldschmidt

Que cela soit clair d’emblée, le traducteur n’est pas comptable des options politiques de l’auteur traduit. Celles-ci peuvent fort bien aussi être ressenties autrement qu’elles n’apparaissent. Vingt-cinq traductions en plus de trente ans, de 1972 à 2006, c’est un engagement dans le temps, un accompagnement de vie qui ne doit pourtant jamais déborder sur la traduction. Il s’agissait, en l’occurrence, de laisser la place à d’autres traducteurs passionnés, tels que Claude Porcell, Olivier Le Lay, Anne Weber et Pierre Deshusses. Il s’est agi aussi, naguère, de signer d’un pseudonyme transparent la traduction d’Un voyage hivernal pour, en quelque sorte, signaler […]

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Le traducteur trahi

Le traducteur trahi

JEAN-PIERRE PISETTA

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En 1983, troisième année de mes études supérieures de traduction, je dois choisir un texte à traduire pour mon travail de fin de parcours, à déposer en juin 1984. Sur une étagère de l’appartement de ma sœur où j’habite à l’époque,  je repère un livre italien dont la couverture est illustrée par un tableau de Folon. Amorosa presenza. Je ne connais pas l’auteur, Vincenzo Cerami. Je ne sais pas où ni pourquoi ma sœur a acheté un livre de cet écrivain dont le professeur de littérature italienne ne nous a jamais parlé. Je le lis sans prendre la peine de […]

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Les sentinelles de nuit de Javier Marias

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Tout écrivain est d’abord un lecteur. Une évidence toujours bonne à marteler quitte à lasser. L’envie nous en prend chaque fois que, dans une interview ou une confession sur ce qui lui tient lieu d’art poétique, l’un d’eux, plus nombreux qu’on le croit, donne l’impression d’être venu au monde écrivain, né d’une génération spontanée qui ne doit rien à personne et à si peu de livres qui ont précédé les siens. Foutaises ! Parfois un petit, souvent un grand lecteur. De ceux qui ont le goût des autres et s’en nourrissent. Ils ont différentes manières de payer leurs dettes, à supposer […]

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Le problème avec ceux qui ont un problème avec Peter Handke

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C’était à craindre et ça n’a pas manqué : sitôt l’annonce du prix Nobel de littérature 2019 décerné jeudi dernier à l’Autrichien Peter Handke (1942), des voix se sont faites entendre pour dénoncer la décision et ses motifs. Les académiciens suédois émergeaient à peine d’une série de scandales (Bob Dylan statufié en poète majeur, l’affaire Arnault, les démissions et la crise interne qui s’en suivirent) qui avaient considérablement affaibli leur institution : non pas « l’Académie Nobel », qui n’existe pas, mais le comité Nobel de l’Académie suédoise, lequel fait plancher toute l’année son comité d’experts qui lance ses filets un peu partout dans […]

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Enchanter le réel, louer les brumes

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Oui, bien sûr, la rentrée littéraire avec son cortège de premiers romans, de deuxièmes romans en espérant que ce ne seront pas des seconds romans, de valeurs sûres mais pas certaines, de meilleures ventes imprudemment annoncées (« Rien n’est triste comme un best-seller qui ne se vend pas », soupirait ironiquement le regretté Robert Laffont), ses prix littéraires et ses livres qui n’ont pas de prix, si peu d’élus et tant de déçus inconsolables (mais nul n’est obligé de paraître en septembre), ses intoxications savamment orchestrées mais si facilement repérées, oui, on y reviendra bien vite à la rentrée littéraire. En attendant, […]

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Philip Roth, discours de la méthode

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Rien de tel qu’un écrivain qui a annoncé sa retraite de son vivant pour publier ensuite à titre posthume. Des inédits et des quasi. Ainsi nomme-t-on ce qui est paru dans sa langue mais pas dans la nôtre. Ainsi, avec Pourquoi écrire ? (Why write ? traduit de l’anglais/Etats-Unis, par Lazare Bitoun, Michel et Philippe Jaworski, Josée Kamoun, 630 pages, 10,80 euros, Folio), Philip Roth nous revient tout sourire  un an après sa mort. C’est un peu sa vie mais surtout son œuvre, modes d’emploi. Avec de larges échappées du côtés de celles des autres (Primo Levi, Aharon Appelfeld,  Ivan Klima, Edna O’Brien, Milan […]

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