de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Enchanter le réel, louer les brumes

Enchanter le réel, louer les brumes

Oui, bien sûr, la rentrée littéraire avec son cortège de premiers romans, de deuxièmes romans en espérant que ce ne seront pas des seconds romans, de valeurs sûres mais pas certaines, de meilleures ventes imprudemment annoncées (« Rien n’est triste comme un best-seller qui ne se vend pas », soupirait ironiquement le regretté Robert Laffont), ses prix littéraires et ses livres qui n’ont pas de prix, si peu d’élus et tant de déçus inconsolables (mais nul n’est obligé de paraître en septembre), ses intoxications savamment orchestrées mais si facilement repérées, oui, on y reviendra bien vite à la rentrée littéraire. En attendant, on s’autorise un petit écart pour se glisser sur cette chose qui s’y est glissée à bras bruit, sans le faire exprès, sur la pointe des pieds, en s’excusant de déranger, un petit livre qui risque de passer inaperçu alors que c’est une brise des plus douces, un léger vent de fraicheur, une scintillante pépite renfermée dans un livre de poche à deux euros. Un inédit en format de poche ? C’est possible et plus souvent qu’on ne le croit. Alors raison de plus quand il s’en publie un de si discrètement remarquable, enrichissant et reposant.

Tout est petit en Petit éloge des brumes (114 pages, 2 euros, Folio) sauf le talent de plume de Corinne Atlan. D’elle, je savais juste qu’elle était une spécialiste éprouvée du japonais, l’une des meilleures en France maintes fois laurée, traductrice de plusieurs romans de Haruki Murakami ainsi que de recueils de théâtre et de poésie de nombreux d’autres écrivains japonais. Son site en dit davantage. Alors va pour les brumes, on y verra peut-être plus clair ! Un enchantement renouvelé à chaque page. Une imagination lexicale, une richesse de palette, une variété de sensations, une diversité d’émotions qui ne laissent pas de surprendre de bout en bout. On s’en doute, tout cela est irrigué d’innombrables lectures mais surtout d’une connaissance intime de l’esprit et de l’âme de ce peuple. Elle parvient avec une infinie délicatesse à modifier notre regard et même, en une phrase ou deux, notre perception des choses et des autres. Moins notre vision du monde que notre sensation du monde. Le pas de côté vers lequel tout dans son texte tend sans insister nous y invite. Il est vrai que son postulat est incontestable pour toute personne qui s’est jamais essayé à l’écriture :

« Les livres naissent d’un chaos brumeux dans lequel on avance d’abord à l’aveuglette ».

On peut même préciser que ce tâtonnement peut durer jusqu’à l’achèvement du manuscrit… Entretemps, René Char aura pris le relais en assurant que nous avançons tous dans l’obscurité de l’inconcevable mais guidés par des repères éblouissants. L’exploration de Corinne Atlan dans des brumes beaucoup moins électriques que celles de James Lee Burke et de Bertrand Tavernier, est d’abord une tentative de comprendre le secret de sa vocation. Autrement dit : comment et pourquoi elle s’est tournée vers le japonais plutôt que vers l’allemand, par exemple,

« En choisissant d’étudier le japonais, j’étais seulement portée par un rêve d’évasion et par une vague intuition. Mais d’emblée, la proximité, voire l’adéquation, de cette langue avec le monde sensible et ses phénomènes les plus ténus a emporté mon adhésion. Sur ces terres de brume, de pluies et de fumerolles qui ont développé un attrait particulier pour l’impalpable, le qualificatif « aimai », – vague, fou, ambigu- dont l’étymologie désigne un soleil obscurci par les nuages, caractérisait tant la langue japonaise, polysémique et volontiers allusive, que la mentalité de l’archipel ».

Son récit est fait d’évanescences, de creux d’ombre, d’effets de brume, de vapeurs des bains, de traines vaporeuses, de paysages sublimes, de mondes flottants, de lumière émoussée, de vues nébuleuses lesquels, conjugués entre eux, reflètent un mode de vie et une façon d’être au monde. Quitte à marquer les bornes avec précision lorsque c’est nécessaire : en français comme en japonais, en-deca d’un kilomètre c’est du brouillard, au-delà de la brume. Disons que sa mémoire brumeuse a quelque chose d’un brouillard percé de trouées qui laisse passer les réminiscences du passé proche ou lointain, du moins ainsi l’imagine-t-elle.

Sans être cuistrement et lourdement référencé, comme souvent chez les essayistes, c’est nourri d’écrivains, de poètes et de leurs livres (Futabatei, Bachelard, Natsume, Celan, Maupassant, Baudelaire, Ryökan, Mallarmé, Bachô et bien sûr le Tanizaki de l’Eloge de l’ombre), de peintres (Monet, Turner, Ruozhen, Uragami, Mi Fu, Hasegawa en terminant plus près de nous avec le « sculpteuse de brouillard » Fujiko Nakaya qui se sert de l’atmosphère comme d’une matière première,) de films (Le Château de l’araignée, Quai des brumes, Nuit et brouillard, mais on aurait pu lui suggérer La Nuit du carrefour que Jean Renoir avait adapté de Simenon, une enquête de Maigret à laquelle on ne comprend rien tant ledit carrefour à Avrainville avait été embrumé par les techniciens)

Mais là où d’autres se seraient laissées griser par une évocation propice aux débordements lyriques, elle fait preuve d’une tenue, d’une retenue, d’une sobriété, d’une précision exemplaires sans que jamais une certaine douceur ne l’abandonne. On y sent l’humidité des paysages et on a hâte de découvrir sur place son Japon qui est d’abord celui de Kyoto, sa ville d’élection et celle où elle vit.

Corinne Atlan nous emmène dans des hauteurs vertigineuses sans jamais l’on ne s’y sente écrasé. Preuve que, avec l’air de ne pas y toucher, elle a réussi à nous décrisper du quotidien pour nous pousser à nous abandonner aux puissances invisibles. Faut-il que son évocation soit forte pour nous faire ainsi lâcher prise du réel. Alors, pourquoi ce tropisme pour le flou ? Juste pour alléger la pression, qu’alliez-vous imaginer. On voudrait être un écrivain japonais pour connaître le bonheur d’être traduit en français par une plume de cette qualité, aussi nette dans le choix des mots les plus justes que dans sa détermination à s’attarder dans le flou de nos vies.

(« Bois de pins »,  encre sur papier, XVIème siècle de Töhaku Hasegawa, Musée national de Tokyo ; « Cours d’eau sous la lune », panneaux en six volets, encre et couleurs sur papier, fin du XVIème siècle, période Momoyama, Nelson-Atkins Muséum of Art, Kansas)

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commentaires

1 047 Réponses pour Enchanter le réel, louer les brumes

Janssen J-J dit: 14 septembre 2019 à 9 h 36 min

@ : (je cite) quelle misère de ne pas être capable de trouver les bons mots, c’est pour ça que je ne serai jamais écrivain, mon Dieu quelle misère !

tout comme moi. mais on se comprend à demi-mot, et c pas bien grave de pas être écrivain. Tout le monde est un peu écrivain raté icite, à quelques degrés. Par exemple, j’ai tout compris de votre « système est apoértique, il se mord la queue ! » ; en somme, vous voudriez qu’il ne soit plus aporéique et continuer à discuter, je crois que vous aimez bien discuter avec vous-même et n’importe quel erdélien qui entre en vos paralogismes erratiques, mais les bienveillants se lassent vite car on est vite (évite) marshmallow, il faut les comprendre aussi.

Bloom dit: 13 septembre 2019 à 20 h 13 min

P’Tain, nous (je) me les suis les tapées toute ma scolarité, le pire de la banlieue nord, GAG était limite accro alors ne me dites pas ! se taper Montmorency !!! Le bonheur du 9.3.

Vous faites erreur, Pado, Bury est à Margency. GAG était prof dans un collège du 19e arrondissement, un de mes meilleurs amis a eu le plaisir d’apprendre la langue de Jean Paul avec lui. A Bury, le père Dubet est le prof de musique qui q répéré la voix exceptionnelle de Gérard Lesne et lui a dit de cesser à chanter du Led Zep pour se mettre aux choses « sérieuses ». (pour moi, Led Zep, c’est du sérieux). Je n’ai jamais été élève à Bury mais nous vivions une telle époque fluidité sociale où les grands enjeux symbolico-identitaires étaient verticaux davantage qu’horizontaux. En d’autres termes, les filles/mecs du public couchaient avec les mecs/filles du privé et lycée de Versailles, et on était connement heureux d’être jeunes, ce qui n’est plus tout à fait le cas d’une partie la jeunesse d’aujourd’hui…pas de sida, pas de banquise qui fond, pas de terrorisme dans les concerts de rock etc.
Le suicide était rare, même si le plus brillantissime élève de philo de notre prépa a choisi cette voie de sorite précoce quelques années plus tard…Triste sort que celui de certains surdoués (voir le livre de mon ancien collègue, Carlos Tinoco)…

renato dit: 13 septembre 2019 à 20 h 01 min

Ripetitio iuvat

« L’œuvre de Sartre semble avoir disparu avec les 45 tours, pour cette simple raison j’aime imaginer Borges composer une fiction où le personnage est un intellectuel qui se définit par des lieux communs ; je l’imagine qu’afin de bien conduire sa narration il développe une praxis qui s’appuie sur la tendance du sens commun à faire la différence entre la réalité et l’apparence, entre une réalité de la surface et une réalité de la profondeur, entre divers genres de situations et de choses réelles : en un mot, popperienne — ou dans ces eaux-là —. Il se peut que seulement à ces conditions, seulement en étant dans l’histoire de quelqu’un d’autre, la vie et l’œuvre de J-P. S. trouvent finalement un sens cohérent. Il y a le risque que cela devienne trop métaphysique pour mes goûts ; d’un autre point de vue, que la précision de l’imaginaire borgesien soit un trop beau cadeau pour un intellectuel qui a préféré croire que manifester avec des étudiants « en carrière » aurait pu combler les vides laissés par son incapacité d’interroger la littérature et en conséquence le concept de vérité — ce qui m’induit à relever le fait qu’il n’y a pas de contiguïté esthétique entre les lourdeurs de Sartre et la légèreté de Borges, ainsi je laisse tomber ma rêverie et je passe à autre chose ».

Bloom dit: 13 septembre 2019 à 19 h 39 min

« critique de la raison dialectique ».

Le pratico-inerte, grande affaire de nos années de philo:
« La contre-finalité peut devenir fin pour certains ensembles: les premières machines à vapeur sont bruyantes; les techniciens -…- proposent de diminuer le bruit. Mais l’ensemble pratico-inerte (« complexe » fer-charbon », le premier patronat, premières apparition du machinisme) exigent d’être maintenu comme affirmation matérielle de la puissance humaine(cad, de la puissance d’une nouvelle classe produite dans le cadre du changement du mode de production, donc ‘contre’ les propriétaires fonciers et contre les ouvriers) ».
Tome I – p.260
Pensée utile au moment présent.

Marie Sasseur dit: 13 septembre 2019 à 19 h 38 min

Et Al, no way, je répondai au keuf de 18h28 qui s’inquiète savoir si je vais me casser pour le week-end, et être hors-ligne, la réponse est: oui.

Je ne vous conseille pas la lecture de ce Japon d’Atlan, Et Al.
Ses motivations pour le Japon sont tellement fabriquées, que la question -litteraire- Pourquoi le Japon ? dans son cas, c’est risible.

hamlet dit: 13 septembre 2019 à 19 h 38 min

parce que, désolé de le redire, mais la voix de Jaroussky, question « incarnation » c’est du zéro pointé !

limite on ferait un concours de la voix la moins incarnée de tout le paysage du chant lyrique je le mettrais en première place !

alors que Scholl… Dieu que sa voix est incarnée à Scholl, elle déborde d’incarnation, de profondeur incarnée.

et comment les gens peuvent-ils ne pas l’entendre ?

à cause de la critique ! et voilà on y revient toujours.

et Cécilia Bartoli, question incarnation, c’est pareil.

alors peut-être les gens, l’incarné, c’est pas un truc important pour eux, limite ils s’en tapent.

sauf que ça ne marche pas, parce que la musique c’est l’émotion, et l’émotion passe par quoi ? l’incarnation : pas d’incarnation = pas d’émotion, et pas d’émotion = pas de musique.

et voilà c’est simple comme bonjour !

et pour les livres c’est pareil, c’est simple comme bonjour, il suffirait que les critiques disent une bonne fois pour toutes que Nothomb et Darrieussecq c’est 2 grosses daubes et hop ! après on en parle plus.

le problème est qu’elles font vendre, comme Jaroussky, du coup ersonne ne va scier la branche…

ou alors refiler le Goncourt à Nothomb ou à Darrieussecq, juste pour aller jusqu’au bout de la logique.

hamlet dit: 13 septembre 2019 à 19 h 29 min

« Bloom : Une voix « incarnée » »

merci Bloom, comme quoi les intellos ça peut parfois servir à quelque chose : c’est le mot « incarné » qui manquait à mon commentaire destiné à pablo !

et maintenant c’est trop tard : je l’ai déjà envoyé.

quelle misère de ne pas être capable de trouver les bons mots, c’est pour ça que je ne serai jamais écrivain, mon Dieu quelle misère !

en plus c’est hyper injuste : ceux qui savent écrire n’ont absolument rien à dire, et moi qui avais tant de choses à dire je ne sais pas écrire.

quel est le crétin qui a conçu ce monde !!!

hamlet dit: 13 septembre 2019 à 19 h 25 min

Christiane, c’est pour ça que je citai ce livre de Sarte « critique de la raison dialectique ».

ce que vous dites dans ce dernier commentaire contredit votre commentaire précédent dans lequel vous vous montrée « vacharde » vis à vis des « autobiographies ».

nous vivons dans un monde « lisse » : nous parlons de ce que nous aimons pour en faire l’éloge, mais nous ne parlons pas de ce qui nous pose problème.

vous comprenez que ce lissage de la société a pour effet de faire disparaitre le conflit et pour en revenir à Sartre une dialectique qui permet aux sujets d’affirmer leur subjectivité et toujours comme le dit Sartre dans ce livre leur vérité comme élément appartenant à une « vérité mouvante ».

il me semble que la grande erreur est d’imaginer que de cette forme lisse donnée au monde va naitre une société apaisée.

mais c’est faux ! parce que le conflit (pour ne pas dire la guerre) continue d’exister, il suffit d’aller chercher pour le trouver au coin de notre rue.

et donc voilà une monde « culturel » où tout est lissé en évitant les avis négatifs, et un autre monde « réel » où le conflit persiste.

de ce décalage nait une dénégation de monde.

alors c’est vrai, si nous regardons de près le profil socio économique des écrivains (cf livre de Lahire) on s’aperçoit que la quasi totalité des écrivains appartiennent à un petit monde hyper réduit : ils se ressemblent tous !

du coup quel intérêt de créer du conflit dans un petit entre soi où tout le monde se ressemble ?

ce serait l’objection que je ferais à moi-même : il n’y a aucun intérêt à créer du conflit dans un monde homogène, dans la mesure où l’hétérogénité de ce monde apparait à l’extérieur de la littérature !

est-ce bien cela ce que nous attendons des livres : que des gens qui se ressenmblent tous entres eux parce qu’ils appartiennent tous au même tous au même milieu se caressent dans le sens du poil ?

le système est apoértique, il se mord la queue !

voilà pourquoi on peut en vouloir à la critique, d’avoir fini par construire un monde qui n’est rien d’autre qu’une impasse !

et alii dit: 13 septembre 2019 à 19 h 25 min

et alii dit: 13 septembre 2019 à 18 h 28 minbizarre, je ne vous ai pas parlé de femmes « qui écrivaient »-sauf peut-être des cartes postales et des mails-mais de femmes amies qui peignaient;l’une d’elles, mon amie, fille de profs;mais vous entendez ce que vous voulez:cela dit quand on écoute quelqu’un qui se confie, il vaut mieux ne pas lui balancer ses fantasmes et suivre à peu près sa narration;
bonne soirée ;je n’ai pas besoin de « confident-e-s »
cette amie dont je parlais connait le japon, elle;

Bloom dit: 13 septembre 2019 à 19 h 21 min

Andreas Scholl

Merci de le citer, hamlet. J’écoute très régulièrement ses Cantatas de Bach, chez Decca. Une pure merveille. Une voix « incarnée », comme celle de l’ancien rocker de Margency. Il fut un temps où James Bowman était ma référence, mais tout en lui conservant mon admiration, je préfère Scholl et Lesne.

Marie Sasseur dit: 13 septembre 2019 à 19 h 17 min

Et les libraires dans leur ensemble, collaborent. Tu as le droit de prendre cette réflexion, au sens istorique.

Ils collaborent tellement bien que c’est juste s’ils ne présentent pas cela comme un jeu que l’on voit dans des fêtes foraines, une sorte de pinata party, avec des pochettes surprises, presque toutes identiques, sauf que des fois c’est vendredi 13.

http://www.lalettredulibraire.com/Calendrier-des-prix-littéraires-de-l-automne-(2019)

Prions pour ceux qui n’ont rien à voir avec ce business, et surtout qui n’en ont pas besoin, échappent à ce jeu de massacre.

christiane dit: 13 septembre 2019 à 19 h 07 min

@renato dit: 13 septembre 2019 à 19 h 02 min
Oui, j’ai compris cela mais se séparer ainsi de ces « villes invisibles », je cale.

christiane dit: 13 septembre 2019 à 19 h 05 min

@hamlet dit: 13 septembre 2019 à 18 h 55 min
Ah… Je les aurais donc mal compris.
La critique littéraire vacharde ? Il faut vraiment qu’elle soit étayée par une lecture scrupuleuse et réfléchie pour être acceptable.
J’ai lu Soif d’Amelie Nothomb pour me faire une idée de ce livre dont on parle. Si j’étais un critique littéraire crédible, j’écrirais un papier négatif mais je ne le suis pas. Si cela vous intéresse je vous dirai pour quelles raisons j’ai déjà oublié ce roman.

Marie Sasseur dit: 13 septembre 2019 à 19 h 03 min

à 18 h 28 min
Ne te fatigue pas tant le cerveau, tu vas nous faire un accident.

Moi je relis la fin du billet de Passou , écrit d’un pays lointain: il viendra un moment où on demandera au libraire un vrai roman. Apparemment, on lui a refourgué de la daube, une fois de plus, et il est obligé de lire, lol.

renato dit: 13 septembre 2019 à 19 h 02 min

« L’abandonner. Oh, c’est difficile… »

Le but de l’exercice, christiane, c’est de donner une deuxième vie à un livre. Une vie non déterminée comme elle le serait celle d’un livre donné à une connaissance, une bibliothèque. Aléa, donc : quelqu’un le trouve il peut l’ouvrir et le lire ; le jeter dans la poubelle ; le mettre de côté car il peut faire une bonne étrenne et ainsi de suite.

christiane dit: 13 septembre 2019 à 18 h 58 min

@et alii dit: 13 septembre 2019 à 18 h 28 min
Entre écouter et se raconter, il y a un océan. La publication de certaines autobiographies me met mal à l’aise surtout quand les êtres que l’écrivant évoque sont encore vivants ou présents dans le souvenir de leurs proches et qu’on les salit injustement, sans droit de réponse. Cela me révulse, tout ce déballage s’il est publié m’écœure. Qu’ils l’écrivent pour eux si c’est indispensable, qu’ils le confient à un ami, soit. Quant aux lecteurs qui sont amateurs de ces écrits…

hamlet dit: 13 septembre 2019 à 18 h 55 min

Christiane, je l’ai lu, ce que vous écrivez m’attriste moi aussi.

sérieusement Christiane, je ne vois pas trop qui je suis, moi, un petit lecteur amateur lambda, pour mettre Paul Edel « plus bas que terre ».

Ce que je me suis permis de reprocher à Edel je le reproche à la « critique » en général.

PArce que justement j’accorde à la critique un rôle important dans la société, dans la cité au sens politique athénien, si vous revenez trois mille ans en arrière dans la cité athénienne vous verrez que tout tourne autour de la critique.

la critique c’est le coeur de l’action politique, c’est ce qui nous permet de lutter contre le monde, en nous donnant des idées fortes contre lesquelles les hommes peuvent se confronter.

regardez ce qu’était la critique jusque dans les années 50-60 : c’était un monde vivant, un monde plein d’énergie parce que rempli de convictions fortes que chacun défendait avec son coeur et avec ses poings.

c’est ce que j’expliquais à pablo, aujourd’hui le soupçon pèse sur la culture, de ce soupçon ne peut naitre rien de bon. Vous parlez de ce livre sur la guerre qui vous a bouleversée, il faut juste espérer que les gens ne s’endorment pas pour permettre que cette histoire ne recommence.

Voilà, à par ça j’ai bien sûr la plus grande admiration pour Edel, j’ai appris un million de choses grâce à son blog, d’auteurs et de livres que je n’aurais jamais connu sinon.

mais peut-être que je mise trop sur l’importance « sociale » des livres, c’est peut-être juste des petits objets personnels, permettant d’éprouver des émotions personnelles, rire, pleurer, frémir dans son coin, comme ces gamins qui sont le nez plongé sur leur console de jeux vidéo.

christiane dit: 13 septembre 2019 à 18 h 43 min

@renato dit: 13 septembre 2019 à 18 h 12 min
Ah c’était vous ! je n’avais pas compris. Je crois que je n’aurais pas pu le faire. Pas celui-là. Le donner à un ami, oui. L’abandonner. Oh, c’est difficile…
Il m’est arrivé de donner certains livres dont je voulais me séparer à des bibliothèques, des associations. J’ai dû laissé une deuxième chance à des livres qui ne m’avaient pas plu au point de les garder. Il m’est aussi arrivé d’en détruire certains que j’aimais comme pour effacer une présence, l’éloigner à jamais. Une sorte de sacrifice pour repartir allégée…

hamlet dit: 13 septembre 2019 à 18 h 35 min

il faut dire le livre qu’on lit ?
c’est un nouveau jeu ?
on gagne quoi ?

moi je lis l’art de l’oisiveté de Hermann Hesse !

je l’ai commencé en 1996, je le lis juste par chapitre : un chapitre tous les 2 ans.

hé ben même si ça a été écrit il y a longtemps c’est un livre vachement d’actualité !

en tout cas les chapitres que j’ai commencé à lire dans les années 90 étaient vachement d’actualité à l’époque.

après vous faites un tirage au sort pour savoir le gagnant ?

christiane dit: 13 septembre 2019 à 18 h 34 min

@Hamlet
Afin que tout soit clair puisque j’évoque certains de vos commentaires (dans le 14h55), je tiens à ajouter que l’homme ou la femme qui se cache derrière un livre, une critique littéraire ou un commentaire peut être un parfait goujat, voire un pervers, un être infréquentable, un sournois ou un couard mais qu’on peut apprécier leur écriture.
Dans ce cas, mieux vaut ne pas les avoir rencontrés dans la vie. Les fuir, même. Juste les lire…

Janssen J-J dit: 13 septembre 2019 à 18 h 28 min

15.41 yes, en matière d’emballage de macchabées, y’aurait des choses à revoir question écologie mais dans les funérariums, on peut pas les brûler comme dans une chambre à gaz ou comme chez les hindous, désolé. Si vous avez une autre solution, suis preneur, quoiqu’un brin fatigué comme passou. Z’êtes toujours là ?, pétaradante inlassable tjs par monts & vaux virtuels, telle la diane chasseresse traquant la porrection du verbe chère à p. klossovski. What’s a vamp !

et alii dit: 13 septembre 2019 à 18 h 28 min

par contre, j’écoute assez volontiers quand on me parle d’une personne, de la manière dont elle a vécu son « histoire »;
j’ai une amie qui me raconte l’histoire d’une de ses amies qui peint ;la mère-qui était maltraitante-de cette femme, qui a eu il n’y a guère des accidents sérieux pour lesquels elle fut hospitalisée ,-mon amie me raconte comment elle a surmonté sa douleur et sa détresse, parce qu’elle était seule, ayant accompagné son mari qui avait choisi l’euthanasie, comme elle me raconta qu’elle avait pardonné à son père, également maltraitant, en comprenant qu’il avait été poussé dans la cruauté envers la fille par sa femme, jalouse, et qui considérait que l’enfant l’avait privée, elle, la mère, grande bourgeoise, de sa propre vie;
c’est cette femme maltraitée enfant, qui peint :de l’aquarelle et qui a donné à mon amie le gout de peindre:elle s’attelle à dessiner et peindre tous les soirs, quand elle en a fini avec les devoirs « de » ses enfants!

Delaporte dit: 13 septembre 2019 à 18 h 15 min

Vendredi 13 : j’ai voulu savoir si j’avais de la chance. J’ai acheté un billet Astro à 2 € (une fortune !) qui me promettait un jackpot de 25000 €. De quoi inviter Chantal à faire une promenade. Hélas, après grattage, je gagne tout juste 2 €, soit quand même le remboursement de mon ticket. Je n’appelle pas ça la chance. Je suis déçu.

et alii dit: 13 septembre 2019 à 18 h 15 min

Une belle écriture c’est cela pour moi : une facture, une signature reconnaissables et que l’on n’oublie pas…EFFECTIVEMENT!
c’est autre chose que ce que beaucoup entendent par « bien » écrit!
bien rare que l’histoire aujourd’hui me captive; que ce soit elle qui m’attache au livre!

renato dit: 13 septembre 2019 à 18 h 12 min

« Pourquoi pensez-vous qu’il a été « abandonné » ? »

C’est le premier livre que J’AI abandonné. Pourquoi ? Avec des amis et amies nous avions beaucoup discuté autour d’une proposition de Borges. Nous étions convenu qu’un livre c’est un espace et avions décidé d’en laisser quelques-uns « à ses divers futurs ».

Delaporte dit: 13 septembre 2019 à 18 h 11 min

« Ce sont les mêmes mots, sauf pour certains poètes (Queneau – Michaux…) et une langue naît, sonne durablement à l’oreille. »

Des pointures. J’aime beaucoup aussi les romans de Queneau. Zazie, c’est chié ! Le début où elle parle de Napoléon, cet « enflé » ! Je relis toujours ça avec une grande joie.

Delaporte dit: 13 septembre 2019 à 18 h 08 min

« Clopine, il me semble que vous aviez donné il y a longtemps -sur la RDL- un début de portrait de votre mère, qui était un début intéressant,et dénotait un sacré caractère (je n’ai pas dit mauvais caractère..) .. avez vous développé ce portrait? »

Mère Clopine nous avait aussi parlé de son oncle résistant, qui avait dessoudé un Allemand. C’était passionnant, avais-je trouvé, sauf que Mère Clopine ne s’intéressait pas à cette histoire où l’héroïsme de son oncle était pourtant époustouflant. Son courage aussi. La mémoire, c’est important, surtout aujourd’hui, avec toutes ces villes françaises qui vont passer à l’extrême droite, comme l’annonce Le Monde. Pas étonnant que Mère Clopine fasse passer à l’as sa mère : même traitement que pour son oncle résistant. Que c’est dommage. Pour le coup, il ne faut pas passer sous silence les cas exemplaires qui peuvent redonner courage aux Français et à sa jeunesse nihiliste qui se drogue et ne va plus à la messe. Mère Clopine, vous avez une grande responsabilité là-dedans, à votre échelle certes, mais quand même. Popaul a raison.

christiane dit: 13 septembre 2019 à 17 h 52 min

@et alii
Et Pourtant, il m’arrive d’oublier l’histoire racontée et de relire juste pour me satisfaire du bonheur d’une écriture juste, fluide ou heurtée, de la musique des mots, du rythme des phrases. C’est fou ce que certain(e)s arrivent à créer avec les mots de tous. Ce sont les mêmes mots, sauf pour certains poètes (Queneau – Michaux…) et une langue naît, sonne durablement à l’oreille. Une belle écriture c’est cela pour moi : une facture, une signature reconnaissables et que l’on n’oublie pas…

christiane dit: 13 septembre 2019 à 17 h 45 min

@renato dit: 13 septembre 2019 à 16 h 40 min

« Le livre abandonné à Heidelberg Les Villes invisibles de Calvino. »
Le premier roman que j’ai lu de lui… Un enchantement… Pourquoi pensez-vous qu’il a été « abandonné » ?

christiane dit: 13 septembre 2019 à 17 h 42 min

@renato dit: 13 septembre 2019 à 16 h 36 min
Vous êtes inclassable, Renato. Poète, promeneur, épris de beauté et très amusant dans vos cheminements pour choisir un livre. Merci.

Paul Edel dit: 13 septembre 2019 à 17 h 39 min

Clopine, il me semble que vous aviez donné il y a longtemps -sur la RDL- un début de portrait de votre mère, qui était un début intéressant,et dénotait un sacré caractère (je n’ai pas dit mauvais caractère..) .. avez vous développé ce portrait?

renato dit: 13 septembre 2019 à 16 h 36 min

christiane, un livre dont un libraire et un lecteur discutaient pendant que je flânais dans une librairie ; celui que j’ai vu lire dans le train par une passagère qui cachait l’hilarité ; celui que j’ai vu lire par un vieil homme sur un banc au parc ; ceux avec des personnages que je n’aime pas ; ceux dont je n’ai jamais entendu parler.

Par contre je ne lis jamais les livres dont j’ai entendu parler jusqu’à l’exaspération.

Il arrive que je trouve des livres abandonnés que je lis toujours.
À partir de 1973 j’abandonne certains des livres que j’ai lu dans des lieux publics — bars, parcs ; restaurants… —. L’idée est borgésienne et quelqu’un trouvera la source. Le premier je l’ai abandonné à Heidelberg.

Incidemment, «intéressant» est un mot du glossaire critique de la musique romantique, si ma mémoire est bonne, isolé et valorisé par Schumann.

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