de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature de langue française

Apologie du point-virgule

Apologie du point-virgule

Françoise Siri

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« Cette phrase-là, ça ne va pas : supprime le point-virgule ! » vient de me dire mon rédacteur en chef pour l’un des journaux où je travaille. Le fait est là : il disparaît de la circulation et vous n’en voyez presque plus quand vous lisez vos quotidiens. Ok, je vais passer pour une réac : oui, je fais partie des journalistes qui résistent et défendent le point-virgule, à l’instar d’écrivains comme Michel Houellebecq, Erik Orsenna ou le regretté Léopold Sédar Senghor. Pourquoi ? Parce que le point-virgule, c’est une demi-pause qui garantit l’unité de la phrase. Si je le remplace par un point, je […]

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Patrick Boucheron, l’historien qui veut rendre le passé habitable

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Ceux qui déplorent à juste titre que la crise de l’Histoire en France se traduise aussi par une désaffection des grandes institutions universitaires et intellectuelles vis à vis de la discipline ne pouvaient que se réjouir hier en fin de journée lors des applaudissements nourris qui ont conclu la leçon inaugurale de Patrick Boucheron au Collège de France. Intitulé de sa chaire : « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIème-XVIème siècles ». Titre de sa leçon : « Que peut l’histoire ? » (on peut l’écouter ici). On n’a pas vraiment entendu la capitale à « histoire » parce qu’il préfère monter le son ailleurs que dans les grands […]

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Sur Godot, on n’attendait plus que Beckett

605

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Boulevard de Port-Royal à Paris, chez Samuel Beckett, le téléphone ne sonnait pas ayant été par lui châtré. C’est lui qui appelait les autres, regardant par les fenêtres de son appartement qui donnaient sur les cours de la prison de la Santé. Comme il voyageait souvent, en Irlande notamment, il se livrait volontiers à son épistolat. S’il est vrai qu’en dehors de son œuvre stricto sensu, un créateur ne se dévoile nulle part mieux que dans sa correspondance, Beckett-le-taiseux ne déroge pas à la règle, sa pudeur, son effacement légendaires dussent-ils en souffrir. Le premier volume de sa correspondance révélait […]

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Le Goncourt à Mathias Enard pour ses mille nuits en une

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C’est peu dire que l’attribution au premier tour de scrutin du Goncourt 2015 à Boussole de Mathias Ernard m’a comblé : dès le 30 août, dans un billet intitulé « Attention, grand livre ! » publié dans les les colonnes de la République des livres, j’invitais les lecteurs à s’en emparer avant de s’immerger dans ce fleuve de mots, de couleurs, d’émotions, d’idées, d’échos, de musiques, d’intuitions (lire ici). Une vraie boussole que ce roman foisonnant destiné à réorienter les plus désorientés. Mathias Enard commence donc dès demain son tour de France et de francophonie des librairies. Il en a bien pour […]

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Est-ce ainsi que les villes meurent ?

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Périlleux, l’épigraphe. Car elle oblige. Qui se place sous le parrainage du Zamiatine de Nous autres met haut la barre. Thomas B. Reverdy (1974) a pris le risque, doublement même, car il ramène l’ombre portée de ce grand livre non seulement en ouverture mais en excipit de Il était une ville (Flammarion). Sa grandeur nous est épargnée. Juste sa décadence. Le romancier nous fait assister en creux au déclin d’une ville, Detroit (Michigan, USA), longtemps mythifiée comme étant « Motor City » ou « Motown ». Cela lui pendait au nez depuis des années, comme Baltimore ou Cincinnati, autant de cités désertées par leurs classes […]

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Tobie Nathan et Lamia Ziadé en pleine nostalgypte

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Oh, rassurez-vous, on n’invente jamais rien. Il y a toujours quelqu’un qui est passé avant. Mais ce qui est évident s’agissant de formes littéraires que l’on a l’outrecuidante naïveté de croire neuves car légèrement divergentes par rapport au canon, l’est moins lorsqu’on touche à la langue même. C’est la raison pour laquelle lorsque le néologisme « nostalgypte » s’est imposé inconsciemment sous mes doigts puis sur l’écran après la lecture de ces deux livres, je me suis demandé d’où cela venait. De nulle part pour l’instant (d’après le moteur de recherche, une station de radio semble avoir le monopole de la nostalgie […]

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Lucien Rebatet exhumé des décombres

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« Fallait-il republier ça ? » Le livre que l’historien Pascal Ory désigne de manière inhabituellement méprisante pour un préfacier comme « ça », est un ensemble de textes du sulfureux journaliste, polémiste, écrivain Lucien Rebatet dont le navire-amiral s’intitule Les Décombres. Il est vrai que ce best-seller de l’Occupation, aussi passionnant qu’immonde, mérite d’être ainsi traité. Le recueil porte bien son titre de Dossier Rebatet (Bouquins/Robert Laffont) car il est vraiment conçu comme tel : un ensemble comprenant l’essentiel des pièces permettant de se faire une idée complète du cas Rebatet et de juger, ce qui ne revient pas nécessairement à le juger. Juger pour se […]

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Un peu de la France

Un peu de la France

1340

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La page blanche de l’écrivain , ou plutôt son écran blanc, est un lieu commun de la pratique littéraire. Et même artistique et plus encore au lendemain d’un grand succès. On appelle cela la dépression post-partum, analogue à celle de la mère au lendemain de l’accouchement. C’est valable pour tous les créateurs. Woody Allen, qui est retombé en dépression la seule fois où ça lui est arrivé, a trouvé une parade dont il a fait depuis un système : au montage de son nouveau film, il travaille déjà à l’écriture du suivant. Ainsi il n’y a pas de blanc, dans sa […]

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Sale temps pour Simenon

Sale temps pour Simenon

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Que peut faire un écrivain de son héros lorsque celui-ci est un anti-héros ? Une crapule de génie, comme y réussit magnifiquement Javier Cercas dans L’Imposteur. Ou juste une crapule comme y parvient médiocrement Patrick Roegiers. Car le risque avec de tels personnages, c’est qu’ils tirent l’auteur vers le bas et emportent le lecteur dans leur élan. Le cas de L’autre Simenon (Grasset). Quelle idée de consacrer un livre à un personnage aussi médiocre ! Faut-il être à court d’inspiration. Encore qu’il en est auxquels on peut trouver un certain panache dans l’insignifiance. Mais celui-ci était juste minable. Une vie sans éclat, […]

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Hédi Kaddour transporte sa montagne magique à Nahbès

603

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Cela se passe quelque part en Afrique du nord dans les années 20 au début des revendications d’autonomie. C’est à Nahbès autant dire nulle part puisque cette ville n’existe pas. Elle est imaginaire. Etant donné que nous sommes sous le protectorat, l’Algérie est exclue. Nahbès a un peu de la topographie de Meknès où Hédi Kaddour (1945) a vécu et enseigné pendant des années, et on comprend qu’il s’en soit imprégné ; et un peu de Tunis. C’est donc un mélange des deux pays, ce qui atténue sa portée réaliste pour augmenter sa vision allégorique. Même si, de par sa facture, avec […]

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