de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

Quel Romain Gary sous son palimpseste de masques ?

1349

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Faut-il que l’attrait soit puissant pour que le visiteur se laisse porter par ses pas jusque dans cette quelconque cour d’immeuble à Vilnius ; vaste et dégagée, elle n’est certainement pas le monument le plus intéressant de Lituanie ; seulement voilà, en cherchant bien, on y trouve une récente plaque commémorative indiquant que le grand écrivain français Roman Kacew dit Romain Gary est né là et qu’il y a joué au ballon dans son enfance. Le rappel est piquant en ce que l’homme en question avait préféré naître plutôt en Russie, adresse plus noble à son goût et qui correspondait mieux à son […]

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Meurtres à Rome

Meurtres à Rome

Jean-Rémi BARLAND

C’est un nouvel enquêteur de la littérature française qui voit le jour sous la plume de Nathalie Cohen. Il s’appelle Marcus Tiberius Alexander et bégaie. D’’origine grecque, il souffre de racisme de la part de ses coreligionnaires, et vigile gradé des patrouilles de nuit appelé « les yeux de Rome » il se voit contraint de résoudre à la fois une délicate histoire  d’héritage et démêler le vrai du faux quant à une succession de crimes et d’exactions. Il est certes déterminé mais fragilisé par son entourage si bien que pour reprendre le portrait que Stendhal fait de Fabrice del Dongo à […]

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Un thriller antique

Un thriller antique

Léo Scheer

4

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Le premier épisode de la série littéraire « M.O. Modus Operandi » a pour sous-titre La Secte du serpent (246 pages, 19,90 euros, Denoël). L’auteure commence par un plan de la ville de Rome au temps d’Auguste. Pour le moment, ce plan des quartiers de la capitale du monde antique n’occupe qu’une double page. Ainsi commence le livre de Nathalie Cohen. Elle invite notre imagination à déambuler du Forum au Capitole, de découvrir le Palatin, tous ces quartiers entourés, au bord du Tibre, par la muraille Servienne, par celles bâties sous Auguste, sans oublier les aqueducs, le temple d’Apollon ou la Maison de Livie. […]

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Une fois retraduit, plus tout à fait le même livre

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Au fond, mieux que par un critique, un universitaire, un correcteur, un éditeur, un libraire et même mieux que par son auteur, un livre n’est jamais aussi bien désarmé que par son traducteur. Lui seul peut lui faire rendre les armes au sens propre, le défaire de tout ce qui le protège. Tout auteur dont l’œuvre a été transportée dans une autre langue peut en témoigner : en l’interrogeant sur ou tel point obscur, son traducteur a mis le doigt là sur une incohérence, ici sur un oubli, plus loin sur une contradiction, ailleurs encore sur des fautes, des lacunes qui […]

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Deux manières d’écrire sur la musique

1853

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Il y a des écrivains de musique comme il y a des écrivains d’histoire. On les reconnaît au pas de côté qu’ils effectuent « en écoutant en écrivant » pour paraphraser un titre de Julien Gracq- sans la virgule afin de souligner qu’il s’agit bien dans leur cas d’une seule et même activité. Deux livres viennent de paraître qui reflètent avec brio deux manières très différentes quoique complémentaires d’écrire sur la musique, ceux qui la composent, ceux qui la dirigent et ceux qui l’interprètent. D’abord la plus connue des deux : « la manière Tubeuf », qui s’est illustrée par le passé à travers trois […]

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Dans le cerveau poétique de Jean Rouaud

1217

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Il paraît que la littérature ne se vend plus et qu’il faut agir en conséquence. Du moins est-ce ainsi qu’un éditeur a récemment annoncé à ses collaborateurs que, la crise de la librairie aidant, un certain type de livres ne paraitrait plus sous son enseigne : ces livres qui ne se présentent ni comme des romans, ni comme des récits, ni comme des essais, ni comme rien du tout d’ailleurs et dont les libraires ne savent pas toujours quoi faire tant ça les désempare alors que tant de ces livres nous ont emmené au plus loin et au plus profond de […]

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La condition humaine, Maigret compris

1325

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Jules Maigret est impardonnable. A cause de lui, l’opinion lettrée est persuadée que Georges Simenon est un auteur de romans policiers – qu’il n’est que cela (excusez du peu et, en passant, quel mépris pour un genre qui a ses lettres de noblesse depuis longtemps). Ou même qu’il n’est rien d’autre. Et ce ne sont pas les fiestas du 90ème anniversaire de sa naissance (qui coïncideront cette année avec le 30èmeanniversaire de la mort de l’écrivain, le créateur et sa créature se retrouvant ainsi bras dessus bras dessous dans les célébrations), avec un Tout Maigret en dix volumes (Omnibus) préfacés par des […]

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Vuillard et Boucheron, une fratrie d’écrivains

610

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L’un est un écrivain hanté par l’Histoire, l’autre un historien habité par la littérature. Ils partagent cette double force d’attraction fut-ce en sens inverse. Chacun est aujourd’hui dans sa génération le plus innovateur dans l’ indiscipline de son domaine. Le souci de la langue leur est commun, la sonorité, la voix du texte. On les dirait également faits pour raconter des histoires. Les deux travaillent dans l’épaisseur du temps, s’emploient à en restituer la sensibilité, en héritiers de Pierre Michon. Deux « vrais » livres, au sens où Proust l’entendait, enfants de l’obscurité et du silence. Comme une vraie fratrie d’écrivains au […]

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Mourir… dormir, dormir ! Rêver peut-être !

904

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Nous aura-t-il fait rêver, justement, ce passage de Shakespeare… (Hamlet, III, 1). Il y a plusieurs années, Katharina Hagena en avait fait le fil rouge d’un beau roman L’Envol du héron ((Vom Schlafen und Verschwinden, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, Editions Anne Carrière). Etait-ce le roman de la disparition ou celui du sommeil ? A moins que ce ne fut l’un dans l’autre, ce qui disparaît de nous lorsque nous nous abandonnons. L’un de ses trois personnages principaux était une somnologue, qui allait d’un congrès l’autre. Entre collègues, ils s’y projetaient des films de patients, généralement des maires ou des pasteurs, espionnés dans […]

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Il faut imaginer Jonas écrivain

Il faut imaginer Jonas écrivain

Kamel Daoud

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« Une religion, c’est un livre qui a bien marché ». La boutade d’un ancien ami algérois résume, je pense, le rêve ultime de tout éditeur, de tout écrivain, l’explication brève de nos monothéismes, mais pas seulement. On peut l’inverser et défendre l’idée qu’un bon livre devient aussi une sorte de religion. Du moins, pour l’individu qui y retrouve une voix, des personnages et la joie d’être un Dieu qu’on dérange peu. Cette plaisanterie qui n’en est pas une, m’avait frappé par sa justesse. Elle rejoignait mon étonnement ancien, de l’époque de l’adolescence, à propos du « Livre Sacré ». Comment pouvait-on soutenir que Dieu était […]

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