de Pierre Assouline

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La République des livres
Tout donc rien sur Shakespeare (et inversement)

Tout donc rien sur Shakespeare (et inversement)

Quelle merveille, ce livre. Il est vrai que c’est devenu si rare, dans la production du tout-venant tel qu’il se présente à nous d’une rentrée l’autre, d’être émerveillé par la lecture d’un essai qui n’en est pas vraiment un, consacré à une œuvre dont on croit avoir fait le tour de longue date tant elle a été ensevelie sous les commentaires, et à un auteur dont on croit tout savoir alors qu’en réalité on en sait à peu près rien de tangible. Le titre même du livre de Philippe Forest annonce les réjouissances : Shakespeare. Quelqu’un, tout le monde et puis personne (346 pages, 21,90 euros, Flammarion). On ne fait pas plus décalé- et pour cause. Dès les premiers pages, on devine que ce sera une lecture de rumination lente afin de s’offrir le luxe de savourer les suivantes une à une, sans se presser à commencer par la citation de Borges placée opportunément en épigraphe et dont résonne tout le livre :

« Shakespeare ressemblait à tous les hommes, sauf en ceci, qu’il ressemblait à tous les hommes. Au fond de lui-même, il n’était rien, mais il était tout ce que sont les autres, ou tout ce qu’ils peuvent être » (De quelqu’un à personne in « Autres inquisitions »)

L’auteur, sensibilité en liberté et intelligence à ciel ouvert, embarque le lecteur dans une conversation personnelle en marge et à propos de William Shakespeare. C’est donc son histoire qu’il raconte en conteur et fabuliste mais en y glissant ça et là un peu de la sienne. Son histoire, c’est-à-dire la vie du grand Will du moins que l’on croit en savoir. Sauf qu’il ne le fait pas en historien mais bien en écrivain, enquêtant non à partir de preuves mais des traces. Il y a trois siècles, on tenait pour acquis qu’il était né en 1564 à Stratford-upon-Avon dans le comté du Warwickshire, au centre de la vieille Angleterre, qu’il s’y maria et y enfanta, qu’il fit ses débuts dans la vie comme comédien à Londres, qu’il écrivit des poèmes et des pièces de théâtre en assez grand nombre avant de regagner la terre qu’il avait vu naitre, de rédiger son testament, d’y mourir et de s’y faire enterrer.

Voilà tout ce que l’on en savait autrefois et cela n’a guère changé depuis malgré les milliers de livres à lui consacrés. Ils n’ont pas pu se retenir d’ajouter leur petite pierre à la cathédrale de papier, Philippe Forest pour notre plus grand bonheur. Non pour une biographie, Peter Ackroyd y a fort bien pourvu en 2005, ni même pour un essai  analytique de l’œuvre (il y a foule et elle est internationale), ni même pour une antibiographie qui ferait la somme de tout ce que l’on ignore de lui, mais pour un livre d’écrivain sur un écrivain, qui ne déplore pas que l’on en sache si peu de tangible sur le bonhomme et se permet de rappeler que, en son temps, « on ne considérait pas qu’à un livre il fallut forcément un auteur ». Et si ses contemporains avaient tout simplement comblé ce vide en l’imaginant dans sa ressemblance avec un ou des personnages de ses pièces ? Le créateur décalqué de ses créatures, quelle formidable mise en abyme. Ainsi la manière dont Forest creuse les pages que Joyce consacre à Hamlet dans son Ulysses est si convaincante (la clé serait une vulgaire histoire de cocuage, à la grande consternation des university Wits) qu’elle donne aussitôt envie de s’y replonger pour y retrouver ce qui nous avait échappé. Et l’on ne perd pas son temps à regarder de plus près, outre les intuitions de Borges, celles de Hugo et de Claudel lecteurs de Shakespeare.

Quand d’autres se plaisent à demeurer roi de leurs chagrins, Forest l’est de ses anachronismes (cachez donc ces remarques misogynes que nous ne saurions voir, celles du grand Will), doutes, lacunes et allers-retours, jouissant de l’infinie liberté de celui qui décide de ne plus se justifier (comme cela avait pu être le cas lors de sa biographie classique d’Aragon). Mais ne peut-on tout se permettre avec ce génie qui, mystérieusement, ignorait tout des règles et des théories littéraires et dramaturgiques de son temps sans parler de son insignifiante connaissance du grec et du latin mais qui a magnifié la grandeur et illustration du rythme du pentamètre iambique ? Et après tout, que nous apporte les incertitudes de la chronologie et la fiabilité du First Folio lorsque seuls compte, l’émotion, la saveur, la grâce, la puissance comique et l’intelligence des Comédies, Tragédies et Histoires -sans oublier les Sonnets (je me permets de recommander la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan dans l’édition bilingue aux éditions Mesures), « le plus prestigieux coming out poétique de l’histoire littéraire », dont la capacité à nous troubler n’est en rien entamée avec le temps, l’auteur nous invitant non sans ironie à ne pas shakespeariser à la manière consternante des gender studies incapables d’imaginer que, dans le monde d’avant le monde d’avant, il arrivait que des hommes s’aiment sans que cela relève pour autant de l’homosexualité.

Dire que s’entreglosant des spécialistes ont même créé un nouveau genre celui des « pièces à problème » (Mesure pour mesure, Tout est bien qui finit bien), en fait des pièces qui leur posent à eux des problèmes ! Il n’y a pas que la chronologie : du genre aussi on se moque après tout car tout cela est arbitraire et rend impossible de déduire un ordre de sa vie qui découlerait de l’ordre de son œuvre et c’est tant mieux. Toute tentative d’y chercher une cohérence est vouée à l’échec. Philippe Forest a raison d’y voir « un désordre souverain ». Pour léger qu’il paraisse, son vagabondage dans le shakespeareland est d’une telle densité ! Il nous invite à recevoir les intrigues de ce théâtre-là comme des histoires de vendetta entrainant un grand chaos. Régicide ou pas, même s’il est au cœur de presque tout, l’intrigue lui parait invariable de pièce en pièce, inutile de chercher midi à quatorze heures :

« Un homme possède le pouvoir, il le perd, un autre le lui prend, il le conserve un temps, les confie à ses descendants et puis un autre survient qui réclame la couronne pour lui et pour les siens, prétendant rétablir la légitimité qui, autrefois, fut outrageusement bafouée. A son tour, il ne monte sur le trône que pour être aussitôt renversé. Et ainsi de suite »

A chacun son Shakespeare, faites comme il vous plaira. Celui de Philippe Forest, qui développe une intuition de Borges, est des plus séduisants car il s’énonce, s’avance et se déploie dans une langue d’une savoureuse liberté, une langue qui a le souci de la langue, fluide, précise, chaleureuse. La moindre des choses pour un écrivain qui, de toutes les qualités prêtées à son héros, ne place rien au-dessus de sa sweetness, la gentillesse de Shakespeare, sa grande parole de compassion, sa douceur malgré la cruauté et la violence de son univers.

(« Ophélie », huile sur toile de Daniel Maclise, 1842, Tate Britain, Londres ; « The Play Scene in Hamlet », huile sur toile de John Everett Millais, 1851-1852, Tate Britain, Londres )

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

57 Réponses pour Tout donc rien sur Shakespeare (et inversement)

Christiane dit: 21 mai 2026 à 5h41

Rafraîchissant! Ce nouveau livre ne m’étonne pas de Philippe Forest, un écrivain un peu à part de l’entre-soi du milieu littéraire. Indépendant et talentueux.

Jazzi dit: 21 mai 2026 à 6h50

« la terre qu’il avait vu naitre »

Quoi, Shakespeare a assisté à la naissance du monde !
C’était en quelle année ?

Jazzi dit: 21 mai 2026 à 7h23

« L’ex-journaliste de Canal + Jean-Baptiste Rivoire condamné en appel à verser 142 500 euros à son ancien employeur
Le journaliste d’investigation avait critiqué la politique du groupe Canal + et de Vincent Bolloré dans une interview donnée à RSF en 2021. »
https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/lex-journaliste-de-canal-jean-baptiste-rivoire-condamne-en-appel-a-verser-142-500-euros-a-son-ancien-employeur-20-05-2026-IIPKOHMAFFBJ5CZ2Y33OCQZJWQ.php

Jazzi dit: 21 mai 2026 à 7h34

Spécial fête des mères !

« « Ils pleuraient, effrayés » : deux enfants français, âgés de 3 et 5 ans, retrouvés seuls au bord d’une route au Portugal
Les deux petits garçons de 3 et 5 ans, de nationalité française, ont été retrouvés seuls, en pleurs, au bord d’une route au Portugal. Selon les premiers éléments de l’enquête, ils pourraient avoir été abandonnés par leur mère. »

« « Ce que j’ai vu, je ne peux pas le décrire » : à Toulon, un quartier sous le choc après le saut dans le vide d’une mère et trois enfants
La thèse du suicide est privilégiée. La femme qui élevait seule sa progéniture présentait un profil psychologique fragile et a chuté de 13 étages ce mercredi matin. »

D. dit: 21 mai 2026 à 7h44

Ce qu’a fait « l’artiste » « JR » avec le pont neuf est inacceptable. Pourquoi y a-t-il été autorisé ? Et j’ose espérer que le contribuable n’y a pas contribué en étant mis à contribution.
Sans parler du bilan carbone de ce bidule affreux et choquant.

Jazzi dit: 21 mai 2026 à 7h49

« le contribuable n’y a pas contribué en étant mis à contribution. »

Le contribuable parisien serait-il un con puissance3, D. ?

et alii dit: 21 mai 2026 à 7h51

gender
ce n’est certes pas dans « le monde d’avant »,mais »qu’il s’y maria et y enfanta,
dans ce contexte, on attendrait un sujet féminin(une’ femme) à qui acceote certes à enfanter qui accepte certes des sujets masculins
Rare. [Le suj. désigne un homme] Faire un enfant (à une femme). CNRTL

Christiane dit: 21 mai 2026 à 8h44

La conférence que Philippe Forest donne à Nantes (merci pour le lien) éclaire le sous-titre étrange qu’il a donné à son livre (« quelqu’un, tout le monde et puis perdonne »), éclaire aussi ce qu’il a voulu faire en précisant d’autres auteurs qui ont mené avec cet éditeur une exploration fantaisiste et très personnelle d’un écrivain, d’un artiste se permettant « de réinventer son œuvre et de rêver sa vie »(comme Bernadette Lafon avec Cézanne). « Chacun s’invente l’auteur qu’il veut ». Donc, cette réversibilité entre l’autre et soi dans l’écriture d’une biographie lui permet de lier chaque homme à tous les hommes, Shakespeare ? « un homme qui ressemblait à tout le monde donc à aucun homme »aucun homme particulier » puisque toutes les vies finissent par se confondre. Le monde et le théâtre finissent par s’échanger. Et tout ce travail est mené avec une étude fouillée des textes que Shakespeare nous a laissés. D’autres détours par Aragon (Théâtre Roman), James Joyce, Borges.
Une conférence éclairante.

J J-J dit: 21 mai 2026 à 9h07

— Ah ! enfin du nouveau sur J’expire … A chacun son chant du cygne, son cocuage, ses pentamètres iambique, apporte ses incertitudes. Oui, la terre qu’il avait vu naître à Stratford-upon-Avon.
Je ne crois pas devoir lire ce millième opus sur the great Will, dont on ne sait toujours rien. Merci de l’avoir signalé néanmoins dans la RDL,… Il va OQP l’erdélie durant quelques temps. Je dirais, pmp ceci :
— ô Phélie, cheu kanapé (Caroline !)…
… et je me peremettrai ce petit rappel au sujet des connecteurs logiques dus aux conjonctions de coordination, plus précises en français qu’en anglais. Par ex. alors que la résolution 242 des NU stipulait en 1967… « withdrawal from occupied territories » (traduisible par : retrait « de » OU « des » territoires occupés) (une partie ? ou tous les territoires ?), dans la version française, cette ambiguité n’existait pas, ceci expliquant qu’elle soit restée comme la langue de référence en diplomatie.
Pendant ce temps, cela dit, la Palestine attend. On n’aimerait pas être un juif israélien par les temps qui courent avec le gouvernement actuel. Shakespeare aurait été sensible au rêve de l’édification d’une paix de fraternité possible entre un frère israélien et un frère palestinien. En tant que goy moyen, j’y crois également de toutes mes forces sans vraiment y croire, car vu mon horizon, je n’ai jamais été un fou millénariste.
*** @ DHH – J’apprends que l’asyndète permet d’écrire des phrases sans mots de liaison, genre : « elle cria, vociféra, tempêta » ou « j’ai vaincu, j’ai vu, je suis venu »… Le pb, c’est que la simple juxtaposition des mots ne permet pas d’articuler des idées, des phrases ou des paragraphes entre eux. « Je pense, je suis », OK…, mais « je pense, donc je suis », ça craint beaucoup plus, car tu ne peux plus logiquement sortir de cette pensée prétendument cartésienne et l’inverser. Shakespeare n’aurait jamais osé : « I am, so I think ».
Bàv, senoritas. Il va faire très beau, et le moral va s’ébander.

J J-J dit: 21 mai 2026 à 9h13

7.55 Un PROBLEME (problématique) est donc devenu un SUJET.
Bon ! Viktor Klemperer : à l’aide, au secours !

Christiane dit: 21 mai 2026 à 9h42

Forest emprunté à Borges cette pensée : « il ressemblait à tous les hommes, sauf en ceci, qu’il ressemblait à tous les hommes. »
J’ai beau réfléchir, c’est un abîme pour moi…

renato dit: 21 mai 2026 à 10h10

C’est un paradoxe, Christiane : ce qui devrait être la chose la plus normale au monde (ressembler aux autres êtres humains) devient, chez Shakespeare, sa qualité exceptionnelle : il était si pleinement humain qu’il embrassait toute l’humanité. En bref, il est imprégné de toutes les identités possibles.

Chantal dit: 21 mai 2026 à 10h11

qu’est-ce qui est arrivé aux danseuses de Renato, touchées coulées ..?

B dit: 21 mai 2026 à 10h13

Christiane, les autres ne ressemblent pas à tous les hommes. Avec ma logique voici ce que je comprends, il faudrait remuer la dépouille de Borges, convoquer les oracles et peut-être saurions nous quelles sont les qualités communes à tous les hommes et pourquoi la grande majorité à l’exception de William ne possèdent pas ces traits communs à tous et pourtant une règle ferait que la communauté des biens et des maux est exceptionnellement remarquable chez certains êtres aussi rares qu’exceptionnels.

renato dit: 21 mai 2026 à 10h17

Non Chantal, elle est toujours à sa place, dans le fil de précédent.

B dit: 21 mai 2026 à 10h30

Les fleurs représentées sur la toile n’ont pas été choisies par le peintre pour leur seule beauté. Toutes sont porteuses d’une symbolique forte. Avec ses branches suspendues à la surface de l’eau, le saule pleureur symbolise l’amour abandonné. Les marguerites qui flottent près de la main droite de la jeune femme évoquent son innocence. Nouée autour de son cou, la guirlande de violettes, symboles de fidélité, renvoie quant à elle à un passage de l’acte IV, scène V : « Je vous aurais bien donné des violettes, mais elles se sont toutes fanées, quand mon père est mort… On dit qu’il a fait une bonne fin ». Quant au coquelicot rouge, il représente le sommeil et la mort…
Huile sur toile • 76,2 × 111,8 cm • Coll. Tate Britain, Londres

Elizabeth Siddal en

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Une artiste pour modèle : Elizabeth Siddal La beauté d’Ophélie, qui occupe toute la partie centrale de la composition, est hypnotique. On reconnait ici les traits d’Elizabeth Siddal, jeune femme au teint diaphane et à la chevelure rousse incandescente, ici emportée par le courant de la rivière. Connue pour son rôle de muse suprême des préraphaélites, la jeune femme a à plusieurs reprises posé pour John Everett Millais ou Dante Gabriel Rossetti, qu’elle finira par épouser. Son physique, à contre-courant des canons victoriens est érigé sous leur pinceau en idéal de beauté. Mais Elizabeth Siddal est aussi une artiste accomplie. Peintre, elle est la seule femme à exposer ses œuvres lors d’une exposition préraphaélite en 1857. Elle est également l’auteure de nombreux poèmes.

John Everett Millais, Ophélie (détail), 1851-1852

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La tragédie, par-delà la peinture Après avoir peint la végétation luxuriante d’après nature, Millais a réalisé dans un second temps, en atelier, la figure d’Ophélie. Durant l’hiver 1852, il a fait poser Elizabeth Siddal de nombreuses heures le corps immergé dans une baignoire seulement vêtue d’une robe de fils d’argent, achetée en seconde main par le peintre. La jeune femme tombe alors très malade et Millais est tenu responsable par ses proches. À tel point que c’est le peintre lui-même qui paiera le traitement de la jeune femme. De santé très fragile, cette dernière décèdera prématurément dix ans plus tard d’une overdose de laudanum, alors qu’elle était enceinte. Un drame qui fait écho au funeste destin d’Ophélie…
Huile sur toile • 76,2 × 111,8 cm • Coll. Tate Britain, Londres

Christiane dit: 21 mai 2026 à 10h35

Renato, vous êtes fort pour naviguer dans les paradoxes !
B. Vos explications sont comme les images difractées d’un kaleidoscope.
Entre vous deux, je suis comme Ophelie, je flotte!

B dit: 21 mai 2026 à 10h40

Christiane, je n’étais pas sérieuse, cette phrase me laisse, comme vous, interdite, je tentai de la décortiquer un peu comme une simple ménagère le ferait pour une pince de crabe mais sans prétendre en donner la signification .

Christiane dit: 21 mai 2026 à 11h15

B.
Oui, ils sont un peu compliqués ces grands écrivains !
Décortiquer une pince de crabe. Hum, régal en vue !

FL dit: 21 mai 2026 à 11h23

« Entre vous deux, je suis comme Ophelie, je flotte! »

Il y a quelques années à la Comédie-Française, Ophélie se suicidait dans les lavabos, enfin je veux dire dans les toilettes.

Le lavabo en question a été réutilisée pour « Roméo et Juliette ».

Notre époque ne fait pas dans le sublime.

B dit: 21 mai 2026 à 11h27

Je n’ai jamais mangé de homard, tout de suite ça vous classe un individu! Dans la déclaration de patrimoine il suffirait à nos ministres d’avouer leur affection pour le caviar et autres mets et l’on comprendrait que 300 mètres carrés sur les champs pour appartement de fonction ne leur paraît en rien se distancer du sort commun du peuple qui vote aux pôles nord et sud de la sphère politique.

B dit: 21 mai 2026 à 11h33

Le Royaume-Uni veut interdire d’ébouillanter homards, crevettes, crabes ou langoustes, qui ressentent la douleur autant que d’autres animaux
Cette mesure, prévue d’ici à 2030, s’appliquerait aussi aux crustacés et aux mollusques céphalopodes, dont les pieuvres, tous qualifiés d’êtres sensibles par la loi britannique.

FL dit: 21 mai 2026 à 11h38

Toute la politique africaine d’une certaine manière.

« Un homme possède le pouvoir, il le perd, un autre le lui prend, il le conserve un temps, les confie à ses descendants et puis un autre survient qui réclame la couronne pour lui et pour les siens, prétendant rétablir la légitimité qui, autrefois, fut outrageusement bafouée. A son tour, il ne monte sur le trône que pour être aussitôt renversé. Et ainsi de suite »

FL dit: 21 mai 2026 à 11h41

Ça me fait penser à une citation de l’écrivain américain James Ellroy:

« Quitte ton p*dé de mari ! Viens avec moi ! »

Christiane dit: 21 mai 2026 à 11h44

Une autre biographie imaginaire. Quand les tables tournent chez Hugo qui traduisait Shakespeare :
«C’était le dimanche 22 janvier 1854, il était neuf heures et demie du soir à Jersey. Et Hugo effleurait le sexe de Shakespeare.
Ils se touchaient l’âme en français. Et ils se tutoyaient. Je lève les yeux. C’est un geste audacieux.
Oh ! Tes yeux ! Tes yeux de roi en passion. Tu veux oui je veux. Nous voulons. La scène se passait entre nos âmes physiques.
Déjà nos lèvres. Ne doutons pas. Nos âmes rient. Une vie serait-elle possible ainsi, parfois, peut-être plus forte que tout. La table s’agite.
C’est mon frère sans doute qui nous voit. Shakespeare semble crispé.
— “ Parle ! ” dit Hugo.
— “ Mdeilmm. ” »

MDEILMM – Hélène Cixous / Gallimard

renato dit: 21 mai 2026 à 11h52

Christiane, borgesien endurci, je crois qu’on ne peut l’interpréter autrement.

Chantal L dit: 21 mai 2026 à 11h54

Tout à fait d’accord avec Renato, le plus beau tableau du 19ème !
Le voir en vrai à la Tate Gallery multiplie encore le plaisir.
C’est un tableau qui irradie de couleurs et de brillance.
J’en avais accroché une copie au-dessus de mon plan de travail, dans la cuisine…
il effrayait bon nombre de personnes, pourtant !!!

FL dit: 21 mai 2026 à 12h01

« J’en avais accroché une copie au-dessus de mon plan de travail, dans la cuisine… »

Au-dessus du lavabo ?

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h03

FL
Je préfère, comme Renato, la vision de Daniel Maclise !
Votre mémoire de la mise en scène de la mort d’Ophélie au Français m’évoque plutôt une toile de Francis Bacon. Lui qui aimait dire qu’exécuter un portrait, signifiait pour l’artiste la même chose que réanimer les souvenirs.
Peindre ou écrire l’effet qu’elle suscite sur notre imaginaire.
Pour F. Bacon, ses corps habitent l’antichambre des ténèbres, l’obscurité.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h11

Renato, le « sauf » dans cette phrase avant la répétition crée en mon imaginaire un impossible.
« Il ressemblait à tous les hommes sauf en ceci qu’il ressemblait à tous les hommes. »

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h28

C’est exactement comme lorsque Borges écrit «le texte de Cervantes et le texte de Menard sont textuellement identiques». Si Ménard n’a pas copié le texte de Cervantes c’est Que les memes mots ont été écrits à deux époques différentes par deux hommes différents.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h33

Pourquoi Borges a-t-il regroupé quatre nouvelles dont celle-ci sous le titre « La mémoire de Shakespeare » ?
Philippe Forest en parle dans sa conférence.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h36

« Pierre Ménard, auteur du Quichotte » , une des nouvelles insérée dans le recueil « Fictions » .

Christiane dit: 21 mai 2026 à 12h52

Ce sont deux procédés en miroir et on le sait l’image du miroir n’est pas celui qui s’y reflète.
Si on reporte à la littérature et à ces phrases et à cette nouvelle de Borges, je crois qu’il faut penser à un miroir ou jamais l’image et le réel ne se confondent tout en étant l’un et l’autre dissociés.

rose dit: 21 mai 2026 à 13h08

Pierre,

Je m’autorise, de Nans les Pins, c mon dada, l’orthographe, pardonnez je vous prie
– Le pentamètre iambique ( on en mangerait ) : un seul.
– une autobiographie ( mais de l’antimoine, eh oui ! )
– magnifié la grandeur et illustration du rythme du pentamètres iambique ? Et après tout, que nous apportent les incertitudes (sujet inversé, au pluriel, les incertitudes => verbe qui précède au pluriel, c’est tout ,)
-lorsque seules comptent, l’émotion, la saveur, la grâce, la puissance comique et l’intelligence […] (même histoire : sujet inversé, ici redondance des sujets. Et j’ai vérifié deux fois, tous au féminin. => l’adverbe : féminin pluriel, et le verbe au pluriel).

=> je laisse à l’éboueur du Tigre et de l’Arno le soin de compléter ; et à l’expo.du palazzo reale de Turin le soin de recadrer d’où vient la connaissance de cette toile, dont, bien évidemment la taille n’est pas la moindre de ses qualités. Ni les fleurs, ni les cheveux dans le flux du courant, mais cette femme aimanté, enfin apaisée.

Rose, qui se revoit bien, sur l’estrade, avec ses dictées. Et ses méthodes révolutionnaires. Et qui se reverrait bien. Encore.

rose dit: 21 mai 2026 à 13h11

Mais cette femme aimante, enfin apaisée.
Et si c’est été aimantée, adjectif qualificatif apposé à son nom commun, un terme existe, alors il est fallu écrire aimantée au feminin.

Et qui dit sujet dit attribut du sujet.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 13h15

Philippe Forest est d’abord un lecteur de Shakespeare, lisant il deviendrait comme chaque lecteur un nouvel auteur dépossédant Shakespeare – pour lui, ça a été également Aragon-, de la paternité de son œuvre. C’est un peu tordu mais de miroir en kaleidoscope c’est un peu ce que j’ai compris du billet de Passou, de la conférence de Philippe Forest, des extraits de Borges et de Cixous. Lecteurs devenant écrivains de l’œuvre qu’ils lisent par leur interprétation et leur situation dans le temps où ils la lisent parfois éloignée de celle où elle a été écrite.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 13h18

Non, D, je développe une pensée par palier pour tenter de résoudre une enigme.

Christiane dit: 21 mai 2026 à 13h37

https://www.persee.fr/doc/chime_0986-6035_2003_num_52_1_1698

Jean Clet Martin est époustouflant Dans cette analyse de la fiction chez Borges avec cette trouvaille des superpositions des fictions à travers le temps, des écrivains connus et inconnus, des lecteurs réels ou imaginaires.
Je crois maintenant possible d’ouvrir l’essai de Philippe Forest, « Shakespeare. Quelqu’un, tout le monde et puis personne. »
Bon, je retourne chez Soleil vert. Place aux poules, endives et citations sataniques de D.

puck dit: 21 mai 2026 à 14h30

« Shakespeare ressemblait à tous les hommes, sauf en ceci, qu’il ressemblait à tous les hommes. »

c’est totalement faux, s’il y a un type qui ne ressemblait pas à ses semblables c’est bien lui, en fait pour une raison très simple que j’ai découverte en lisant Chestov.

il y a des auteurs qui écrivent contre eux-mêmes, contre leurs propres mensonges et hypocrisies.
après il y a les moralistes qui ont écrit pour montrer les mensonges et les hypocrisies du système social.
après il y a ceux qui ont écrit sur les mensonges et les hypocrisies niveau politique.

WS lui il écrit sur les mensonges et les hypocrisies de l’ensemble de sa culture et de sa civilisation.

il place les choses pas seulement sur le plan moral, ou politique ou social etc… mais carrément de la métaphysique occidentale.

le seul autre à ma connaissance qui a fait ça c’est Nietzsche !

et si on a pas compris on a rien compris !

en fait oui, je pense que tout le monde l’a compris, mais il ne viendrait à personne aujourd’hui d’utiliser WS contre nous, pour remettre en question notre nihilisme et notre folie !

dans la mesure où ce nihilisme et cette folie sont partie intégrante des valeurs de notre civilisation.

du coup il vaut s’en faire un pote, mais si ça n’a aucun sens.

puck dit: 21 mai 2026 à 14h35

Hamlet ce n’est pas tel ou tel individu : Hamlet c’est la folie de l’ensemble de l’occident !

quand on voit cette femme, perso je vois le visage de toutes les victimes collatérales liées à notre propre folie.

Ophélie c’est le visage de cette enfant de 8 ans qui a reçu une bombe sur son école en Iran.

parce que cette bombe a été lancée parce que nous sommes des Hamlet !

cette enfent est morte à cause de la défense de nos principes moraux !

et c’est là que ce trouve la folie : inverser l’ordre métaphysique des choses !

nous avons tué des enfants au nom de la défense de nos valeurs et de nos principes moraux fondées sur des mensonges, des hypocrisies qui culminent à la folie !

exactement comme Hamlet !!!!!!!!!!!!

puck dit: 21 mai 2026 à 14h42

du coup nous ne pouvons que le recycler ce pauvre WS et son Hamlet, tout comme tous nos nietzschéens ont recyclé ce pauvre Nietzsche.

parce que sinon, si nous le prenons pour ce qu’il est, nous prendrions de remttre le temps dans ses gonds.

et personne aujourd’hui corriger le tir et voir un retour à la raison.

du coup, plus le temps va avancé, plus nous allons nous enfermer dans nos propres mensonges et notre propre folie, et plus il y a aura des Ophélie.

comme ça se présente il faut prévoir des millions d’Ophélie à venir !

parce que c’est tout ce que peuvent faire des Hamlet : créer des Ophélie…

Rosanette dit: 21 mai 2026 à 15h11

Ophelie c’est aussi le merveilleux poème de Rimbaud
On me l’a fait découvrir alors que j’étais lycéenne dans le recueil scolaire Hatier de poésies choisies du 19 -ème siècle
Le texte était associé au tableau de Millais qui représentait la dérive de la « pâle » » Ophelie , flottant comme « un grand lys » sur le «grand fleuve noir »
Contraintes techniques de l’époque sans doute ,pour ce recueil datant du début du siècle dernier , le tableau était reproduit en noir et blanc . Maiis pour moi cela était si évidemment en cohérence avec le poème qu’il ne m’est même pas venu alors à l’idée que l’original pouvait être coloré ,n’imaginant même pas que l’absence de couleur etait imputable à l’aporie des technique de reproduction d’alors
De sorte que marquée dans ma sensibilité par cette gémellité en noir et blanc du tableau et du poème, j’ai éprouvé une sorte de malaise àla vue de l’image colorée de ce même tableau qui introduit le billet .
Ignorante de sa réference rimbaldienne j’ aurais apprécié en toute liberté , et aimé le tableau du billet ,
Mais lestée de cette réminiscence j’y ai vu comme une trahison de « mon »Ophelie ,comme si cette image avait perdu son sens en recupérant ses couleurs

Passou dit: 21 mai 2026 à 15h19

Merci Rose pour ce pluriel inapproprié mais il s’agit bien d' »antibiographie » (comme il y a des Antimémoires- Malraux) et non d' »autobiographie ».

Christiane dit: 21 mai 2026 à 15h28

Merci, Rosanette. Oui, Rimbaud…
J’ai reçu le livre de Guillaume Erner, « Schmattès (Fringues, en Yiddish). Je suis très contente. Merci de m’avoir fait réécouter la fin de l’émission de Passou qui m’avait échappée.
Encore une belle mémoire.

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