de Pierre Assouline

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La République des livres
N° 98 Les pas perdues de Michel-Ange

N° 98 Les pas perdues de Michel-Ange

Par Jacques Drillon

Les gens qui, à l’instar de notre éblouissant premier ministre, ne peuvent s’exprimer sur aucun sujet, la politique intérieure, la sécurité, la manière de déboucher un lavabo, sans que chacun se dise aussitôt, en levant les bras au ciel : Mais mon pauvre garçon, qu’est-ce que tu peux bien en savoir, de tout ça ?

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Sarkozy et ses montres à montrer
Deux Breitling Navitimer (5 000 et 10 000 €), une Rolex Daytona (13 000 € pour l’édition 1998 en or blanc), une Rolex Oyster (4 000 €), une Breguet Réveil du Tsar (25 000 €), une Pequignet Moorea (4 000 €), une Patek Philippe 3940 perpétuel automatique en or blanc (56 000 €), une Girard-Perregaux modèle 1996 en or blanc série limitée portant le numéro 28 (le jour de son anniversaire) à équation du temps (29 300 €).

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(Suite)
Le soir où Nicolas Sarkozy avait demandé l’heure exacte aux techniciens du studio de télévision où il allait intervenir ; il avait dû défaire sa montre de luxe pour la remettre à l’heure ! Il aurait dû se faire offrir une Swatch à quinze euros. (François Hollande a retenu la leçon, qui arborait la sienne fièrement.)

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(Suite)
L’« équation du temps » désigne la différence entre le temps solaire moyen (qui serait celui d’un rayonnement solaire se déplaçant à vitesse constante sur l’équateur, alors que la terre est inclinée, que son orbite est une ellipse, et que sa vitesse de déplacement est variable), et le temps vrai, indiqué par un cadran solaire ; autrement dit : la différence entre le temps « civil », régulier, et le temps solaire, irrégulier. La variation peut atteindre quinze minutes par jour. Une montre à équation du temps indique cette différence par l’affichage d’un + ou d’un –, ou même par une grande aiguille séparée, comme on sait le faire chez l’horloger suisse Blancpain depuis 2004. On peut dire que la mise au point de ce prodige de mécanique est l’événement le plus brillant du quinquennat de Jacques Chirac, pour ne pas dire le seul. Malgré ses efforts, Nicolas Sarkozy n’a pas pu faire mieux.

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(Fin)
Grande nostalgie de l’époque Sarkozy, où rigolades, colères, incrédulités, étaient quotidiennes, et non pas hebdomadaires, comme c’est le cas actuellement. Macron, petit bras.

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Monter dans la hiérarchie, comme un suppositoire.

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La mort accidentelle, qui empêche de savoir de quoi l’on serait mort naturellement. Ignorance frustrante, causée par cette gifle donnée au destin biologique de chacun, inscrit dans ses gènes ou ailleurs. Mais la mort accidentelle a pour elle d’être d’une diversité consolante, en regard des maladies mortelles, d’une humiliante banalité : cancers, maladies cardiovasculaires… (D’ailleurs, cette frustration est d’une durée très limitée.)

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Les hommes très riches, qui ont rarement besoin de porter un pull en hiver ; d’abord parce qu’ils portent des costumes d’alpaga et des pardessus de cachemire, ensuite et surtout parce qu’ils ne font que passer d’un lieu chaud à un autre lieu chaud.

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Les femmes enceintes, rarissimes dans la peinture classique, hormis la Vierge Marie.

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(Suite)
Michel-Ange, qui en montre au plafond de la Sixtine, à côté de juifs portant un brassard ou une rouelle jaune. 

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Attendu que dans la marche :
1. le choc des pieds sur le sol envoie l’ordre aux cellules qui détruisent les os d’arrêter leurs conneries
2. le choc des pieds sur le sol envoie l’ordre aux cellules réparatrices des os de se mettre au travail et fissa
…nous tirons que :
1. il est préférable de marcher plutôt que de faire du vélo (fractures spontanées chez les cyclistes jeunes marchant insuffisamment)
2. il est préférable de marcher avec des talons durs, qui envoient des ordres clairs et indiscutables, plutôt qu’en baskets, dont les messages sont mous et ambigus.

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Les animateurs de radio, France Musique ou Radio Classique, persuadés qu’on n’attend qu’eux, que leur voix nous fait défaut dès qu’elle fait place à de la musique, et qui s’empressent de reparler dès qu’elle est terminée, au point de ne jamais laisser la résonance finale s’éteindre tout à fait.

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Le cardiologue : un plombier qui ne laisse pas voir sa raie des fesses quand il travaille.

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Sermon sur la parité
« Mes bien chers frères, mes bien chairs fraîches ! » (S.-A.)

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(Parité, suite)
Cigarette & café. Une bouffée, une gorgée, une bouffée, une gorgée…

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(Dernière minute)

Une universitaire américaine, spécialiste de « black studies » et présidente d’une association noire, a été dénoncée par sa famille : contrairement à ce qu’elle veut faire accroire, elle n’est pas noire, mais blanche. Elle se grime la peau, se frise les cheveux, mais elle est incontestablement blanche. Comment ? réplique l’intéressée, je me sens noire, je veux être noire, je suis noire : le sexe est genré, un homme peut devenir femme s’il se sent femme, la racialisation aussi est une construction sociale, je suis donc noire. Volée de bois vert de la part des Black lives matters : appropriation culturelle ! N’est pas noir qui veut !

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Ils ont aimé Le cul rose d’Awa (Du Lérot éditeur) :

« Je l’emporte toujours dans mon bain » (Cléopâtre).

« Je ne parviendrai jamais à cette concision oblique, tintinnabulante, mordorée » (Marcel Proust).

«  J’ai attendu de l’avoir lu pour aller me pendre » (Judas Iscariote).

«  C’est un bouquin que je veux apprendre à lire dedans » (Frank Ribéry).

«  Je l’ai emporté en croisade, je le lis sur les aires d’autoroute » (Louis IX).

«  Voilà un livre de conquérant, qui devrait prendre en tenaille l’arrière-garde des romanciers actuels » (Napoléon Bonaparte).

«  Je l’emporte toujours dans mon bain » (Marilyn Monroe).

«  Le cul rose d’Awa est la plus grande merde qu’on puisse imaginer, je lui pisse à la raie, et je pèse mes mots [I mean it] » (Donald Trump).

« Ça me change, si vous voyez ce que je veux dire ! » (Arielle Dombasle).

« Ce Drillon me rend jaloux » (Félix Fénéon, Peter Handke, Frédéric Nietzsche, Georges Christophe Lichtenberg ).

« Un pareil don d’observation me laisse pantois » (Jean-Henri Fabre).

« C’est bien, mais je ne comprends pas le titre » (Akira Kurosawa).

« C’est bien, mais je ne comprends pas le titre » (Kiyoshi Kurosawa).

« Je l’emporte toujours dans mon bain » (Colette).

« Ceux qui lisent le Traité de la ponctuation française et pas Le cul rose d’Awa sont des cons » (Professeur Choron).

« Quand je pense que j’ai refusé ce manuscrit ! Je ne m’en remettrai jamais » (André Gide).

« C’est un livre dangereux, sans aucune morale » (François de La Rochefoucauld).

« Puisqu’on ne le trouve pas sur Amazon, ni sur Fnac.com, je l’ai commandé directement chez l’éditeur, qui ne fournit pas le coupe-papier, je le précise. Mais j’en suis content » (Pierre Bellemarre).

« Je l’emporte – hic !- toujours dans mon – hic !- bain » (Françoise Verny).

« On y apprend mille choses » (Agnan).

« Ça ne vaut rien, je n’y ai pas trouvé la moindre idée reçue » (Gustave Flaubert).

« Il danse avec la langue ! » (Jacques Chazot).

« Écrit sur un PC intel i5, par un homme d’1,82 m, porté sur le tabac blond de Virginie, affecté d’une verrue plantaire au pied gauche, hétérosexuel de type 4b, et auquel il ne reste plus que trois bouteilles de pommard 2015 » (Sherlock Holmes).

« Vous croyez qu’on peut l’emporter dans son bain ? En même temps il est un peu jeune… Il faut respecter les gestes barrière ?» (Brigitte Macron).

j.drillon@orange.fr
(Tous les vendredis à 7h 30)

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La troisième série de petits Papiers (Papiers découpés), parus sur Bibliobs.com, fera l’objet d’une publication en volume et n’est plus en ligne. La première (Papiers décollés) a été publiée sous le titre Les fausses dents de Berlusconi (Grasset, 2014), la deuxième (Papiers recollés) sous le titre Le cul rose d’Awa (Du Lérot 2020, disponible sur commande en librairie ou chez l’éditeur.

Cette entrée a été publiée dans Les petits papiers de Jacques Drillon.

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