de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

Une vérité tirée du silence

Une vérité tirée du silence

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Quel écrivain des années 50 aurait imaginé que son courrier serait édité au vingt et unième siècle grâce au mécénat de la Poste, notre bonne vieille poste des facteurs à la ville et aux champs, par le biais de sa Fondation d’entreprise ? C’est le cas entre autres de la Correspondance (336 pages, 28 euros, Gallimard) échangée entre 1954 et 1968 par les deux poètes qui ont dominé leur époque, René Char en langue française, Paul Celan en langue allemande. La clandestinité des années de guerre, leur lecture des présocratiques, le surréalisme, la politique, leurs relations avec les femmes, la passion de […]

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Pour saluer Edmonde Charles-Roux

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« Ah, Edmonde, quelle « bio » si tu voulais bien !… ». S’ensuivait généralement un long soupir, le mien car elle se contentait de sourire. On savait que ce serait non. Pas question. La réponse muette était aussi rituelle que la question depuis des années, lors des déjeuners mensuels des Goncourt chez Drouant, le plus souvent après qu’elle eut raconté sans effort de mémoire mais avec une précision étonnante, un franc-parler réjouissant tout juste bridé par le souci de discrétion vis à vis des morts comme des vivants, et un talent inentamé de portraitiste, quelque anecdote sur un événement auquel le destin l’avait mêlée. […]

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Pour saluer Michel Tournier

Pour saluer Michel Tournier

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Depuis des années, on le croyait mort parce qu’il vivait retiré dans son presbytère de Choisel dans la vallée de Chevreuse, pas très vaillant sur ses jambes mais l’esprit toujours aussi vif, l’indépendance à fleur de peau, l’ironie mordante au coin des lèvres, l’espièglerie faite homme. Esprit libre s’il en fut, il n’écrivait plus, lisait encore (les Confessions de Rousseau tout en restant fidèle au livre qui l’éblouissait depuis sa jeunesse, l’Ethique de Spinoza), recevait peu, tonnait volontiers, s’informait de la marche du monde en regardant le journal télévisé de la ZDF, la deuxième chaine de lé télévision publique allemande. […]

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Ce que « tuer » veut dire aussi

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Ces meurtres en série ont eu lieu entre le 12 et 25 octobre 1793, au cœur de la Terreur, alors que Marie-Antoinette montait sur l’échafaud, en l’église de l’abbaye de Saint-Denis. La Convention nationale, agissant au nom du Comité de salut public, les a ordonnés par décret. Les victimes étaient des déjà-morts. Capétiens, Valois, Bourbons, tous des habitants de la nécropole royale. Dans une atmosphère devenue vite pestilentielle en raison de la putréfaction des cadavres, les Bourbons ont le privilège de recevoir les premiers coups de barre à mine, après que les portes des tombeaux eurent été enfoncés au bélier ; parmi […]

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Bonne année 2016 ! Meilleurs voeux d’amitié…

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Y a-t-il plus beau titre pour un roman que Mes amis  ? N’essayez pas, c’est déjà pris et bien pris. Il orne la couverture d’un livre inoubliable d’Emmanuel Bove (240 pages, 17 euros, L’arbre vengeur), que le dernier carré de ses fidèles lecteurs s’échangent comme un mot de passe, longtemps après sa parution en 1924, encouragés par la récente et soignée réédition à l’initiative de L’arbre vengeur, maison sise à Talence en Gironde. C’est un livre doux et mélancolique, pathétique sans misérabilisme, écrit dans une langue oubliée. Bove avait le génie de parler de soi sans parler de lui. On ne fait […]

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Apologie du point-virgule

Apologie du point-virgule

Françoise Siri

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« Cette phrase-là, ça ne va pas : supprime le point-virgule ! » vient de me dire mon rédacteur en chef pour l’un des journaux où je travaille. Le fait est là : il disparaît de la circulation et vous n’en voyez presque plus quand vous lisez vos quotidiens. Ok, je vais passer pour une réac : oui, je fais partie des journalistes qui résistent et défendent le point-virgule, à l’instar d’écrivains comme Michel Houellebecq, Erik Orsenna ou le regretté Léopold Sédar Senghor. Pourquoi ? Parce que le point-virgule, c’est une demi-pause qui garantit l’unité de la phrase. Si je le remplace par un point, je […]

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Patrick Boucheron, l’historien qui veut rendre le passé habitable

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Ceux qui déplorent à juste titre que la crise de l’Histoire en France se traduise aussi par une désaffection des grandes institutions universitaires et intellectuelles vis à vis de la discipline ne pouvaient que se réjouir hier en fin de journée lors des applaudissements nourris qui ont conclu la leçon inaugurale de Patrick Boucheron au Collège de France. Intitulé de sa chaire : « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIème-XVIème siècles ». Titre de sa leçon : « Que peut l’histoire ? » (on peut l’écouter ici). On n’a pas vraiment entendu la capitale à « histoire » parce qu’il préfère monter le son ailleurs que dans les grands […]

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Sur Godot, on n’attendait plus que Beckett

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Boulevard de Port-Royal à Paris, chez Samuel Beckett, le téléphone ne sonnait pas ayant été par lui châtré. C’est lui qui appelait les autres, regardant par les fenêtres de son appartement qui donnaient sur les cours de la prison de la Santé. Comme il voyageait souvent, en Irlande notamment, il se livrait volontiers à son épistolat. S’il est vrai qu’en dehors de son œuvre stricto sensu, un créateur ne se dévoile nulle part mieux que dans sa correspondance, Beckett-le-taiseux ne déroge pas à la règle, sa pudeur, son effacement légendaires dussent-ils en souffrir. Le premier volume de sa correspondance révélait […]

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Le Goncourt à Mathias Enard pour ses mille nuits en une

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C’est peu dire que l’attribution au premier tour de scrutin du Goncourt 2015 à Boussole de Mathias Ernard m’a comblé : dès le 30 août, dans un billet intitulé « Attention, grand livre ! » publié dans les les colonnes de la République des livres, j’invitais les lecteurs à s’en emparer avant de s’immerger dans ce fleuve de mots, de couleurs, d’émotions, d’idées, d’échos, de musiques, d’intuitions (lire ici). Une vraie boussole que ce roman foisonnant destiné à réorienter les plus désorientés. Mathias Enard commence donc dès demain son tour de France et de francophonie des librairies. Il en a bien pour […]

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Est-ce ainsi que les villes meurent ?

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Périlleux, l’épigraphe. Car elle oblige. Qui se place sous le parrainage du Zamiatine de Nous autres met haut la barre. Thomas B. Reverdy (1974) a pris le risque, doublement même, car il ramène l’ombre portée de ce grand livre non seulement en ouverture mais en excipit de Il était une ville (Flammarion). Sa grandeur nous est épargnée. Juste sa décadence. Le romancier nous fait assister en creux au déclin d’une ville, Detroit (Michigan, USA), longtemps mythifiée comme étant « Motor City » ou « Motown ». Cela lui pendait au nez depuis des années, comme Baltimore ou Cincinnati, autant de cités désertées par leurs classes […]

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