de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Poésie

Ce matin en me levant…

Ce matin en me levant…

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ce matin en me levant je n’avais aucune envie de faire quelque chose pas même de ramasser un navet même l’idée de manger m’indispose je vois quelqu’un qui passe mais je n’ose frapper au carreau car en ce bas monde cela ne se fait pas il est immonde d’interpeller quelqu’un sur le trottoir même si la beauté qui tant abonde nous fait croire à je ne sais quel espoir (in Le Pain Quotidien, La Table Ronde, 2006)                     j’accroche à mes pensées l’idée suspecte 
de durer sans savoir à quoi durer 
à longueur […]

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Michaux, Henri, poète sachant dire non

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Non ! Il en est qui ont besoin d’une vie pour apprendre à savoir dire non. Toute une vie ou presque, mais si ils y parvenaient avant, ce ne serait pas plus mal. Un simple « non » mais manifestement difficile à prononcer si l’on en juge par sa rareté, sa difficulté, sa violence. Il n’est pas de plus éclatant gage de la liberté conquise que cette faculté de refus. Henri Michaux fait partie, avec Léon-Paul Fargue et quelques autres, de cette poignée d’écrivains dont leur éditeur Gaston Gallimard disait qu’ils étaient le plus grand obstacle à la diffusion de leur œuvre. Nul […]

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Une vérité tirée du silence

Une vérité tirée du silence

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Quel écrivain des années 50 aurait imaginé que son courrier serait édité au vingt et unième siècle grâce au mécénat de la Poste, notre bonne vieille poste des facteurs à la ville et aux champs, par le biais de sa Fondation d’entreprise ? C’est le cas entre autres de la Correspondance (336 pages, 28 euros, Gallimard) échangée entre 1954 et 1968 par les deux poètes qui ont dominé leur époque, René Char en langue française, Paul Celan en langue allemande. La clandestinité des années de guerre, leur lecture des présocratiques, le surréalisme, la politique, leurs relations avec les femmes, la passion de […]

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Le rêve d’impuissance des Portugais selon Eduardo Lourenço

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Y a-t-il un essayisme heureux ? On mettra certainement sur le compte de la saudade, variante de la mélancolie mais dans ce qu’elle a de plus heureuse et blason de la sensibilité portugaise, le fait qu’Eduardo Lourenço ne voit dans cette pratique exclusive de son métier d’écrivain que désastre personnel et vision tragique de la vie. Moins connu que George Steiner, Claudio Magris, Roberto Calasso ou le regretté Simon Leys, il est pourtant de la même famille. Cela n’a rien de politique. Juste qu’ils ont en commun une intelligence du cours des choses littéraires et poétiques, assise sur une fascinante érudition […]

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Ingeborg Bachmann, une poésie qui ne se résigne pas

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Il y a comme ça des livres qu’on guette, qu’on attend, qu’on espère ou qu’on se désespère de ne pas voir paraître à l’horizon. Oh, n’exagérons rien, on survit et on ne sache pas qu’un inédit qui le soit demeuré ait jamais poussé un lecteur au suicide. Tout de même, quel bonheur de découvrir enfin l’anthologie poétique des années 1942-1967 d’Ingeborg Bachmann (1926-1973) publiée il y a quelques jours sous le titre Toute personne qui tombe a des ailes (588 pages, 13,50 euros, Poésie/Gallimard), un vers chu d’un poème, on s’en doute, dans une exigeante édition bilingue de Françoise Rétif […]

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La parole retrouvée de la poésie slovène

La parole retrouvée de la poésie slovène

Françoise Siri

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On connaît peu la poésie slovène en France. L’occasion nous a été donnée de la découvrir en octobre, à la Sorbonne, où l’on recevait Barbara Pogačnik, lumineuse poète de quarante ans, ayant déjà trois recueils derrière elle et des traductions dans plus d’une vingtaine de langues. L’un de ses traducteurs français est un poète singulier et rare, Guy Goffette, qui retrouve dans la poésie de cette jeune femme un écho à sa propre mélancolie :  « Grand­mère est assise au milieu de sa chambre, / dans la lumière des tableaux peints par sa mère. / Le reflet de l’argenterie terne se pose […]

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Rimer avec l’auteur, reproduire le rythme

Rimer avec l’auteur, reproduire le rythme

Claude Neuman

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J’ai à ce jour traduit les vingt huit Poèmes tardifs (« Späte Gedichte ») d’Hölderlin consacrés aux thèmes des saisons et de la Nature, ensemble pour lequel j’ai commencé, sans trop d’illusion, à chercher un éditeur ; une cinquantaine de Sonnets de Shakespeare -il m’en reste une centaine, ce qui m’occupera sans doute jusqu’à la fin de l’année au moins ; une quinzaine de poèmes de Robert Frost ; et ponctuellement quelque autres poètes de langue anglaise ou allemande. L’été Au doux murmure des vents vont les journées en voyage, Quand la splendeur des champs elles échangent pour les nuages, La fin de […]

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Lydie Dattas dans sa nuit outrenoire

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Ceux qui cherchaient à définir la couleur propre à La Nuit spirituelle (2013) de Lydie Dattas savent désormais qu’elle était non pas noire mais outrenoire. Pierre Soulages n’y était pas nommé alors qu’il éclate cette fois en toutes lettres, comme un aveu comme une confession, dans La Blonde (92 pages, 9,50 euros, Gallimard). Ce court texte ne lui est pas dédié directement mais à Celui qui est au-dessus de lui, et qui gouverne les jours et les nuits « Pour le Maître du maître du noir, in saecula saeculorum ». On sait que Lydie Dattas ne fait pas dans la nuance, le […]

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L’entre-soi contre la poésie

L’entre-soi contre la poésie

Françoise Siri

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Nous vivons aujourd’hui dans une bien étrange société française totalement minée par la peur -les peurs diverses et variées. La peur suscite dans de nombreux corps professionnels une maladie qui n’a jamais été si répandue : l’entre-soi. Chacun le cultive. Par exemple, les professeurs ne parlent qu’aux professeurs, refusant de réfléchir aux nouvelles compétences qu’ils pourraient transmettre à leurs élèves en leur proposant de créer ensemble une page Wikipedia, au lieu de leur donner un devoir classique dont ils trouveront les réponses sur Internet. Les journalistes aussi parlent pour les journalistes, s’éloignant chaque jour davantage du lecteur –prenons l’exemple des pages […]

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Adonis, un sang d’encre

Adonis, un sang d’encre

Donatien Grau

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L’œuvre d’Adonis est la manifestation – et le manifeste – puissants de la pertinence durable de l’idée et de la réalité que recouvre l’expression « avant-garde ». L’œuvre poétique témoigne d’une ambition de dire le monde dans sa pérennité : il est le maître d’une parole mystique qui dépasse largement les frontières de l’actuel, et qui s’accorde à elle-même la légitimité de son ambition. Adonis n’est pas un poète de la crainte, de la peur, ou de la timidité : il est le tenant, face à la menace imposée au Verbe, d’une consolidation et de l’altération de la foi en la capacité pour le langage […]

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