Littérature étrangères

Le Paradis ⸺ un peu plus loin peut apparaître comme une métaphore de la traduction. Qui est quête insensée et vaine de ce lieu de nulle part, cette utopie à laquelle croyait naïvement tel théoricien dogmatique assénant cet absurde postulat : « À une œuvre donnée correspond une traduction et une seule ». Mais le traducteur vit dans ce mythe et cette croyance : il va tout faire pour gagner comme Koké ─ Gauguin pour les Maoris ─ le rivage mythique du paradis terrestre. Sauf que, comme lui, ce traducteur verra, indéfiniment, la terre se dérober sous ses pas et […]
lire la suite .../ ...
938
commentaires
Cela parait à peine croyable mais il n’existe pas de biographie en français de Thomas Mann (1875-1955), malgré le statut de l’écrivain et le rayonnement de son œuvre, alors qu’on ne compte plus celles consacrées à des seconds couteaux, des demi-soldes et des personnages du second rayon du XXème siècle littéraire. On trouve en traduction des essais sur son oeuvre ou des enquêtes sur l’ensemble de la famille Mann mais pas de biographie alors qu’elles ne manquent pas en allemand (en 1996, il en parut trois dans la même semaine). Serait-ce que les Français le considèrent comme trop daté ? Qu’ils […]
lire la suite .../ ...
4
commentaires
L’écrivain de Medellín n’a pas son pareil pour ouvrir une fenêtre grand angle sur sa Colombie. Il est vrai que, comme beaucoup de romanciers, a fortiori latino-américains, il fut et il est, aussi, journaliste. Il en a même tiré un livre journalier, Lo que fue presente (2019) qu’on pourrait traduire par Le présent du passé (au cas où un éditeur français serait preneur). On le connaît chez nous par ses deux grands romans, L’oubli que nous serons (2010), chant d’amour à son père assassiné par des sicaires à la solde d’« allez savoir qui », et qui était médecin hygiéniste et… président […]
lire la suite .../ ...
1142
commentaires
Javier Marías, « écrivain-clé de la littérature en espagnol » comme le dit dans un gros titre El Pais (et pas seulement « de la littérature espagnole », ce qui serait plus restrictif) vient de mourir d’une pneumonie à Madrid à l’âge de 70 ans. Outre la peine que suscite la nouvelle tant l’homme derrière l’écrivain était attachant, c’est une grande perte non seulement pour la création romanesque contemporaine (son œuvre était traduite dans quelque quarante langues) mais pour tous les lecteurs qui ont pu pendant des années apprécier son humour, sa causticité, son indépendance d’esprit, son non-conformisme et surtout son sens critique dans […]
lire la suite .../ ...
1211
commentaires
Voilà un écrivain à qui nul de bonne foi ne pourra reprocher d’écrire chaque fois le même livre, contrairement à tant d’autres qui se tiennent au genre qui a fait leur succès à leurs débuts. Lui aurait pu également ayant donné ses lettres de noblesses à la novela sin ficción (roman sans fiction) avec des livres acclamés tant par la critique que par le public, et couronnés de prix, des Soldats de Salamine au Monarque des ombres en passant Anatomie d’un instant et L’Imposteur. Changer de genre, fut-ce provisoirement, est le plus souvent perçu comme une tentative de renouvellement au risque d’y […]
lire la suite .../ ...
934
commentaires
A priori, ce n’est rien. Juste un mot de trop à remplacer par un mot qui conviendrait mieux. Sauf qu’un mot suffit à déclencher des tempêtes. Aux Etats-Unis depuis quelques années et désormais en France. Là-bas, on l’appelle « the n-word ». Un vrai tabou puisqu’il est décrété imprononçable et inimprimable. Quel mot commençant par un « n… » ? Nigger/ nègre. Après Agatha Christie qui a dû se retourner dans sa tombe en apprenant que ses célébrissimes Dix petits nègres étaient devenus d’anodins Ils étaient dix, c’est au tour de Joseph Conrad de faire les frais de ces mesquines opérations de petit remplacement. L’objet […]
lire la suite .../ ...
5
commentaires
Un siècle après, l’Espagne redécouvre son plus grand et prolifique romancier du XIXe siècle, le Balzac ibérique, et dans le même temps l’édition française entend redonner voix à la Comédie humaine de cet immense écrivain. Et ainsi voisinent sur la table la grandiose étude que l’hispano-péruvien Mario Vargas Llosa consacre à l’hispano-canarien Benito Pérez Galdós (1843-1920), et ses « Romans de l’interdit » qui paraissent aujourd’hui en France. En marge de son œuvre immense et de ses cinquante titres, l’écrivain Vargas Llosa s’est toujours interrogé sur la démesure de certains romanciers qui, d’une façon ou d’une autre, ont interféré avec son écriture. […]
lire la suite .../ ...
L’exemple illustrant peut-être le mieux les vertus et les limites d’une langue est celui de la lutte opposant un écrivain à son traducteur. Du point de vue du premier, la caractéristique qu’il décèlera de prime abord dans chaque langue sera naturellement sa souplesse ou sa rudesse, sa malléabilité ou sa rigidité. Il est en effet des langues inhospitalières, ne tolérant pas la moindre infraction : c’est le cas, peut-être plus qu’aucune autre, du français. On aurait peine à le croire si l’on envisage, pour le dire ainsi, cette langue de l’extérieur : tout en elle ne semble a priori que […]
lire la suite .../ ...
3
commentaires
Il est toujours réconfortant par les temps qui courent, des temps sauvages s’il en est, de saluer l’apparition d’une nouvelle collection chez un éditeur qui a pignon sur rue et le conserve contre vents et marées. C’est le cas des éditions Maurice Nadeau qui lancent non pas une, mais deux collections, À vif et Poche Maurice Nadeau, l’une tournée vers l’avenir, l’autre vers le passé, toutes deux animées par l’inépuisable curiosité dont le père fondateur a fait preuve tout au long de sa vie centenaire. Redoutable héritage et audacieuse entreprise dans l’ombre portée de celui qui fut l’un des grands […]
lire la suite .../ ...
37
commentaires
A la mémoire de Maurice Goldring. Le jeudi 2 février 1922, une jeune femme fait les cent pas sur le quai de la Gare de Lyon en attendant l’express de Dijon. A 7h précises, le train arrive, s’immobilise lentement, le contrôleur en descend, cherche des yeux la jeune femme qui se précipite et lui prend des mains un paquet qu’elle sert fortement tout en courant vers le boulevard en contrebas, où elle s’engouffre dans le premier taxi, le cœur battant. Moins de dix minutes plus tard, arrivée au 9 de la rue de l’Université, elle grimpe les escaliers quatre à […]
lire la suite .../ ...
4
commentaires