de Pierre Assouline

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La République des livres

Littérature de langue française

Il faut imaginer Jonas écrivain

Il faut imaginer Jonas écrivain

Kamel Daoud

7

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« Une religion, c’est un livre qui a bien marché ». La boutade d’un ancien ami algérois résume, je pense, le rêve ultime de tout éditeur, de tout écrivain, l’explication brève de nos monothéismes, mais pas seulement. On peut l’inverser et défendre l’idée qu’un bon livre devient aussi une sorte de religion. Du moins, pour l’individu qui y retrouve une voix, des personnages et la joie d’être un Dieu qu’on dérange peu. Cette plaisanterie qui n’en est pas une, m’avait frappé par sa justesse. Elle rejoignait mon étonnement ancien, de l’époque de l’adolescence, à propos du « Livre Sacré ». Comment pouvait-on soutenir que Dieu était […]

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Pour saluer Eric Holder

Pour saluer Eric Holder

983

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Ce sont souvent les livres qui font le moins de bruit qui provoquent les frémissements les plus durables. Eric Holder, qui vient de nous quitter à 58 ans, était l’un des moins agités. Ses fidèles le savent bien, qui le suivent depuis ses Nouvelles du Nord (1984) et l’ont accompagné sur ses sentiers délicats avec La Belle jardinière, En compagnie des femmes, l’Homme de chevet ou Mademoiselle Chambon (ces deux derniers portés à l’écran de même que Bienvenue parmi nous), La saison des bijoux, La Belle n’a pas sommeil, une trentaine de livres en tout, pour citer les traces les plus immédiates que […]

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Le vrai Albert Cohen, enfin !

Le vrai Albert Cohen, enfin !

598

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Les lecteurs de la Comédie humaine, des Rougon-Macquart, des Hommes de bonne volonté ou de la Recherche du temps perdu ont toujours su qu’en en lisant séparément l’un des volumes, il s’agissait de la partie d’un tout, laquelle en principe pouvait se comprendre et s’apprécier sans connaître l’ensemble. Mais combien de lecteurs d’Albert Cohen (1895-1981) se sont-ils jamais doutés que c’était également le cas ? Enfin, ils peuvent vraiment lire son œuvre. Ceux qui connaissent plusieurs de ses livres diront que c’est déjà fait de longue date – à l’exception des allergiques, des indifférents à son verbe étincelant, Alain Finkielkraut par exemple ne cache […]

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Captorix, mon amour

Captorix, mon amour

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Paraphrasant Woody Allen, notre dernier grand critique, on pourrait dire du Houellebecq nouveau : « J’ai lu Sérotonine, ca se passe en Normandie ». Mais on ne le fera pas. Florent-Claude Labrouste, le narrateur, a 46 ans, roule en 4X4 Mercedes G 350 TD, mange du boudin artisanal au volant, boit du Coca zéro, n’appartient à aucun milieu, vandalise les détecteurs de fumée dans les chambres d’hôtel, vomit les écoresponsables et pense avec nostalgie au bonheur de ses années d’études. Au fond un type d’une nature assez simple qui n’en finit plus de se cogner à la complexité du monde. De quoi être désespéré […]

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Un SMS pour lettre d’@dieu

Un SMS pour lettre d’@dieu

Bernard Morlino

2

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On avait quitté Pierre-Louis Basse quand il jouait à l’écrivain fantôme auprès de François Hollande (Le flâneur de l’Elysée, Stock 2017). On le retrouve avec Je t’ai oubliée en chemin, (Cherche Midi, 125 p., 17 €) en proie à une peine de cœur qu’il a transcendée dans un récit sur la corde raide. Une mise à nu. Un  livre confession qui se lit comme un roman puisque les lecteurs ne connaissent ni l’auteur ni les autres protagonistes. Un texte aussi personnel ne se trouve pas au coin d’une rue même si Pierre-Louis Basse aime les sillonner en long en large, […]

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Nicolas Mathieu en proie à l’effroyable douceur d’appartenir

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Donner un titre énigmatique à son roman, il faut oser. Un risque autant qu’un pari. Car l’introuvable « grand public » risque de passer à côté pour n’y avoir rien compris, voir même rien perçu, au premier coup d’œil. A quoi pense-t-on et que déchiffre-t-on en apercevant au milieu de la couverture du livre de Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018, le titre : leurs enfants après eux (425 pages, 21,80 euros, Actes sud) ? Rien de moins évident. On peut toujours traduire la pensée de l’auteur, lui-même donne sa clé dès l’épigraphe, tirée du Siracide (44, 9), l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament : […]

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Mais malgré tout, ce monde était beau

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Sur 14-18, voyez Barbusse et Giono, voyez Dorgelès et Genevoix ! Ce conseil sous forme d’injonction, des générations de collégiens et de lycéens français l’ont entendu dans la bouche de leurs professeurs chaque fois qu’ils ont eu à plancher sur ladite Grande Guerre. Il est vrai que Le Feu, et Le Grand troupeau, Les Croix-de-bois et Ceux de 14 sont des livres puissants, des témoignages si incontestablement frappés du sceau de l’authenticité –et pour cause ! qu’on n’ose rappeler qu’ils se présentent comme des romans. Seuls les élèves les plus curieux osaient aller voir aussi ailleurs, du côté de La Comédie de Charleroi […]

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De l’obscénité à représenter la violence

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« Bien sûr, les choses tournent mal… ». Six ans après l’attribution du Goncourt à son Sermon sur la chute de Rome, cette phrase récurrente rythme non seulement A son image (220 pages, 19 euros, Actes sud)  mais aussi les précédents romans de Jérôme Ferrari. A l’examen moins un tic d’écriture qu’un mot de passe d’un livre à l’autre. Connue avant tout comme « la femme de Pascal B. », un militant nationaliste qui avait accédé au prestigieux statut de prisonnier politique, l’héroïne est une jeune Corse qui avait commencé au mitan des années 80 à travailler comme photoreporter dans une agence locale du journal de […]

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Bob Morane a 100 ans !

Bob Morane a 100 ans !

François-Xavier Lavenne

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Henri Vernes a 100 ans, mais son œuvre est à jamais associée à la jeunesse. La série des Bob Morane brosse, en creux, un portrait de l’évolution des goûts et des aspirations des adolescents des années 50, 60 et 70, une génération à laquelle Bob Morane a fait découvrir à la fois le monde et le plaisir de la lecture. Avec un héros pilote d’avion et grand reporter pour le magazine Reflet, les premiers Bob Morane s’inscrivent dans la veine des aventures exotiques. De la Papouasie à l’Égypte, des jungles brésiliennes aux savanes du Centre-Afrique, des Antilles à l’Arabie ou au […]

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Pascal Quignard en lambeaux

Pascal Quignard en lambeaux

1334

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Il l’avoue sans détour : il cherche une autre façon de penser à la limite du rêve considéré comme « une vue fascinée enfouie au fond de chaque corps », au bout du songe tenu pour la « séquence d’images involontaires projetées sur la paroi interne », à la frontière incertaine de l’hallucination. C’est même écrit explicitement dès la page 19 de L’enfant d’Ingolstadt (268 pages, 20 euros, Grasset) qui vient de paraître : « Je consacre ce Xème tome à l’ « attrait » de tout ce qui est faux dans l’art et dans le rêve ». Quelques dizaines de pages plus loin, il précise son projet : « Je cherche à méditer cette allergie humaine […]

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