de Pierre Assouline

en savoir plus

La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

L’érotomane est-il toujours l’autre ?

L’érotomane est-il toujours l’autre ?

Brigitte Adès

8

commentaires

L’illusion délirante d’être aimé, syndrome qui correspond à ce que l’on appelle l’érotomanie, est traité avec brio par Florence Noiville dans son nouveau roman éponyme paru chez Stock. Or cet état psychique nous parait bien familier. L’héroïne n’aurait-elle pu être l’une de nous ? Son amie d’adolescence, malade d’amour, une de nos proches des années de classe préparatoire? D’autant que l’histoire se déroule à Paris dans un univers contemporain et familier. Le roman est construit sur une mise en abyme. La narratrice Laura Wilmote harcelée par une femme qu’elle ne nomme que par la première lettre de son nom, C…, dont […]

lire la suite .../ ...
Dans la vie comme au théâtre

623

commentaires

Qui ne s’est jamais projeté dans la pièce d’un appartement ou d’une maison comme s’il se trouvait dans une pièce de théâtre ? Qui n’a jamais observé un repas auquel il participait d’un point de vue de spectateur ? Qui n’a jamais joué dans la vie comme il le ferait sur les planches ? Qui n’est pas habité par une pièce de chevet au point d’y calquer ses travaux et ses jours, inconsciemment ou pas, telles les trois héroïnes des Heures sur Mrs Dalloway ? Que celui ou celle qui n’a jamais… Place Colette (320 pages, 20 euros, Léo Scheer) annonce le programme dès la […]

lire la suite .../ ...
Christine Angot, de père inconnu, de mère mieux connue

768

commentaires

Pas facile de séparer les livres du bruit qu’ils font. Et avec ceux de Christine Angot plus encore qu’avec les autres. Ils nous parviennent toujours précédés d’une rumeur ou d’une légende, le plus souvent associées au scandale et au souffre qu’interviews, déclarations et procès suffisent à documenter. Etrangement, cette fois, Un amour impossible (218 pages, Flammarion) paraît précédé d’une toute autre doxa : c’est le livre de la réconciliation, celui d’une femme enfin apaisée qui a réussi à dominer ses démons etc Pourquoi pas ? A ceci près que, comme les rumeurs des années précédentes, cela fausse la lecture et empêche d’apprécier […]

lire la suite .../ ...
Simon Liberati, son cœur mis à nu

830

commentaires

Le rituel est désormais bien rodé : les romans de la rentrée se retrouvent en librairie dès le lendemain du 15 août. Alors, par qui commencer à l’issue d’un été de lectures ? Au hasard Eva (278 pages, 19,50 euros, Stock) de Simon Liberati. Cela tombe bien, c’est un des plus réussis. Et pourtant… Pourtant, il n’avait rien pour me plaire. Je l’avoue, je craignais un récit dandy en diable, parisien made in Castel, people by night, snobisme germanopratin à tous les étages, l’itinéraire du Palace aux Bains Douches. De quoi fuir. Surtout que de précédentes lectures de livres et d’interviews du […]

lire la suite .../ ...
Georges Perec en plein vertige taxinomique

935

commentaires

Un étrange débat s’est récemment engagé sur le forum de la « République des livres », allez savoir comment et pourquoi, sur la question de savoir si Les Choses de Georges Perec (1936-1982) relevait de la littérature ou de la sociologie, genre de problématique binaire, donc réductrice, dont les livres de Michel Houellebecq ont eu le monopole ces dernières années. L’une ou l’ autre, en tout cas, cela tombe bien à la veille du cinquantième anniversaire de la publication de ces fameuses Choses couronnées du prix Renaudot (le jury, lui, y avait bien vu un premier roman ), et que Julliard célèbrera […]

lire la suite .../ ...
Un glaneur de signes, Pontalis

560

commentaires

“Trouvez moi un normalien sachant écrire !” Ainsi fut engagé Georges Pompidou pour préparer les discours du président De Gaulle. Le mot est resté. Il a fait fortune. Depuis, on cherche en vain un psychanalyste sachant écrire. Ils n’ont pas  été légion bien que Sigmund Freud, le premier d’entre eux, soit souvent considéré, par ses détracteurs le plus souvent et non sans ironie, comme “un écrivain” ; l’oeuvre d’André Green témoigne d’un vrai souci de l’écriture, quelques autres encore. Et J.B. Pontalis (1924- 2013, il est né et il est mort un 15 janvier…) comme l’illustre magnifiquement le fort volume […]

lire la suite .../ ...
Lydie Dattas dans sa nuit outrenoire

505

commentaires

Ceux qui cherchaient à définir la couleur propre à La Nuit spirituelle (2013) de Lydie Dattas savent désormais qu’elle était non pas noire mais outrenoire. Pierre Soulages n’y était pas nommé alors qu’il éclate cette fois en toutes lettres, comme un aveu comme une confession, dans La Blonde (92 pages, 9,50 euros, Gallimard). Ce court texte ne lui est pas dédié directement mais à Celui qui est au-dessus de lui, et qui gouverne les jours et les nuits « Pour le Maître du maître du noir, in saecula saeculorum ». On sait que Lydie Dattas ne fait pas dans la nuance, le […]

lire la suite .../ ...
Quand le lecteur sans qualité écrit à l’écrivain

494

commentaires

Qui n’a jamais cédé à la tentation d’écrire à un écrivain ? Il faut oser, il faut s’autoriser. Ruminer la lettre, l’écrire, l’envoyer. Se croire d’égal à égal, d’autant qu’on n’en est plus au « mon cher Maître », encore que du côté de l’Académie, cela produit encore son petit effet. L’exercice est intimidant. L’ère du courriel a peut-être désinhibé les survivants de l’ère du courrier. Et puis écrire pour dire quoi ? Qu’on le remercie d’exister ou qu’on l’encourage à disparaître au plus tôt. Qu’on aime ses livres, qu’on les dédaigne, qu’on les interroge. Qu’ils contiennent des erreurs, des incorrections, des facilités, des […]

lire la suite .../ ...
Les éditeurs sont-ils vraiment tenus d’écrire ?

578

commentaires

Une fois rangé des voitures, quand bien même continuerait-il à accompagner quelques uns de ses auteurs, un éditeur a le choix entre lire et écrire. Gaston Gallimard s’était bien gardé de prendre la plume quand Bernard Grasset ne pouvait s’en empêcher. Mais même lorsqu’il cède à la tentation de l’écriture, souvent après avoir juré ses grands dieux durant toute sa carrière que jamais il ne succomberait à un tel pêché d’orgueil, l’éditeur hésite entre raconter sa vie et raconter celle des autres. Dans le premier cas, il présente son ours comme un « roman », alors que cela ne trompe personne (André […]

lire la suite .../ ...
Les amitiés solaires sont parfois ombrageuses

335

commentaires

L’amitié, ce pourrait être quelque chose comme ça (je cite de mémoire) : deux solitaires ensemble… un ami, c’est quelqu’un que vous pouvez appelez à minuit pour lui demander de vous aider à transporter un cadavre et qui le fait sans poser de questions… un ami, c’est comme un compte en Suisse : on n’a pas besoin de le voir tous les jours, on a juste besoin de savoir qu’il existe… etc On peut voir les choses ainsi. Mais on peut aussi juger la qualité d’une amitié aux limites qui bornent la critique de l’autre. Ce qui s’appelle critiquer. Sévère mais juste. […]

lire la suite .../ ...