de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

Dans le cerveau poétique de Jean Rouaud

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Il paraît que la littérature ne se vend plus et qu’il faut agir en conséquence. Du moins est-ce ainsi qu’un éditeur a récemment annoncé à ses collaborateurs que, la crise de la librairie aidant, un certain type de livres ne paraitrait plus sous son enseigne : ces livres qui ne se présentent ni comme des romans, ni comme des récits, ni comme des essais, ni comme rien du tout d’ailleurs et dont les libraires ne savent pas toujours quoi faire tant ça les désempare alors que tant de ces livres nous ont emmené au plus loin et au plus profond de […]

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La condition humaine, Maigret compris

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Jules Maigret est impardonnable. A cause de lui, l’opinion lettrée est persuadée que Georges Simenon est un auteur de romans policiers – qu’il n’est que cela (excusez du peu et, en passant, quel mépris pour un genre qui a ses lettres de noblesse depuis longtemps). Ou même qu’il n’est rien d’autre. Et ce ne sont pas les fiestas du 90ème anniversaire de sa naissance (qui coïncideront cette année avec le 30èmeanniversaire de la mort de l’écrivain, le créateur et sa créature se retrouvant ainsi bras dessus bras dessous dans les célébrations), avec un Tout Maigret en dix volumes (Omnibus) préfacés par des […]

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Vuillard et Boucheron, une fratrie d’écrivains

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L’un est un écrivain hanté par l’Histoire, l’autre un historien habité par la littérature. Ils partagent cette double force d’attraction fut-ce en sens inverse. Chacun est aujourd’hui dans sa génération le plus innovateur dans l’ indiscipline de son domaine. Le souci de la langue leur est commun, la sonorité, la voix du texte. On les dirait également faits pour raconter des histoires. Les deux travaillent dans l’épaisseur du temps, s’emploient à en restituer la sensibilité, en héritiers de Pierre Michon. Deux « vrais » livres, au sens où Proust l’entendait, enfants de l’obscurité et du silence. Comme une vraie fratrie d’écrivains au […]

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Mourir… dormir, dormir ! Rêver peut-être !

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Nous aura-t-il fait rêver, justement, ce passage de Shakespeare… (Hamlet, III, 1). Il y a plusieurs années, Katharina Hagena en avait fait le fil rouge d’un beau roman L’Envol du héron ((Vom Schlafen und Verschwinden, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, Editions Anne Carrière). Etait-ce le roman de la disparition ou celui du sommeil ? A moins que ce ne fut l’un dans l’autre, ce qui disparaît de nous lorsque nous nous abandonnons. L’un de ses trois personnages principaux était une somnologue, qui allait d’un congrès l’autre. Entre collègues, ils s’y projetaient des films de patients, généralement des maires ou des pasteurs, espionnés dans […]

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Il faut imaginer Jonas écrivain

Il faut imaginer Jonas écrivain

Kamel Daoud

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« Une religion, c’est un livre qui a bien marché ». La boutade d’un ancien ami algérois résume, je pense, le rêve ultime de tout éditeur, de tout écrivain, l’explication brève de nos monothéismes, mais pas seulement. On peut l’inverser et défendre l’idée qu’un bon livre devient aussi une sorte de religion. Du moins, pour l’individu qui y retrouve une voix, des personnages et la joie d’être un Dieu qu’on dérange peu. Cette plaisanterie qui n’en est pas une, m’avait frappé par sa justesse. Elle rejoignait mon étonnement ancien, de l’époque de l’adolescence, à propos du « Livre Sacré ». Comment pouvait-on soutenir que Dieu était […]

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Pour saluer Eric Holder

Pour saluer Eric Holder

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Ce sont souvent les livres qui font le moins de bruit qui provoquent les frémissements les plus durables. Eric Holder, qui vient de nous quitter à 58 ans, était l’un des moins agités. Ses fidèles le savent bien, qui le suivent depuis ses Nouvelles du Nord (1984) et l’ont accompagné sur ses sentiers délicats avec La Belle jardinière, En compagnie des femmes, l’Homme de chevet ou Mademoiselle Chambon (ces deux derniers portés à l’écran de même que Bienvenue parmi nous), La saison des bijoux, La Belle n’a pas sommeil, une trentaine de livres en tout, pour citer les traces les plus immédiates que […]

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Le vrai Albert Cohen, enfin !

Le vrai Albert Cohen, enfin !

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Les lecteurs de la Comédie humaine, des Rougon-Macquart, des Hommes de bonne volonté ou de la Recherche du temps perdu ont toujours su qu’en en lisant séparément l’un des volumes, il s’agissait de la partie d’un tout, laquelle en principe pouvait se comprendre et s’apprécier sans connaître l’ensemble. Mais combien de lecteurs d’Albert Cohen (1895-1981) se sont-ils jamais doutés que c’était également le cas ? Enfin, ils peuvent vraiment lire son œuvre. Ceux qui connaissent plusieurs de ses livres diront que c’est déjà fait de longue date – à l’exception des allergiques, des indifférents à son verbe étincelant, Alain Finkielkraut par exemple ne cache […]

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Captorix, mon amour

Captorix, mon amour

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Paraphrasant Woody Allen, notre dernier grand critique, on pourrait dire du Houellebecq nouveau : « J’ai lu Sérotonine, ca se passe en Normandie ». Mais on ne le fera pas. Florent-Claude Labrouste, le narrateur, a 46 ans, roule en 4X4 Mercedes G 350 TD, mange du boudin artisanal au volant, boit du Coca zéro, n’appartient à aucun milieu, vandalise les détecteurs de fumée dans les chambres d’hôtel, vomit les écoresponsables et pense avec nostalgie au bonheur de ses années d’études. Au fond un type d’une nature assez simple qui n’en finit plus de se cogner à la complexité du monde. De quoi être désespéré […]

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Un SMS pour lettre d’@dieu

Un SMS pour lettre d’@dieu

Bernard Morlino

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On avait quitté Pierre-Louis Basse quand il jouait à l’écrivain fantôme auprès de François Hollande (Le flâneur de l’Elysée, Stock 2017). On le retrouve avec Je t’ai oubliée en chemin, (Cherche Midi, 125 p., 17 €) en proie à une peine de cœur qu’il a transcendée dans un récit sur la corde raide. Une mise à nu. Un  livre confession qui se lit comme un roman puisque les lecteurs ne connaissent ni l’auteur ni les autres protagonistes. Un texte aussi personnel ne se trouve pas au coin d’une rue même si Pierre-Louis Basse aime les sillonner en long en large, […]

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Nicolas Mathieu en proie à l’effroyable douceur d’appartenir

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Donner un titre énigmatique à son roman, il faut oser. Un risque autant qu’un pari. Car l’introuvable « grand public » risque de passer à côté pour n’y avoir rien compris, voir même rien perçu, au premier coup d’œil. A quoi pense-t-on et que déchiffre-t-on en apercevant au milieu de la couverture du livre de Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018, le titre : leurs enfants après eux (425 pages, 21,80 euros, Actes sud) ? Rien de moins évident. On peut toujours traduire la pensée de l’auteur, lui-même donne sa clé dès l’épigraphe, tirée du Siracide (44, 9), l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament : […]

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